ACTE lï, SCÈNE V
Ne sera pas en vain imploré par mon père. '
On ne yoit point deux fois le rivage des morts , Seigneur. = Puisque Thésée a vu les sombres bords, En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie ; Et Tavare Achéron ne lâclie point sa proie. ^
' Ne sera pas en vain imploré par mon père.
Racine paraît avoir ici rappelé toute la protection ijuc Neptune accorde à Thésée , pour établir la vraisemblance de la catastrophe. L. B.
' On ne voit point deux fois le rivage des morts , Seigneur.
Ce vers est une traduction admirable des vers suivans de
Sénèque :
Non unçuam ampli'us
Comexa tetïgit supcra , gui mers us semcl
Adiit silentem nocte perpétua domum.
liippolyte , acte 1, scène 2. L. lî.
* JEt V avare Achéron ne lâche point sa proie.
Sénèque a forni ce beau vers à Racine,
Regni tenacis dominas et tacitce Sfygis Nullam relictos fecit adsuperos via m.
« Le maître du ténébreux empire qu'arrose le Sfyx ne lâclif. » jamais sa proie ; il n'a pas encore permis aux morts de voir » le jour qu'ils ont quitté. » Hippolyte , acte II , scène 2.
On peut remarquer ici que le regni tenacis du tragique lalin , qu'on ne peut traduire en français avec la même précision , a
Que dis-je ? Il n'est point mort, puisqu'il respire en voxi». Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux. : Je le vois, je lui parle; et mon cœur... Je m'égare, Scigneiu" ; ma folle ardeur malgré moi se déclare.
HIPPOLYTE
Je vois de votre amour l'effet prodigieux.
Tout mort quil est , Thésée est présent à vos yeux ;
Toujours de son amour votre ame est embrasée. '
PHÈDRE
Oui , prince , je languis , je brûle pour Thésée. *
fc'té on ne peut pas mieux rendu par la belle epllhète à^ayare ^ que Racine parait avoir empruntée du
Slrepitum Acherontis aicri de Virgile. Georgiçues , lir. II, vers 491. L. B.
^ Toujours de son amour votre ame est cmlrâsée.
Traduction de ce vers de Se'nèque :
Amore nempe Thesei castofuris ?
Hippolyte , acte II, scène 2. L. B.
* Oui , prince . je languis , je brûle pour Thésée , etc.
Toute cette déclaration est emprunte'e de Se'nèque. Hippolyte ^ acte II , scène 2 , vers 5; et suiv.
« Oui , dit Phèdre , j'aime , Hippolyte , cet air que The'se'e 3) apporta en naissant , et qu'il conservait encore lorsqu'un du- » vct léger couvrit pour la première fois la fraîcheur de ses )) joues ; tel il était lorsqu'il s'engagea dans l'affreuse retraite w du ÎNI nolaure , et qu'à l'aide d'un fil il sut en reconnailre