‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 82 sur 164 · ACTE V, SCÈNE M · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE M

Arrête ses coursiers , saisit ses javelots , Pousse au monstre , el trun dard lancé d'une main sure Il lui fait dans le flanc une large blessure. De rage et de douleur le monstre bondissant "Vient aux pieds des cbevaux tomber en mugissant , Se roule , et leur présente une gueule enflammée Qui les couvre de feu , de sang et de fumée. La frayeur les emporte ; et , sourds à cette fois , Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix. En efforts impuissans leur maître se consume ; Ils rougissent le mors d'une sanglante écume. On dit qu'on a vu même, en ce désordre affi'eux , Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux. A travers les rochers la pem" les précipite. L^essieu crie et se rompt : * l'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats tout son char fracassé ; Dans les rênes lui-même il tom]>e embarrassé. Excusez ma douleur ; cette image cruelle Sera pour moi de pleurs vme source éternelle. Jai vu , seigneur , j'ai vu votre malheureux fils Traîné par les chevaux que sa main a nouiTis.

* L ^essieu crie et se rompt. . . .

On a souvent rappelé l'harmonie imitative de cet hemisliche. On ne s'attend pas sans doute que nous relevions toutes les beautés de ce style descriptif. On sait assez que ce morceau en est , dans notre langue , un des modèles les plus accomplis que nous puissions opposer aus anciens.

l46 PHÈDRE,

Jl >enl les rappeler, et sa voix les effraie;

lis courent : tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.

ï3e nos cris douloureux la plaine retentit.

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit.

Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques

Où des rois ses aïeux sont les froides reliques. -

J'y cours en soupirant, et sa garde me suit;

De son généreux sang la trace nous conduit.

Les rochers en sont teints; les ronces dégouttantes

Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.

J'arrive , je l'appelle ; et me tendant la maiu ,

11 ouvre un œil mourant qu'il referme soudain :

« Le ciel , dit-il , m'arrache une innocente vie.

» Prends soin , après ma mort , de la triste Aricie.

' Touf son corps n ^est bientôt qu ^une plaie.

Racine a resserré dans un seul vers le détail ridicule que fait Stnèque de toutes les blessures d'HippoIyte. Il a imité la précision d'Ovide , qui dit , en parlant de ce jeline prince :

Unumque erat omnia vulnus.

Mètamorph. Uv. XV, v. Sag. L. B.

- Oit des rois ses aïeux sont les froides reliques. Reliques : c^ mot, dérivé du mot latin reliçuiœ , qui veut dire restes , a vieilli : on ne le dit plus que des choses saintes.

* Ordinairement ; mais quand on sait le placer aussi bien que dans ce vers , il n'est nullement au-dessous de la pofsie , dans quelque sujet que ce soit.

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