‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 48 sur 164 · ACTE III, SCÈNE III. gJÎ · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. gJÎ

ŒKONE.

Il p.'en faut point douter , je les plaias l'uu et l'autrr. Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre. Mais à de tels affi'onts pourquoi les exposer ? Pourquoi contre Tous-même allez-vous déposer ? C'en est fait : on dira que Plicdre, trop coupable- De son époux tralii fuit Vaspect redoutable. Hippoljte est heureux qu'aux dépens de vos jours Voivs-même, en expirant, appuyiez ses discours. '' A votre accusateur que pourrai-je répondre? Je serai devant lui trop facile à confondre. De son triomphe affreux je le verrai jouir, Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr. Ah ! que plutôt du ciel la flamme me dévore !

* Hippolyte est heureux quaux dépens de vos jours , Vous-même, en expirant , appuyiez ses discours.

Si l'on consultait ici la valeur exacte des syllabes , il y en au rait quatre dans le subjonctif appuyiez, puisque M y seul équivaut à deux /. Mais cette prononciation serait si horriblement dure , qu'ici l'oreille l'a emporté sur la grammaire , même dans l'usage ordinaire. C'est la même raison qui a autorise' ces deux vers à'Iphigénie :

I>orsque dans son vaisseau , prisonnière timide , Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide.

Il faut avouer qu'il se rencontre dans notre langue de rudes éle'mens, puisque s'il fallait la prononcer re'gulièreraent , on eu dirait encore ce qu'on en disait autrefois , qyxel/e ressemelait au croassement des corbeaux.

96 PHÈDRE

Mais , ne me trompez point , vous csl-il cher encore ?

De quel œil voyez- vous ce prince audacieux. ?

PHÈDRE

Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux.

ŒNOÎiE.

Pourquoi donc lui céder une victoire entière ? Vous le craignez ; osez l'accuser la première ' Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui. Qui vous démentira ? Tout parle contre lui. Son épée en vos mains heureusement laissée , Votre trouble présent , votre douleur passée , Son père par vos cris dès long-tems prévenu , Et déjà son exil par vous-même obtenu.

PHÈDRE

Moi , que j'ose opprimer et noircir l'innocence ! *

I Vous le craignez ; osez V accuser la première.

DansSénèque , la confidente dit à Phèdre : « Hippolyte sait

» votre crime Faisons-en retomber sur lui l'imputation :

j> accusons-le d'avoir eu pour vous un amour incestueux ; 5) l'aveu que vous lui avez fait de votre passion n'est connu de >) personne : qui pourra vous démentir ? Hippolyte , acte II , scène 2. L. B.

* Moi, que pose opprimer et noircir V innocence l Cette réponse , qui respire l'horreur du crime , sort du cœur de Phèdre , et n'est point démentie par la fin de la scène. C'est slors la vue d'Hippolyte à côté de Thésée , qui bouleverse

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