‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 59 sur 164 · ACTE IV, SCÈNE II. Ill · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. Ill

La haine des forfaits qu'on ose m'imputer.

C'est par-là qu'HippoIyte est connu clans la Grèce.

J'ai poussé la vertu jusques à la rudesse :

On sait de rues chagrins l'inflexiljle rigueur :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

Et l'on veut qu'HippoIyte, épris d'un feu profane...

THÉSÉE

Oui, c'est ce même orgueil, lâche , qui te condamne. Je vois de tes froideurs le principe odieux : Phèdre seule charmait tes impudiques yeux ; * Et pour tout autre objet ton ame indifférente Dédaignait de brûler d'une flamme innocente.

HIPPOLYTE

Non , mon père , ce cœur , c'est ti'op vous le celer , **

* Phèdre seule charmait tes impudiques yeux.

S'il eût dit tes yeux impudiques , on aurait pu en être blessé , parce que le mot impudiques est dt'sagréable à nos oreilles, et n'entre guère que dans le style moral et religieux. Il ne choque point ici par deux raisons : parce qu'il exprime l'indignation et le mépris, et parce qu'il est placé de manière que l'oreille ne s'y arrête pas , la fin du vers tombant sur le mot yeux.

II n'est pas hors de propos de faire senlir quelquefois ces petites délicatesses de diction , dont la connaissance n'est pas une petite chose , et qui font voir combien l'art de vers est difficile.

** Non , mon père , ce cœur, c^cst trop vous le celer

On ne pouvait placer d'une manière plus favorable l'aveu de

112 PHÈDRE

N'a point d'un chaste amour dédaigné de brûler.

Je confesse à vos pieds ma véritable offense.

J'aime.... J'aime, il est vrai, malgré votre défense.

Aricie à ses lois tient mes vœux asservis;

La fille de Pallante a vaincu votre fds :

Je l'adore ; et mon ame , à vos ordres rebelle ,

Ne peut ni soupirer ni brûler que pour elle.

THÉSÉE

Tu l'aimes? Ciel! Mais non, l'artifice est grossier : Tu te feins criminel pour te justifier.

HIPPOLYTE

Seigneur , depuis six mois Je l'évite , et je Taime. Je venais, en tremblant, vous le dire à vous-même. Hé quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tirer ? Par quel affreux serment faut-il vous rassurer ? '

l'amour d'Hippolyle : non-seulement il re'pand un nouveau jour sur son innocence , mais encore plus d'intérêt sur son caractère et sur son infortune. Quant à ce qu'on a dit de la prévention qui aveugle son père , je crois ce reproche suffisamment examiné dans la préface.

' fur quel affreux serment faut-il vous rassurer ? Que la terre , le ciel , que toute la nature

Idée empruntée de l'endroit suivant d'Euripide.

HIPPOLYTE

« J'atteste Jupiter de mes sermens. Je jure par la terre , que » je n'ai point attenté à l'honneur de voire épouse que je

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