‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 7 sur 164 · ACTE I, SCÈ>^E I. 3r · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈ>^E I. 3r

Quand même ma fierté pourrait s'être adoucie ,

Aurais-je pour vainqueur du choisir Aricie ?

Ne souviendrait-il plus à mes sens égai-és

De l'obstacle éternel qui nous a séparés ?

Mon père la réprouve, et, par des lois sévères,

Il défend de donner des neveux à ses frères.

D'une tige coupable il craint un rejeton;

Il veut avec lem- sœur ensevelir leur nom ;

Et que, jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,

Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle.

Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?

Donnerai-je l'exemple à la témérité ?

Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée... *

THÉRAMÈjSîE.

Ah! seigneur , si votre heure est une fois marquée , '♦'*

* £f dans un fol amour ma jeunesse embarquée . . . . Une jeunesse embarquée dans un amour &%\. à la fois une impropriété de terme et une phrase inélégante.

*♦ Ah ! seigneur , si voire heure est une fois marquée

Il y a soixante ans que Voltaire a condamné, avec tous les bons juges , les leçons de Théramène contenues dans ce couplet , doublement répréhensibles comme au-dessous de la gravité tragique , et peu séantes dans la bouche d'un gouverneur. C'est le seul exemple de disconvenance qui s'offre dans cette pièce , et il étonne dans Racine , qui probablement n'y a été entraîné que par trop d'envie de justifier l'amour d'HippoIyte j comme Louis Racine , qui justifie cette discoQvt-nance , a étf' entraîné par trop de complaisance pour son père.

32 PHÈDRE

Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer.

Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer;

Et sa haine , irritant une flamme rebelle ,

Prête à son ennemie une grâce nouvelle.

Enfin , d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ?

S'il a quelque douceur , n'osez- vous l'essayer ?

En croircz-vous toujours un farouche scrupule?

Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule?

Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domlés?

Vous-même , où seriez-vous , vous qvii la combattez ,

Si toujours Antiope, a ses lois opposée,

D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ?

Mais que sert d'affecter un superbe discours?

Avouez-le, tout change; et, depuis quelques jours.

On vous voit moins souvent , orgueilleux et sauvage ,

Tantôt faire voler un char sur le rivage ,

Tantôt , savant dans l'art par Neptune inventé ,

Rendre docile au frein un coursier indomlé.

Les forets de nos cris moins souvent retentissent.

Chargés d'un feu secret vos yeux s'appesantissent.

Il n'en faut point douter : vous aimez , vous brûlez ;

Vous périssez d'un mal que vous dissinuilez.

La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire?

HIl'POLYTE.

Théramène , je pars, et vais chercher mon père. *

■* Tfiér.zmènc , /e pars , cl vais chercher mon père.

i.a manière dort ccUcccnvcrsation esl coupc'c , mérite d'être

ACTÏ I, SCÈ5E II. ôo

THÉR AMÈNE.

Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir ,

Seigneur ?

HIPPOLYTE

C'est mon df^-ssein ; tu poux l'en avertir.

Voyons-la , pnisqu ainsi mon devoir me l'ordonne.

Mais quel nouveau malheur trouhle sa chère OEnone?

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