ACTE III, SCÈ^E I
Pourquoi détournais-tu mon funeste dessein T ' Hélas ! quand son épée allait chercher mon sein , Yi-t-il pâli pour moi? me l'a-t-il arrachée? Il suffit que ma main Tait une fois touchée , = Je lai rendue horrihle à ses yeux inhumains ; Et ce fer malheureux profanerait ses mains.
' Pourquoi déloarnais-tu mon funeste dessein ?
On dit détourner queliju un d'un dessein, mais on ne peut pas dire également, soit en vers, soit en prose , détourner un dessein. Remarques de M. Vabbé d'Olivet, nouvelle édition , pag. 35.
* N'en déplaise à l'abbé d'Olivet , détourner un dessein ne me parait nullement blâmable , d'abord parce qu'il est très-français de tourner ou détourner les desseins d'un côté ou d'un autre , ensuite parce que rien n'empêche de supposer l'ellipse toute naturelle , détourner Te/fet d'un dessein.
D'Olivet était un grammairien tres-éclairé , et d'un esprit très-juste. Il a parfaitement connu la théorie de la grammaire générale et du langage français ; mais il est quelquefois trop vétilleux, ce qui tient d'assez près à ce genre d'esprit II y a d'ordinaire un peu de superstition mêlée à la religion des grammairiens.
' Il suffit que ma main V ait une fois touchée.
Sénèque a fourni cette pensée à Racine : ce n'est pas Phèdre qui suppose à lïippolyte de la répugnance pour son épée ; c'est ce prince lui-même qui ne veut plus que cette épée soit suspendue à son côté, parce que Phe.lre l'a touchée. On sent combien sont désagréables des pensées aussi foicées : c'était sans
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