‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 151 sur 164 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Et quel autre , grand Dieu ! qu'un Scythe impitoyable ,

Aurait de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable?

Partout l'affreux signal en même tems donné ,

De meurtres remplira l'univers étonné.

Ou verra, sous le nom dn plus juste des princes,

Un perfide étranger désoler vos provinces;

Et dans ce palais même , en proie à son courroux ,

Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.

Et que reproche aux. Juifs sa Laine envenimée?

Quelle guerre intestine avons-nous allumée?

Les a-t-on vus marcher parmi vos enuemis ?

Fut il jamais au joug esclaves plus soumis?

Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie ,

Pendant que votre main , sur eux appesantie ,

A leurs persécuteurs les livrait sans secours ,

Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours.

De rompre des médians les trames criminelles ,

De mettre votre trône à l'ombre de ses ailes.

N'en doutez point , seigneur , il fut votre soutien ;

Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l'Indien ,

Dissipa devant vous les innombrables Scythes,

Et renferma les mers dans vos vastes limites.

Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein

De deux traîtres tout px'êts à vous percer le sein.

Hélas ! ce Juif jadis m'adopta pour sa filie.

ASSL" ÉP.US,

Mardoehée?

3oo ESTHER,

Il restait seul de notre famille.

Mon père était son frère : il descend, comme moi, Du sang infortuné de noire premier roi. ' Plein d'une juste horreur p;ur un Amalécite, Race que notre Dieu de sa bouche a maudite , Il n'a, devant Aman, pu fléchir les genoux, Ni lui rendre un honneur qu'il ne croit dû qu'à tous. De là contre les Juifs et contre Mardochée, Cette haine , seigneur , sous d'autres noms cachée. En vain de vos bienfaits Mardochée est paré : A la porte d'Aman est déjà préparé D'un infâme trépas l'instrument exécrable. Dans une heure au plus tard ce vieillard vénérable , Des portes du palais par son ordre arraché , Couvert de votre pourpre , y doit être attaché.

ASSUÉRUS

Quel jour mêlé d'horreur vient effrayer mon ame ! Tout mon sang de colère et de honte s'enflamme. J'étais donc le jouet.... Ciel ! daigne m'éclairer.

' Il descend , comme moi.

Du sang infortuné de notre premier roi.

Cis , de la Iribu de Benjamin , était père de Saill , et l'un des aïeux de Mardochée. L. B.

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