ACTE I, SCÈNE V
Déjà même au tomljeau je songeais à vous suivre;
Pour vous en détourner je n'avais plus de voix :
Mais ce nouveau malheur vous prescrit d'autres lois.
Votre fortune change et prend une autre face.
Le roi n'est plus , madame ; 11 faut prendre sa place.
Sa mort vous laisse un fds à qui vous vous devez ,
Esclave s'il vous perd , et roi si vous vivez.
Sur qui , dans son malheur, voulez-vous qu'il s'appuie'
Ses larmes n'auront plus de main qui les essuie ;
Et ses cris innocens, portés jusques aux dieux,
Iront contre sa mère irriter ses aïeux.
Vivez ; vous n'avez plus de reproche à vous faire .
Votre flamme devient une flamme ordinaire. *
pensée , sans qu'on en sache la raison. Voyez ci-après \e précis de rnippolytc d'' Euripide . Elle commence par fre'mir de l'aveu de Phèdre , et bientôt après elle s'e'crie : « Votre malheur i> m'avait inspire' d'abord les frayeurs les plus vives : je recon- » nais à présent la frivolité de mes terreurs ; les secondes ré- » flexions sont souvent meilleures que les premières. » Hippotyic , acte II , scène 2. Le tour que prend Œnone pour rassurer Phèdre contre ses remords , est bien plus adroit. L. B.
* Votre flamme devient une flamme ordinaire.
On sent qu'il n'y a que l'esclave Œnone qui puisse risquer une proposition si révoltante. Il n'y a ici dans l'amour de Phèdre , que l'adultère de moins ; mais il n'est ni ordinaire , ni honnête , ni permis nulle part à une veuve d'épouser le fils de son mari : cela répugne à la nature. Aussi Phèdre ne donne pas la moindre marque d'assentiment à cette idée de sa nourrice, et ne consent à vivre que par amour pour son fils.
56 PHÈDRE
Tliesee , en expirant , vient de rompre les nœu'Js Qui faisaient tout le crime et l'horreur de vos feui» Hippolyte pour vous devient moins redoutable ; Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupaWe. Peut-être, convaincu de votre aversion, Il va donner un chef à la sédition.
Détrompez son erreur, flécliissez son courage. ' Roi de ces bords heureux , Trézcne est son partage ; Mais il sait que les lois donnent à votre CAs Les superbes remparts que Minerve a bâtis. Vous avez l'un et l'autre une juste ennemie r Unissez-vous tous deux pour combattre Aricie,
PHÈDRE
Hé bien ! à tes conseils je me laisse entraîner. Vivons , si vers la vie on peut me ramener , Et si l'amour d'un fils , en ce moment funeste , De mes faibles esprits peut ranimer le reste.
' Détrompez son erreur , fléchissez son courage.
On détrompe quelqu'un , on le fait revenir de son erreur ; mais on ne dit pas e'galement détromper terreur de quclijuun , «;omme l'a remarque M. l'abbé d'Olivet. Remarques sur Racine , nouvelle édition , pag. 35. L. B.
FIN DU rREMlEn ACTE.