CI.ÉOFILE
Cédez , mon frère, à ce bouillant transport : Alexandre et le tems vous rendront le plus fort ; Et cet âpre courroux , quoi quelle en puisse dire, Ne s obstinera point au refus d'un empire. Maître de ses destins, vous 1 êtes de son cœur. Biais, dites-moi, vos veux ont-ils vu le vainqueur? Quel traitement , mon frère , en devons-nous attendre* Qu'a-t-ildit?
TAXILE
Oui, ma sœur, j'ai vu votre Alexandre. ' D'abnrd , ce jeune éclat qu'on remarque en ses traits M'a semble* démentir le nombre de ses faits; *
1 Oui . mu setur . f ai vu votre Alexandre,
l'utre Alexandre est trop du style familier. L. 13. *
* Oui, parce qu'il est question <T Alexandre et d'un amant. N toroni lieu d'observer , nar la suite , que le critique ;i .
tort de croire que cette manière de parler appartient en propre M stjlc familier.
* '/ h semblé démentit l< nombre de ses faits.
Sis faits ne peut guère entrer dans I» poésie noMi , laas une
Mon cœur, plein de son nom, n'osait, je le confesse i
Accorder tant de gloire avec tant de jeunesse :
Mais de ce même front l'héroïque fierté,
Le feu de ses regards , sa haute majesté ,
Font connaître Alexandre ; ■ et certes son visage
Porte de sa grandeur l'infaillible présage , *
Et, sa présence auguste appuyant ses projets,
Ses yeux comme son bras font par-tout des sujets.
épithète qui le relève. Le jeune éclat est une de ces épithètes hardiment métonymiques, toujours si heureuses dans Racine et Despréaux , et dans les bons poètes. Il était digne de l'ignorance orgueilleuse de notre siècle , de prôner la fréquence et l*abus de cette figure comme une nouveauté , comme une découverte, comme le cachet du génie ; c'est le cachet de Ronsard, de Dubartas, de Br;'beuf , de St. -Amand, de Lemoine , de tous les rhéteurs ampoulés qui ont été mauvais poètes, et qui ont de nos jours tant de dignes successeurs. Racine et Boileau apprirent les premiers aux bons poètes à être sobres de ces figures hasardeuses , à en restreindre et en régler l'emploi, aussi difficile et aussi digne d'éloges, quand il est juste et modéré, que facile et digne de mépris quand il est prodigué au hasard,
1 Font connaître Alexandre . etc.
Dans quelques éditions on trouve :
« Le font bientôt connaître , etc. » L. B.
* Porte de sa grandeur V infaillible présage.
Présage est ici Un terme déplacé : il eût été juste, en parlant d'Alexandre , avant que ses actions eussent rempli ce que/>re«* s âge ait son visage.