ACTE IV, SCÈNE II
J'abandonne ce traître à toute ta colère. Etouffe dans son sang ses dtsirs effrontés. Thésée à tes furevirs connaîtra tes bontés. *
HIPPOLYTE, D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte î Ln tel excès d'horreur rend mon ame interdite. Tant de coups imprévus m'accablent à la fois , Qu'ils m'ôtent la parole , et m'étouffent la voix.
THÉSÉE
Traître , tu prétendais qu'en un lâche silence
Phèdre ensevelirait ta brutale insolence :
Il fallait , en fuyant , ne pas abandonner
Le fer qui dans ses mains aide a te condamner;
Ou plutôt il fallait , comblant ta perfidie ,
Lui ravir tout d'un coup la parole et la vie.
HIPPOLYTE
D'un mensonge si noir justement irrité, Je devrais faire ici parler la vérité ,
* Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.
Il y a dans ce morceau , plein de chaleur et de véhémence , quelques endroits où l'auteur a profite' des ide'es de Se'nèque et d'Euripide , mais toujours en y ajoutant beaucoup de son fonds, et rectifiant ce qu'il imite. Il était essentiel que les imprécations de Thésée terminassent ce premier couplet : elles en deviennent plus excusables comme échappées à la première explosion d'une colère et d'une imagination qui doivent lui paraître trop légitimes.
ITO PHÈDBË,
Seigneur : mais je supprime un secret qui tous toucte.
Approuvez le respect qui me ferme la bouche ;
Et , sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis , m
Examinez ma vie , et songez qui je suis.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.*
Quiconque a pu franchir les bornes légitimes,
Peut violer enfin les droits les plus sacrés.
Ainsi que la vertu le crime à ses degrés ;
Et jamais on n'a vu la timide innocence
Passer suljiteraent à l'extrême licence.
Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux
Un perfide assassin, un lâche incestueux.
Elevé dans le sein d'une chaste héroïne ,
Je n'ai point de son sang démenti l'origine.
Pitlhée , estimé sage entre tous les humains ,
Daigna m'instruire encore au sortir de ses mains.
Je ne veux point me peindre avec trop d'avantage;
Mais si quelque vertu m'est tombée en partage ,
Selgnevu*, je crois surtout avoir fait éclater
* Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.
On a toujours admire cette justification d'Hîppolyte , également remarquable par la mesure et par la force. Les maximes générales , extrêmement rares dans Racine , qui les tourne tou- )ours en stmtimens , sont ici d'ijn grand effet, parce que l'application en ist si seiisil)!e , que les conséquences immédiates de res grandes vérités sont l'apologie nécessaire et évidente du Yerlueux Ilippolyte.