‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 100 sur 264 · ACTE I, SCENE 1. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE 1. i

T'ai-^je jamais caché mon cœur et mes désirs ?

Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs.

Enfin , quand Ménélas disposa de sa fidle

En faveur de Pyrrhus ^ vengeur de sa famille ^

Tu vis mon désespoir ; et tu m^as vu depuis

Trsuner de mers en mers ma chaîne et mes ennuis.

Je te vis à re^et y en cet état funeste ^

Prêt à suivre partout le déplorable Oreste j

Toujours de ma fureur interrompre le cours ^

Et de moi-même exAn me sauver tous les jours «

Mais quand je me souvins ^ que parmi tant d^alarmes

Hermione à Pyrrhus prodiguoit tous ses charmes ,

Tu sais de quel courroux mpn cOçur alors épris

Voulut , en l'oubliant , punir tous ses mépris.

Je fis croire, et je crus ma victoire certaine :

Je pris tous mes transports pour des transports de haine ;

Détestant ses rigueurs , rabaissant ses attraits ,

Je défiois ses yeux de me troubler jamais.

Voilà comme je crus étouffer ma tendresse.

En ce calme trompeur j^arrivai dans la Grèce ;

Et je trouvai d'abord ses princes rassemblés ,

Qu'un péril assez grand sembloit avoir troubles.

J'y courus. Je pensai que la guerre et la gloire

De soins plus importants rempliroient ma mémoire ;

Que mes sens reprenant leur première viguew >

L'amour achèveroit de sortir de mon co^r.

Mais admire avec moi le sort , dont la poursuite

Me £dt courir alors au piège que j'évite 1

J^entends de ton» côtés qu'on menace Pyrrhus :

Toute la Grèce éclate en murmures confus j

i64 ANDROMAQUE.

On se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse ,

Il élève en sa cour Fennemi de la Grèce ,

Astyanax , d'Hector jeune et malheureux fils ,

Reste de tant de rois sous Troie ensevelis.

J'apprends que pour ravir son enfance au supplice ,

Andromaque trompa Fingénieux Ulysse ,

Tandis qu'un autre enfant arraché de ses bras^

Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.

On dit que , peu sensible aux charmes d'Hermione ,

Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne.

Ménélas , sans le croire , en paroît affligé ^

Et se plaint d'un hymen si long-temps né^igé.

Parmis les déplaisirs où son ame se noie ^

Il s'élève en la mienne une secrète joie :

Je triomphe ; et pourtant je me flatte d'abord .

Que la seule vengeance excite ce transport.

Mais l'ingrate en mon cûeur reprit bientôt sa place ;

De mes feux mal éteints je reconnus la trace ;

Je sentis que ma haine alloit finir son cours ,

Ou plutôt je sentis que je l'aimois toujours. .

Ainsi de tous les Grecs je brigue le sufirage.

On m'envoie à Pyrrhus. J'entreprends ce voyagé :

Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras

Cet enfant , dont la vie alarme tant d'états.

Heureux si je pouvois , dans l'ardeur qui me presse ,

Au lieu d' Astyanax , lui ravir ma princesse !

Car enfin , n'attends pas que mes feux redoublés

Des périls les plus grands puissent être troublés.

Puisqu'après tant d'efforts ma résistance est vaine ,

Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne.

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