‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 99 sur 264 · FIN D'ALEXANDRE · texte numérisé non relu

FIN D'ALEXANDRE

ANDROMAQUE

TRAGÉDIE

Virgile, au troisième livre de PEneide; c'est Enée qui parle :

Littoraque Epiri legimus , portuque subimus Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus urbem....

Solemnes tum forte dapes , et tristiadona.... Libabat cineri Andromache, manesque vocabat Hectoreum ad tumulum , viridi quem cespite inanem , Et gemmas , causam lacrymis , sacraverat aras. . . .

Dejecit vultum , et demisaâ voce locuta est :

O felix una ante alias priameïa virgo ,

HostUem ad tumulum , Trojae sub mœnibus altis ,

Jussa mori , quae sortitus non pertulit ullos ,

Nec Victoria Jieri tetigit captiva cubile !

Nos , patriâ incensâ , diversa per sequora vectae ,

Stirpis acIlilleaB fastus , juvenemque superbum

Servitio enixae tulimus j qui deinde secutus

Ledaeam Hermionem, lacedasmoniosque hymendBos...

Ast illum , ereptse magno inflammatus amore Conjugis , et scelerum furiis agitatus , Orestes Excipit incautum , patriasquè obtruncat ad aras.

Voilà en 'peu de vers tout le sujet de cette tragédie ; voilà le lieu de la scène , Faction

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qui s'y passe ^ les quatre principaux acteurs^ et même leurs caractères , excepté celui d'Hermîone, dont la jalousie et les emportements sont assez marqués dans Vjindromaque d'Euripide.

C'est presque la seule chose que j'emprunte ici de cet auteur; car, quoique ma tragédie porte le même nom que la sienne, le sujet en est pourtant très-différent. Andromaque, dans Euripide, craint pour la vie de Molos-^ sus, qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus, et qu'Hermione veut faire mourir avec sa mère. Mais ici il ne s'agit point de Molossus : Andromaque ne connoît point d'autre mari qu'Hector , ni d'autre fils qu'Astyanax. J'ai cru en cela me conformer à l'idée que nous avons maintenant de cette princesse, La plupart de ceux qui ont entendu parler d'Andrômaque ne la connoîssent guère que pour la veuve d'Hector, et pour la mèred'Astyanax. On ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre mari, ni un autre fils; et je doute que les larmes d' Andromaque eussent fait

PRÉFACE. jSy

sur l'esprit de mes spectateurs l'impression qu'elles y ont faite, si elles avoient coulé pour un autre fils que celui qu'elle a voit d'Hector.

Il est vrai que j'ai étç obligé de faire vivre Astyanax un peu plus qu'il n'a vécu. Mais j'écris dans uti pays où cette liberté ne pouvoit pas être mal reçue : car , sans parler de Ronsard, qui a choisi ce même Astyanax pour le héros de sa Françiade , qui ne sait que l'on fait . descendre no.s anciens rois de ce fils d'Hector, et que 1169 vieilles chroniques sauvent la vie à ce jeune priope, ^près la désolation de son pays , pour en faire le fondateur de notre monarchie ?

Combien Euripide a-t-il été plua hardi dans sa tragédie diHélè^rie ? Il y choqu^^ ouvertement la créance commune de toute U Grèce. Il suppose qu'Hélène n'a jamais mis le pied dans Troie j et qu'après l'embrasement dç cettQ yille. Mendias trouve safeimme en Egypte , d'où eliç n'étoit point partie :

tout cela fondé sur une opinion qui n'étoit

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reçue que p^irini les Egyptiens, comme on le peut voir aans Hérodote,

Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise ; car il y a bien de la différence entre détruire le principal fondement d'une fàble>* et en altérer quelques incidents qui changent presque de face dans toutes les mains qui les traitent. Ainsi Achille, selon la plupart des poètes, ne peut être blessé qu'au talon , quoique Homère le fasse blesser au bras , et ne le croie invulnérable en aucune partie de son corps. Ainsi Sophocle fait mourir Jocaste aussitôt après là reconnoissance d'(Edipe ; tout au contraire d'Euripide, qui la fait vîvrè jusqu'au combat et à la mort de ses deux fils. Et c'est à propos . de quelque contrariété de cette nature ,

qu'un ancien commentateur de Sophocle remarque fort bien ^ qu'i/ ne faut point 8^ amuser à chicajier les poètes pour queh ques changements qu^ils ont pu faire dans

• Sophoclîs Electra.

la fable ; mais qu^ilfaut s^ attacher à considérer V excellent usage quHls ont fait de ces changements j et la manière ingénieuse dont ils ont su accommoder la fable à leur sujet.

ACTEURS

ANDROMAQUE , veuve d'Hector , captive de Pyrj'hus.

PYRRHUS , fils d'AdbiUe , roi d'Epire.

ORESTE , fils d'Agameiunon.

HERMIONE, fille d'Hélène, accordée avec Pyrrhus.

PYLADE , ami d'Oreste.

CLÉONE , confidente d'Hennione.

CEPHISE , confidente d'Andromaque.

PHŒNIX, gouverneurd' Achille, et ensuite dePyrrhns.

SUITE d'oreste.

La scène est à Buthrote , ville d'Epire , dans une salle

du palais de Pyrrhus^

9^<^9<^<^<»(B^9<^<^9<^<^<È<Bé<»<9<èM9^9^9^<»9i<^^

AN DR OM A QUE

TRAGÉDiE.

AGTE f^ftEMIER.

S ÔÈ N E î* RÉ M I Ê à Ê.

, , , O.aESTË:, ?YLADE.: ;

Oui , pnîsijue je retrouvé lïn àmî si fidèle ^ Ma fortune va prendre une &ce nouvelle ; Et déjà son cpuïroux, semble s'être adouci^ : • Depuis qu^ell^a pris soin de no^s rejoindre ici. Qui Fçût dit^ qu-un riv^ige à |nes vœux si funeste* Présenterait dVbord Pyî^4e aux yeux d'Oreste ? Qu'après plus de six rapisque je t'avois perdu , A la. cour de Pyrrhus tu me ^rois rendu ? :

/ »YI-ÀDE..

J'en rendsgraces aiu ciel , qut, m'arrètant sans cesse, Sembloit m'avoir fermé le chemin de la Grèce > Depuis le jour fatal que la foreur des eaux , Presque ciux yeux de l'JEpire , écarta nos vaisseaux. Combien dans cet exil.«ir)e;jSQuffert d'alarmes , I. II

î62 ANDROMAQUE.

Combien à vos malheurs ai-je donné de larmes ,

Craignçint toujours pour vous quelque nquveau danger

Que ma triste amitié ne pouvoit partager !

Surtout je redoutois cette mélancolie

Où j'ai vu si long-temps votre ame ensevelie :

Je craignois que le ciel ^ par un cruel secours.,

Ne vous offiit la mort que vous cherchiez toujours.

Mais je vous vois , Seigneur 3 et, si j'ose* le dire,

Un destin plus heureux vous conduit en Epire.

Le pompeux appareil qui suit ici vos pas

N'est point d'un malheureux qui cherche le trépas.

ORESTS.

Hélas ! qui peut savoir le destin qui m'amène ! L'amour me fait ici chercher une inhumaine ; Mais qui sait ce qu'il idoit ordonner de mon sort , Et si je viens chercher ou la vie ou la mort?

PYIiADE.

Quoi ! votre ame , à l'amour en esclave asservie , Se repose sur lui du soin de votre vie !

Par quel charme , oubliant tant de tourments soufferts, pQUVeaf-vous consentir à rentre^ dans ses fers ? Pensez-vous qu'Hermione , à Sparte inexorable , Vous prqpare en Epire un sort pliis fevorable ! Honteux d'avoir poussé tant de vœux superflus , Vous» l'abhorriez ; enfin , vous i*e m'en parliez plus. Vous me trompiez , Seigneuy.

Je me trompois moi-même I Ami , n'accable point un malheureux^ qtii 't'aime.

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