‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 89 sur 164 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

Le chœur, témoin de la confusion de la reine, s'adresse à la confidente pour savoir la cause de ses chagrins. La nourrice lui répond qu'elle n'a rien négligé pour en connaître le sujet, et qu'elle va cependant faire de nouveaux efforts. Elle s'approche alors de Phèdre ; elle la prie d'oublier le passé; elle la conjure de recourir aux remèdes

qui peuvent opérer sa guérison elle la presse de

parler. Phèdre ne répond rien à ces représentations; enfin, désespérée de l'inutilisé de ses tenta-

l56 HIPPOLYTE

t'ives , la confidente se tourne vers le chœur, coraaie pour se plaindre de Fimpuissance de ses raisons... Elle représente ensuite à Phèdre qu'Hlppolyte dépouillera ses enfans de riiérllage de

leur père A ce nom, Phèdre rompt le silence,

et défend à sa nourrice de le prononcer devant elle. La nourrice réitère ses questions; elle s'informe si Thésée n'a rien fait qui lui déplaise. Phèdre confuse dit alors qu'elle voudrait bien ellemême ne l'avoir pas outragé: elle prie sa confidente de ne plus la forcer de s'expliquer; elle l'assure qu'elle n'est point l'objet de tous les reproches qu'elle se fait. La nourrice se jette alors aux genoux de Phèdre: elle serre ses mains entre les siennes ; elle les applique contre sa bouche ; elle les arrose de ses pleurs. Phèdre attendrie oppose aux instances qu'on lui fait, la honte dont elle se couvrirait en dévoilant son secret. La nourrice combat ses raisons par des considérations aussi puissantes, et finit enfin par lui reprocher le mépris qu'elle paraît faire des soins qu'elle a eus de son enfance. La reine, qui cherchait à se dérober à une situation aussi terrible, cède aussitôt h ce reproche: elle fait relever sa nourrice ; elle veut parler;

d'euripide. 107

mais, retenue par une honte intérieure, elle rappelle tous les crimes de sa race. La confidente , qui ne voit point où tend ce discours, veut empêcher sa maîtresse de se déchaîner contre son sang. Phèdi'e, qui croit en avoir assez dit, voudrait qu'elle devinât le reste Enfin cet aveu, si important pour

elle, lui échappe.

Ce mot terrible saisit d'horreur le chœur et la confidente. Phèdre, pour arrêter l'effet de cette impression, croit alors devoir justifier la conduite qu'elle a tenue: elle leur apprend la résistance qu'elle fit à cette passion naissante, les précautions qu'elle prit pour la cacher, ses efforts pour la détruire ; elle témoigne ensuite tant d'horreur pour son crime , elle paraît avoir toujours été si éloignée de ressembler aux femmes perfides qui en ont donné le premier exemple , elle redoute si fort que sa honte ne rejaillisse sur son époux et sur son fils, qu'elle inspire au chœur la plus vive compassion. La confidente, qui ne songe qu'aux moyens de conserver sa maîtresse , essaie de diminuer à ses yeux l'atrocité de sa passion ; elle la justifie sur la nécessité où sont les hommes d'aimer, et le peu de moyens qu'ils ont de résister au

l58 IIIPPOLYTE

pouvoir de Vénus ; elle appuie ensuite ses raisons par des exemples; elle fait remarquer que tous les dieux ont aimé, que les époux qui ont vu souiller leur lit, ou qui ont eu à rougir des amours de leurs enfans, ne se sont point affligés comme elle d'un pareil malheur, etc. Le chœur encourage Phèdre à ne point s^arrêter aux conseils de sa nourrice ; celle-ci fait de nouveaux efforts pour les faire adopter. Phèdre alors lui ordonne de se taire. La confidente, qui voudrait être autorisée à déclarer l'amour de la princesse à Hippolyte, propose de recourir à des philtres. Phèdre, sans y consentir, paraît entrer en composition avec sa nourrice, en s'informant de la manière dont ces philtres opèrent: elle lui défend cependant encore de faire connaître son amour à Hippolyte ; elle ou^Te les yeux sur le précipice qu'elle s'est creusé, et, prévoyant que Thésée n'ignorera pas long- teras le mystère de son amour, elle retombe dans ses premières frayeurs.

Page 1