‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 136 sur 185 · ACTE II, SCÈNE Y · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE Y

Le beau feu que la gloire allume dans votre ame :

C'est vous , je m'en souviens , dont les puissans appas

Excitaient tous nos rois , les traînaient aux combats ;

Et de qui la fierté refusant de se rendre,

Ne voulait pour amant qu un vainqueur d'Alexandre. *

Il faut vaincre ; et j'y cours , bien moins pour éviter

Le titre de captif, que pour le mériter.

Oui , madame, je vais dans l'ardeur qui m'entraîne,

Victorieux ou mort mériter votre cbaine ;

Et puisque mes soupirs s'expliquaient vainement

A ce cœur que la gloire occupe seulement ,

Je m'en vais, par 1 éclat qu'une victoire donne,

Attacber de si près la gloire à ma personne ,

Que je pourrai peut-être amener votre cœur

De l'amour de la gloire à l'amour du vainqueur.

Hé bien , seigneur , allez. Taxile aura peut-être Des sujets, dans son camp, plus braves que leur maître;

1 Ne voulait pour amant qu'un vainqueur d'Alexandre.

Ce vers a clé imité depuis par Quinault, dans l'opéra d'y//-mi de :

Le vainqueur de Renaud , si quelqu'un le peut être, Sera digne de moi. L B.*

* Quinault peut avoir emprunte l'idée , quoiqu'elle soit du nombre de cries qui appartiennent a tout le monde : mais il n'a pas imité le vers : cet hémistiche sublime, si quelqu MA le peut itn n'ctl (ju'a lui , et il fallait le dire puisqu'on voulait parler de Quinault.

Je vais les exciter par un dernier effort : Après , clans votre camp , j'attendrai votre sort. ' Ne vous informez point de l'état de mon ame : Triomphez , et vivez.

PORUS

Qu'attendez-vous , madame?

Pourquoi, dès ce moment, ne puis-je pas savoir Si mes tristes soupirs ont pu vous émouvoir? Voulez- vous , car le sort, adorable Axiane, A ne vous plus revoir peut-être me condamne; Voulez-vous quen mourant un prince infortuné 2

1 Après , dans votre camp , j'attendrai votre sort.

Après pour ensuite est trop du style de la conversation : alors on ne distinguait point assc z le langage familier d'avec un langage plus relevé. L. B. *

* Cette assertion est beaucoup trop absolue et trop ge'ne'rale ; elle n'est ainsi applicable qu'aux auteurs qui ont précédé Corneille. Ce grand homme fut le premier qui connut la noblesse du style tragique , et qui en donna des modèles. Assurément il y a loin dustvle de Cinna au langage familier. Cependant il en laissa subsister encore des traces assez, fréquentes dans ?es meilleures pièces, |>arce qu'il avait moins de goût que de génie , et parce qu'il n'est pas donné au même homme de créer et de perfectionner. C'est à Racine qu'il était réservé d'atteindre a la perfection du style tragique , et les locutions familières sont déjà rares dans son Alexandre, et ne reparaissent plus chez, lui depuis Andromaque.

2 Voulez-vous qu'en mourant , un prince infortuné.

VARIANTE

« Youlez-vous qu'en mourant ce cœur infortuné ». L. B,

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