ACTE I, SCÈ>^E I. 3r
Quand même ma fierté pourrait s'être adoucie ,
Aurais-je pour vainqueur du choisir Aricie ?
Ne souviendrait-il plus à mes sens égai-és
De l'obstacle éternel qui nous a séparés ?
Mon père la réprouve, et, par des lois sévères,
Il défend de donner des neveux à ses frères.
D'une tige coupable il craint un rejeton;
Il veut avec lem- sœur ensevelir leur nom ;
Et que, jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,
Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle.
Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?
Donnerai-je l'exemple à la témérité ?
Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée... *
THÉRAMÈjSîE.
Ah! seigneur , si votre heure est une fois marquée , '♦'*
* £f dans un fol amour ma jeunesse embarquée . . . . Une jeunesse embarquée dans un amour &%\. à la fois une impropriété de terme et une phrase inélégante.
*♦ Ah ! seigneur , si voire heure est une fois marquée
Il y a soixante ans que Voltaire a condamné, avec tous les bons juges , les leçons de Théramène contenues dans ce couplet , doublement répréhensibles comme au-dessous de la gravité tragique , et peu séantes dans la bouche d'un gouverneur. C'est le seul exemple de disconvenance qui s'offre dans cette pièce , et il étonne dans Racine , qui probablement n'y a été entraîné que par trop d'envie de justifier l'amour d'HippoIyte j comme Louis Racine , qui justifie cette discoQvt-nance , a étf' entraîné par trop de complaisance pour son père.
32 PHÈDRE
Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer.
Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer;
Et sa haine , irritant une flamme rebelle ,
Prête à son ennemie une grâce nouvelle.
Enfin , d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ?
S'il a quelque douceur , n'osez- vous l'essayer ?
En croircz-vous toujours un farouche scrupule?
Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule?
Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domlés?
Vous-même , où seriez-vous , vous qvii la combattez ,
Si toujours Antiope, a ses lois opposée,
D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ?
Mais que sert d'affecter un superbe discours?
Avouez-le, tout change; et, depuis quelques jours.
On vous voit moins souvent , orgueilleux et sauvage ,
Tantôt faire voler un char sur le rivage ,
Tantôt , savant dans l'art par Neptune inventé ,
Rendre docile au frein un coursier indomlé.
Les forets de nos cris moins souvent retentissent.
Chargés d'un feu secret vos yeux s'appesantissent.
Il n'en faut point douter : vous aimez , vous brûlez ;
Vous périssez d'un mal que vous dissinuilez.
La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire?
HIl'POLYTE.
Théramène , je pars, et vais chercher mon père. *
■* Tfiér.zmènc , /e pars , cl vais chercher mon père.
i.a manière dort ccUcccnvcrsation esl coupc'c , mérite d'être
ACTÏ I, SCÈ5E II. ôo
THÉR AMÈNE.
Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir ,
Seigneur ?
HIPPOLYTE
C'est mon df^-ssein ; tu poux l'en avertir.
Voyons-la , pnisqu ainsi mon devoir me l'ordonne.
Mais quel nouveau malheur trouhle sa chère OEnone?