ACTE PREMIER. l3g
Et vous ne roulez pas qu'il y monte après tous ' ?
ÉTÉOCLE
Non , Madame > à l'empire il ne doit plus prétendre : Thèbes à cet arrêt n'a point voulu se rendre ; Et lorsque sur le trùne il s'est voulu placer , C'est elle , et non pas moi , qui l'en a su chasser.
1 Et vous ne voulez pas qu'ii y monte aptes vous ? Eteocle reprenait ainsi dans les premières e'ditions :
« Il est vrai, je promis ce que voulut mon père : » Pour un trône est-il rien qu'on refuse de faire? » On promet tout, Madame, afin d'y parvenir; » Mais on ne songe après qu'à s'y bien maintenir. » J'étais alors sujet et dans l'obéissance , » Et je tiens aujourd'hui la suprême puissance- » Ce que je fis alors ne m'est plus une loi : » Le devoir d'un sujet n'est pas celui d'un roi. » D'abord que sur sa tète il reçoit la couronne, l n roi sort à l'instant de s* propre personne; » L'intérêt du public doit devenir le sien, » Il doit tout à l'Etat, et ne se doit plus rien.
» Au moins doit-il, mon fils, quelque chose à sa gloire, >» Dont le soin ne doit pas sortir de sa mc'moire; » Et quand ce nouveau rang Paffrancbirait des lois , » Au moins doit-il tenir sa parole à des rois.
ET ». Où LE.
n Poiynic à ce titre aurait tort de prétendre :
» Thèbes sous son poarotr n'a point voulu se rendre ;
» Et lorsque, etc. » — L. II.
l4o LES FRÈRES ENNEMIS,
Thèbes doit-elle moins redouter sa puissance,
Après avoir six mois senti sa violence ? ;
"Voudrait-elle obéir à ce prince inhumain
Qui vient d'armer contr'elle et le fer et la faim ?
Prendrait-elle pour roi l'esclave de Mycène ,
Qui pour tous les Thébains n'a plus que de la haine ;
Qui s'est au roi d'Argos indignement soumis ,
Et que l'hymen attache à nos fiers ennemis ?
Lorsque le roi d Argos l'a choisi pour son gendre ,
Il espérait par lui de voir Thèbes en cendre ■ .
L'amour eut peu de part à cet hymen honteux ,
Et la seule fureur eh alluma les feux.
Thèbes ma couronné pour éviter ses chaînes;
Elle s'attend par moi de voir finir ses peines :
1 11 espérait par lui de voir Thèbes en cendre.
De voir, le de est de trop ; de plus, ce vers est prosaïque et manque d'e'Iégance. L. B. *
* Sans doute, un vers prosaïque manque d'élégance. Ce qu'il fallait dire, c'est que voir Thèbes en cendres par lui est une, mauvaise phrase ; qu'/7 espérai^ par lui de voir est une inversion force'e ; mais il n'est pas vrai que le de soit de. i-op. L'usage a permis de le supprimer, mais il est re'gulier. Tous les écrivains du dernier siècle et des cinquante premières anne'es de celui-ci l'ont employé'. Le commentateur lui-même fut apparemment averti de son erreur ; car il n'a point repris dans Bérénice cette même construction :
J'espérais de verser mon sang après mes larmes.