ACTE IIT, SCÈNE IV
De vos ordres sanglans vous savez la rigueur.
AMAN, à part.
Ah. ! dieux !
Ah ! de quel coup me percez-vous le cœur î Vous la fille d'un Juif! Hé quoi ! tout ce que j'aime , Cette Esther , l'innocence et la sagesse même , Que je croyais du ciel les plus chères amours , Dans cette source impure aurait puisé ses jours ' Malheureux !
Vous pourrez rejeter ma prière :
Mais je demande au moins que , pour grâce dernière^ Jusqu'à la fin, seigneur, vous m'entendiez parler, Et que surtout Aman n'ose point me troubler.
ASSUÉRUS
Parlez.
O Dieu, confonds l'audace et l'imposture! Ces Juifs, dont vous voulez délivrer la natui-e , '
' Ces Juifs, dont vous voulez délivrer la nature , etc.
Comparez ici l'id. e qu'Estlier donne des Juifs , avec ce qu'en a dit Aman , acte 11, scène 1. Ce sont deux tableaux d'une e'gale beauté'. Admirez surtout !a mimière adroite dont Esther passe de l'exposition superbe des e'v 'nemens qui se sont passe's cli«?. les Hébreux, ; ,.x projets cruels d'Amnn- L. B
Que vous croyez , seignpur , le rebut des liumains ,
D'une riche contrée autrefois souverains ,
Pendant qu'ils n'adoraient que le Dieu de leurs pères,
Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères. '
Ce Dieu, maître absolvi de la terre et des cieux,
N'est point tel que l'erreur le figure à vos yeux.
L'Éternel est, son nom; le monde est sou ouvrage; *
Il entend les soupirs de l'iiumblo qu'on outrage ,
Juge tous les mortels avec d'égales lois ,
Et du haut de son trône interroge les rois.
D:'s plus fermes états la chute épouvantable ,
Quand il veut, n'est quun jeu de sa main redoutable.
liCS Juifs à d'autres dieux osèrent s'adresser :
E-oi , peuples , en un jour tout se vit disperser.
Sous les Assyriens, leur triste servitude .
.Devint le juste prix de leur ingratitude.
Mais, pour pvmir enfin nos maîtres à leur tour.
' Ont vu bénir le cours de leurs deslins prospères.
M. l'abbé d'OIivct remarque ici fort judicieusement, ausujfcl du mol prospères , çu'il ne se dit presque plus en prose , mais <juil est toujours beau en vers. Remarques sur Racine, nouv. édition, pag. 26. L. B.
* £ Eternel est son nom ; le monde est son ouvrage; etc. C'est de ces quatre vers que Voltaire a c'crit quelque part, tju'tffl a licntc d^ en faire quand on en lit de pareils.