‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 60 sur 164 · ACTE IV, SCÈNE II. Il · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. Il

Que la teiTe , le ciel, que toute la nature...

THÉSÉE

Toujours les scélérats ont recours au parjure. Cesse, cesse, et ^'épargne un importun discours, Si ta fausse yertu n'a point d'autre secours.

HIPPOL^ÏE.

Elle vous paraît fausse et pleine d'artifice :

Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice.

THÉSÉE

Ah ! que ton impudence excite mon courroux î

HIPPOLYTE

Quel tems à mon exil , quel lieu prescriA ez-vous ?

THÉSÉE

Fusses-tu par delà les colonnes d'Alcide , Je me croirais encor trop voisin d'un perfide.

HIPPOLYTE

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez,,

» n'en ai jamais eu l'idée. Si je suis coupable d'un tei crime , » je consens à pe'rir dans la honte et dans rinfamie , à errer sur » toute la terre sans y trouver aucune retraite , et qu'après ma )» mort , la terre et l'eau refusent également de recevoir mes » os dans leur sein , etc. , etc.

THÉSÉE

» J'admire cet impie : coupable en vers moi d'un inceste , il » ne pense pas que je puis aussi le soupçonner d'un parjure. » Hippolyte , acte IV, scène 5. L. B.

Il4 PHÈDRE,

Quels amis me plaindront quand vous m'abandonnez ? '

THÉSÉE. - Ya chercher des amis dont l'estime funeste Honore l'adultère , applaudisse à l'inceste ; Des traîtres , des ingrats , sans honneur et sans loi , Dignes de protéger un méchant tel que toi.

HIPPOLYTE

Vous me parlez toujours d'inceste et d'adultère : Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère , *

* Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez , Quels amis me plaindront quand vous m 'abandonnez ?

Hélas \ dit Hippolyte dans Euripide, à (fui pourrai -je demander V hospitalité si vous m 'exilez pour un tel crime ?

Ce sera, lui répond Thésée , à celui qui se plait dans la SO' ciété des méchans , et gui reçoit avec plaisir le perfide étranger qui corrompt les femmes. Hippolyte, acte IV, scène 5. L. B.

* Cependant Phèdre sort d'une mère

Qui croirait que Brumoy ne trouve pas ici notre Hippolyte assez respectueux ? C'est un parti pris chez ces gens-là de chercher des torts aux modernes , pour trouver de nouveaux mérites aux anciens. Le commentateur n'est pas de l'avis de Brumoy ; mais il croit voir un artifice ingénieux dans Euripide , qui a imaginé de lier Hippolyte par im serment qu'Œnone a exigé de lui , et qni lui ôle tout le mérite de son silence ; et en même tenis il loue dans Racine des considérations plus adroites. Il est clair cependant qu'il n'y a ici rien à' ingénieux dans les moyens d'Euripide , et qu'il y a dans ceux de Racine autre chose que de l'adresse : on l'a prouvé ci-dessus.

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