ACTE I, SCÈNE III. 3l
PO RU S
Hé quoi ! vous en doutez ; et votre anie s'assure Sur la foi d'un amant infidèle et parjure , Oui veut à son tvran vous livrer aujourd'hui , Et croit, en vous donnant, vous obtenir de lui ! Hé bien ! aidez-le donc à vous trahir vous-même : ' Il vous peut arracher à mon amour extrême ; Mais il ne peut muter , par ses efforts jaloux, La gloire de combattre et de mourir pour vous. a
Et vous croyez qu'après une telle insolence
1 Ile bien . aidez-le donc à vous trahir vous-même.
VARIANTE
« Hé bien! madame, aidez-lc à vous trahir vous-même <».
2 Mais il ne peut m'à/er, par ses efforts jaloux , La flaire de combattre et de mourir pour vous.
On est fâche devoir que tout ce grand courage que Porus u fait paraître jusqu'ici, soit l'effet d'un transport amoureux. L. B *
* Cela n'est pas tout-à-fait vrai ; car Porus a fait assez connaître son caractère, pour que l'on sente bien qu'il est homme à se bail rc contre \lr\amlre , quand meme il n'y aurait pas d'Axiane au monde. Mai* tel •■■>t en effet le \i<;e radical de cette froide galante* rie, qu'elle rabaisse infailliblement Le phu çrand caractère, dit moment où u être qu'une uobli émulation d
de c<> vertu, peut cli l'ouvrt{
3l4 ALEXANDRE,
Mon amitié, seigneur, serait sa récompense ! Vous croyez que , mon cœur s'er.gageant sous sa loi , Je souscrirais au don qu'on lui ferait de moi î Pouvez-Yous sans rougir m'accuser d'un tel crime? Ài-je fait pour ce prince éclater tant d'estime? Entre Taxile et tous s'il fallait prononcer, Seigneur , le croyez-vous qu'on me yit balancer ? Sais-je pas que Taxile est une anie incertaine , Que l'amour le retient quand la crainte l'entraîne ? Sais-je pas que , sans moi , sa timide valeur Succomberait bientôt aux ruses de sa sœur ? ■ Vous savez qu'Alexandre en fit sa prisonnière, Et qu enfin cette sœur retourna vers son frère ; * Mais je connus bientôt qu'elle avait entrepris
1 Sais-je pas que , sans moi , sa timide valeur Succomberait bientôt aux ruses de sa sœur ?
Pour l'exactitude il faudrait ne sais-je pas ; mais le poète supprime souvent la négation ne ; ce qui donne en effet plus de vivacité' au discours. \ augelas autorise cette licence. L. B. *
* "Voltaire et tous les écrivains dramatiques font adoptée. Molière en avait fait usage dans le comique : tous ont senti qu'elle était favorable au dialogue.
* Et qu enfin cette sœur retourna vers son frère.
La qualité de sœur est relative et n'est point absolue : ainsi l'on ne peut dire cette sœur , comme on dirait cette princesse , cette reine , etc. On ne relevé ici cette petite inexactitude que parce qu'elle n'est pas heureuse, et que rien ne la justifie , et des-lors ces sortes de fautes sont une faiblesse de style.