‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 81 sur 164 · ACTE V, SCÈNE VI. l · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI. l

Un effroyable cri , sorti du fond des flots , Des airs en ce moment a troidjlé le repos; Et du sein de la terre une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable. Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé : Des coursiers attentifs le crin s'est liérissé. Cependant , sur le dos de la plaine liquide , S'élève à gros bouillons une monlagne luimide : L'onde approcbe , se brise , et vomit à nos yeus , Parmi des flots d'écume , un monstre fui'ieux. Son front large est armé de cornes menaçantes ; * Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes ; ludomtable taureau, dragon impétueux,

* Son front large est armé de cornes menaçantes ;

Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes ; etc.

Ces huit vers ne pouvaient - ils pas se rJduire à quatre ? Les écailles jaunissantes ne font rien à la chose, non plus que les cornes menaçantes , puisque le monstre est taureau , ni la terre qui s^ en émeut. On ne peut trop vite aller au fait.

Ses longs mugissemens font trembler le rivage ; Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage. Indomtable taureau , dragon impe'f ueux , Sa croupe se recourbe en replis tortueux. Tout fuit, etc.

11 me semble que de celte manière le monstre était suffisamment dépeint (car il fallait le dépeindre , quoi qu'en aient dit les critiques ) ; et alors la description ne ralentissait plus la narration.

l44 PHÈDRE,

Sa croupe ?e recourljc en replis tortueux ; Ses longs mugissc'mens font trembler le rivage. Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ; La terre s'en émeut, l'air en est infecté; Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

Tout fiiit; el , sans s'armer d'un courage inutile, * Dnns le temple voisin chacun clierche un asile. Hippoljte lui seul , digne fils d'un héros ,

* Tout fuit ; et, sans s^ armer d^un courage inutile

Brumoy reproche aigrement à Racine A^yon fait des lâches des compagnons d'HlppoIyte. C'est hien des compagnons à^W\^polyte qu'il s'agit ici ! II s'agit de montrer , dans ce dernier moment , le fils d'un héros , le fils de The'sëe , celui cjui se plaignait de n'avoir point encore domté de monstres. Tout fuit , et lui seul est intrépide ; il fait au monstre une large blessure ; ce n'est pas le monstre qui l'a vaincu ; c'est l'épouvante de ses chevaux qui le fait pe'rir , et son malheur excite d'autant plus de pltie' , qu'on admire plus son courage. Ce combat d'Hippolyle contre le monstre est de l'invention de Racine, et il faut lui en savoir gré. Elle lui a fourni un tableau de plus, celui de la chute du inonstre , tableau si richement colorié dans ces beaux vers . De rage et de douleur le monstre bondissant , Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant , Se roule , et leur présente une gueule enflammée Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.

Quels coups de pinceau ! C'est là ce qui valait la peine d'èlre remarqué , et non pas la fuite des gardes , si ce n'est qu'elle sert encore de relief à la valeur d'Hippolyte, et rentre ainsi dans le dessein du poëfe.

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