‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 36 sur 164 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Et Phèdre, au labATÎntlie avec vous descendue, Se serait avec vous retrouvée ou perdue. '

H IPPOLYTE.

Dieux ! qu'est-ce que j'entends ! * Madame , oubliez-vous Que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux?

PHÈDRE

Et sur quoi jugez- vous que j'en perds la mémoire , Pi'ince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire?

HIPPOLYTE

Madame, pardonnez. J'avoue, en rougissant, ^

' Et Phèdre, au labyrinthe avec vous descendue y Se serait avec vous retrouvée ou perdue.

Voilà sans doute le dernier degré' où la passion puisse être portée au the'àtre. L. B.

* Dieux', qu est-ce que j^ entends ? . , . .

Dans Se'nèque , Hippolyte entre ici en fureur, il est t tonne que les dieux e'coutent de pareilles horreurs sans en te'moif;ner leur indignation ; il voudrait que le ciel s'obscurcit , que Je soleil effraye' retournât sur lui-ir>4me ; il prie le maître du tcnnerre de l'écraser de sa foudre puisqu'il a pu devenir i'ubjel des transports incestueux de sa belle-mère. La surprise d'IIippolyle , réduite à ce peu de m ifs , dieux l çu est-ce que J'entends ? est bien plus éloquente dans Racine. L. B.

^ J^adame , pardonnez. J''avo'je , en rougissant ., etc.

Sénèque n'admet point dans Hippoîyte cette louaI)Ie confusion, ce doute estimable. Raciise , en cet endroit, est bien supérieur à son modèle Ce n'est pas en cela seulement que

78 PHÈDRE

Que j'accusais à tort un discours innocent. Ma lionte ne peut plus soutenir TOlre vue ; Et je vais...

PHÈDRE

Ah ! cruel ! tu m'as trop entendue. • Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur. Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fiu'eur. Jaime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même, Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison. Objet infortuné des vengeances célestes ,

pèche le héros du tragique latin : il est repre'sente' prêta donner la mort à Phèdre , et la saisissant par les cheveux pour l'immoler à son ressentiment. Hippolyte , acte II , scène 2. Il s'en faut peu qu'Euripide ne prête à Hippolyte le même emportement envers la nourrice de Phèdre.

Phèdre àe même , dans Se'nèque , s'oublie au point de se jeter aux genoux d'Hippoljte , pour le conjurer de répondre à sa passion. Racine n'est pas moins admirable dans la manière dont il a imité les anciens , que par l'art avec lequel il a su s'en écarter. L. B.

' u4â ! cruel ' iu m'as trop entendue.

Ce n'est plus un amour qui s'échappe avec les plus grands ménagemens ; c'est la passion qui éclate dans toute sa force ; c'est un torrent qui se déborde avec fureur. Quel pinceau il fallait avoir pour peindre avec tant de feu les emportemens d'une passion effrénée ! L. B.

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