ACTE I, SCENE II. 2p
Un roi qui fait trembler tant d'états sous ses lois ^N est pas un ennemi que méprisent les rois.
Loin de le mépriser, j'admire son courage; Je rends à sa valeur un légitime hommage : - je veux à mon tour mériter les tributs Que je me sens forcé de rendre à ses vertus. Oui , je consens qu'au ciel on élève Alexandre : * Mais, si je puis, seigneur, je l'en ferai descendre , Et j iiai l'attaquer jusque sur les autels Que lui dresse en tremblant le reste des mortels. C est ainsi qu'Alexandre estima tous ces princes Dont sa valeur pourtant a conquis les provinces : Si son co'ur dans l'Asie eût montré quelque effroi , Darius en mourant L'aurait-il vu son roi ?
TAX1LE
Seigneur . si Darius avait iu se connaître , **
* Oui . it consens nu 'ûh ciel on élève Alexandre ;
ois , si je puis , seigneur, je l'en ferai descendre.
Ces vers ont un air de grandeur qui, dans tous les tems,
peu! la multitude. Je me souviens de les avoir entendu
<!ans ma jeunesse, lis n'ont pourtant qu'un fa>te re-
i.t le jeune homme, et que la maturité ré-
iil. Il v a de l'affectation à dire : Je consens çu'on I é-
/ere au ciel, pourvu que je V en fasse descendre I ligures de
•il poînl l la -vérité tragique.
** Si ■ ù Darius avait su a connuUre,
, ( 1 i\:,i( < i inq-i imait ainsi.
Il régnerait encore où règne un autre maître. Cependant cet orgueil, qui causa son trépas, Avait un fondement que vos mépris n'ont pas : * La valeur d'Alexandre à peine était connue; Ce foudre était encore enfermé dans la nue , l
connatre et paraître , et les éditions de 1687 et 1702 en font foi. Voltaire n'était donc pas le premier auteur de cette innovation dans l'orthographe , qui a tant blessé le pédantisnie grammatical, et qui est si conforme à la raison. Ou Voltaire a ignoré cette autorité dont il pouvait se prévaloir , ou il a préféré l'honneur et le d -nger de passer pour novateur.
* Avait un fondement , etc.
Cet orgueil avait un fondement est une phrase inélégante.
1 Cejoudre était encore enfermé dans la nue.
Ce vers est admirable , ainsi que cet autre qui se trouve plu* bas :
« Et la foudre , en tombant , lui fit ouvrir les yeux. »
La métaphore est toujours soutenue. Ces vers annonçaient déjà un poëte supérieur.
Nous ajouterons que le mot de foudre était autrefois masculin et féminin indistinctement ; mais aujourd'hui ce mot est toujours masculin lorsqu'il est au figuré , et toujours féminin lorsqu'il est au propre. L. B. *
* Cette remarque , copiée de Louis Racine , n'en est pas meilleure. Les vers qu'il loue sont beaux , il est vrai , mnis d'un genre de beauté' à la portée de tout le monde, et dont on îvait des exemples même dans des poètes que personne ne lit plus , dans Brebeuf , dans Lemoine , etc. Ce n'est donc point là ce qui peut annoncer un