‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 154 sur 185 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Sans doute à nos malheurs ton cœur n'a pu survivre : En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre, On te découvrirait au bruit de tes efforts; Et s'il te faut chercher , ce n'est qu'entre les morts. Hélas ! en me quittant, ton ardeur redoublée SemLlait prévoir les maux dont je suis accablée, Lorsque tes yeux , aux miens découvrant ta langueur , Me demandaient quel rang tu tenais dans mon cœur; Que, sans t'inquiéter du succès de tes armes, Le soin de ton amour te causait tant d'alarmes. Et pourquoi te cachais-j-e , avec tant de détours , Un secret si fatal au repos de tes jours? * Combien de fois, tes yeux forçant ma résistance, Mon cœur s'est-il vu près de rompre le silence ! Combien de fois, sensible à tes ardens désirs, M'estril en ta présence échappé des soupirs! Mais je voulais encor douter de ta victoire ; J'expliquais mes soupirs en faveur de la gloire ; Je croyais n:aimer qu'elle. Ah ! pardonne , grand roi; Je sens bien aujourd'hui que je n'aimais que t. i. J'aroùraî que la gloire eut sur moi quelque empire ;

* /'; utoh i le cachais— je , avec tant de détours , f h secret si fatal au repos de fis jours.

I cachais- je t%\ (l'une dureté remarquable »1 iiu un rjin .\ . t l'on ille ti leusible Un secret si fatal t\\ un contre*- L'auteur reul el Joli dire , un secret dont dépendait le rc- !-• te* jours. Il dit .1 peu prèi le coatrai

Je te l'ai dit cent fois : mais je devais te dire

Que toi seul , en effet , m'engageas sous ses lois.

J'appris à la connaître en voyant tes exploits;

Et , de quelque beau feu qu'elle m'eût enflammée ,

En un autre que toi je l'aurais moins aimée.

Mais que sert de pousser des soupirs superflus

Qui se perdent en l'air et que tu n'entends plus?

il est tcms que mon ame , au tombeau descendue , *

Te jure une amitié si long-tems attendue ;

Il est tems que mon cœur , pour gage de sa foi ,

Montre qu'il n'a pu vivre un moment après toi.

Aussi-bien, penses-tu que je voulusse vivre

Sous les lois d'un vainqueur à qui ta mort nous livre?

Je sais qu'il se dispose à me venir parler ,

Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler.

Il croit peut-être , il croit que ma naine étouffée

A sa fausse douceur servira de trophée ! **

* II est tems que mon ame , au tombeau descendue.

ïri la figure , qui permet de prendre la partie pour le tout , est employée abusivement, parce que le tombeau qui convient au corps ne peut convenir à Y ame , et cette reunion de deux mots et de deux idées qui s'excluent nécessairement , est choquante. C'est ce que n'a pas senti Louis Racine , qui trouve cette image poétique et belle. Quand elle serait juste, je ne vois pas ce qu'elle aurait de beau; car ici tout est fort commun.

** • 77 croit que ma haine étouffée

A sa fausse douceur se/vira de trophée. Amas d'expressions et d'idées incohérentes, d'où resuite ce

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