‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 14 sur 185 · ACTE PREMIER. I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. I

Jor \STE.

Vous pourriez d'un tel sang , ô ciel ! souiller tos armes ? La couronne pour vous a-t-elle tant de charmes ? Si par un parricide il la fallait gagner , Ali ! mon fils, à ce prix voudriez-vous régner? M lis il ne tient qu à vous , si 1 honneur vous anime, De nous donner la paix sans le secours d un crime, Et, de votre courroux triomphant aujourdhui, Contenter ' votre frère , et régner avec lui.

ÉTÉOCI.E.

Appelez-vous régner partager ma couronne 2 ,

» Laissez-la son salut, et n'y songea jamais;

» La guerre vaut bien mieux que cette affreuse paix :

» Dure-t-clle à jamais cette cruelle guerre,

» DoDt le flambeau fatal désole cette terre!

Prolongez vos malheurs, augmentez-les toujours, » Plutôt qu'un si grand crime en arrête le cours ; » ^ ne d'un tel sang souillerez-N ous vos armes?

■ Ii couronne, etc. » — L. B.

1 ( 1/1/i/ifi r votre fr rr . rt régner avec lui. La < bnstruction de la phrase exigeait de contenter. Cette faute ne se trouvail point dans les premières éditions. On y lisait : v- - ivex vous montrer ge'ne'rcux tout-à-fait,

» Contenter votre frère, et re'gner en effet ». — L. B.

2 s4f>/>r/rz-i >>//<; régner partager ma couronne ,

Yt céder lâchement et qm mon droit me donne?

\ppel r lui a -1er DM couronne ,

Q I tnd le sang i t le (•* 'i£.lc a 1.» foU DU !-» donne « ? — L. B.

l38 LES FRÈRES ENNEMIS,

Et céder lâchement ce que mon droit me donne <

JOCASTE

Vous le savez , mon fils; la justice et le sang1 Lui donnent , comme à vous , sa part à ce liaut rang. OEdipe , en achevant sa triste destinée , Ordonna que chacun régnerait son année ; Et , n'ayant qu'un Etat à mettre sous vos lois 2 , Voulut que , tour à-tour , vous fussiez tous deux rois. À ces conditions vous daignâtes souscrire 3. Le sort vous appela le premier à l'empire ; Vous montâtes au trône , il n'en fut point jaloux;

1 fous le savez , monjils ; la justice et le sang. Racine fit d'abord dire à Jocaste :

« Vous savez, bien , mon nls , que le chois et le sang ». — L. B.

2 Et , n'ayant qu'un Etat a mettre sous vos lois ,

T vulut que , tour-à-tour , vous fussiez tous deux rois.

On lisait dans les premières éditions :

« Et , n'ayant qu'un Etat à mettre sous vos lois ,

»> 11 voulut que, tous deux, vous en fussiez les rois ». — L. B.

3 A ces conditions vous daignâtes souscrire.

Daignâtes n'est pas le mot propre : une mère ne dit point à son fils qu'il a daigné souscrire aux ordres de son père. Racine avait d'abord mis : n

« A ces conditions vous voulûtes souscrire ».

Mais il sacrifia le mot propre à la rencontre d'une consonnance désagréable. L. B.

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