ACTE Iï, SCÈNE V
Ignore à quelle gloire il était destiné ? Parlez.
AXI ANE.
Que vous dirais-je ?
roRvs.
Ali ! divine princesse ,
Si vous sentiez pour moi quelque heureuse faiblesse ,
Ce cœur, qui nie promet tant d estime en ce jour,
Me pourrait bien encor promettre un peu d'amour.
Contre tant de soupirs peut-il bien se défendre ?
Peut-il...
Allez , seigneur, marchez contre Alexandrp-
La victoire est à tous, si ce fameux vainqueur*
* La victoire est à vous . si ce fameux vainqueur Ne se défend pas mieux contre vous que mon coeur.
Apres cette belle scène que nous avons admirée , le sujet, la pièce et l'auteur retombent pour ne plus se relever. Porus , qui, an moment d'aller combattre Alexandre, y court moins pour enter le titre de captif que pour le mériter: qui veut qu'on soit e'mu de ses tristes soupirs , et que sa diiine princesse sente pour lui quelque heureuse faiblesse . tt qu'avec tant d'estime on lui pr. mette un peu d'amour; et cette Axiaae qui en dit cent fois plus qu'il n'en faut pour qu'on ne lui demande plus rien , tout - n'est qu'un dialogue comique entre des rois et des rein» s , f.iit pour a\ ilir a la fois , et le rang , et le carac 1ère des person-
.' la tragédie. PIun on v réfléchit, pinson la- • >it qu'il ne fallait rien moins que cet as i ndanl des opinions et des mœurs générales qu'on appelle la mode , p< ui
Ne se défend pas mieux contre vous que mon cœur.
qu'une nation éclairée ait pu si long-tems, je ne dis pas supporter , mais applaudir-ces petitesses et ces platitudes. Cette galanterie e'tant alors ce qu'on appelait dans la société le langage des honnêtes gens , on voulait l'entendre sur le théâtre , sans songer que le ton de la société française ne devait pas être celui des héros de l'antiquité, qui n'en avaient pas la moindre idée. Boileau est le seul (il faut le redire à sa gloire) , parmi tant de grands esprits, qui ait été frappé de cet absurde travestissement , et il en fit sentir le ridicule et l'indécence dans son Art Poétique et dans ses autres ouvrages. Mais de son tems il n'y eut guères que Racine qui profita de la leçon, et de nos jours il n'y eut d'abord que Voltaire. Non-seulement Thomas Corneille, qui avait quelque talent , fut toujours fidèle à la galanterie , mais Crébillon , qui avait du géni? , souilla de cette turpitude les sujets les plu tragiques. Ce n'est que depuis environ trente ans qu'un petit nombre de bonnes pièces, où l'on a su intéresser sans intrigue amoureuse , a décrédité enfin ce moyen banal , qui par lui-même est essentiellement de la comédie ; et il faut avouer que les tragédies qui n'ont pas d'autres ressorts, auraient mis notre théâtre fort au-dessous de celui de Shakespeare et de Caldéron, si les chefs- d'oeuvre de Racine et de Voltaire ne les eussent fait, avec le tems, disparaître de la scène française ; car l'insipidité et l'ennui , caractères dominans de Thomas Corneille, de Campistron, de Lagrange, etc. qui ont long-tems occupé la scène , sont pires q*«e les extravagances et les horreurs des théâtres de Londres et de Madrid,