ACTE IV, SCENE III
Je l'aimai ; je l'adore : et puisqu'un sort jaloux. Lui défend de jouir d'un spectacle si doux, C'est toi que je choisis pour témoin de sa gloire , Mes pleurs feront toujours revivre sa mémoire; Toujours tu me verras , au fort de mon ennui , * Mettre tout mon plaisir à te parler de lui.
TAXI LE
Ainsi je brûle en vain pour une ame glacée ! **
D'un esclave et dun roi faisait la différence.
Douteux signifie ce dont on doute, et non pas celui qui doute. On e>t incertain d'une chose , et une chose est douteuse. Faire la différence n'est pas de la poésie noble. Voltaire s'en est servi dans Jlahomet : mais il a relevé le familier de la phrase faite, en la particularisant.
Les mortels sont egauT : ce n'est point la naissance , C'est la seule vertu qui fait leur différence.
Leur au lieu de la n'e^t rien moins qu'indiffèrent: les connaisseurs en style ne s'y tromperont
* Au fort de mon ennui
M iuvaise expression. Au fort . en style noh!e, ne peut guère s'appliquer qu'aux choses phvsiques : au fort de la tempclc, au fort de la inclcc , etc.
** Ainsi je brûle en vain pour une ame glacée.
Il t%\ pi. lis uit (il faut l'avouer) d'appeler glacer une ame qui
vient d'exprimer l'amour asset vivement ; et ce qu'il y .1 de pis,
A que Taxile ne lail fM mieUI < • qn'il veut dire que < c qu'il
dit; car Axiane n'est point glace . même pour lui: elle le luit
L'image de Porus n'en peut être effacée. Quand j'irais , pour vous plaire, affronter le trépas. Je me perdrais , madame , et ne vous plairais pas. Je ne puis donc...
AXIALE
Tu peux recouvrer mon estime ; Dans le sang ennemi tu peux laver ton crime. L'occasion te rit : Porus , dans le tombeau , Rassemble ses soldats autour de son drapeau ; Son ombre seule encor semble arrêter leur fuite. Les tiens mêmr , les tiens , honteux de ta conduite , Font lij*e sur leurs fronts , justement courroucés , Le repentir du crime où tu les a forcés. Va seconder l'ai'deur du feu qui les dévore ; Venge nos libertés qui respirent encore ; De mou trône et du tien deviens le défenseur ; Cours, et donne à Porus un digue successeur... Tu ne me réponds rien? Je vois, sur ton visage, Qu'un si noble dessein étonne ton courage. Je te propose en vain l'exemple d'un héros ; Tu veux servir. Va , sers ; et me laisse en repos.
Madame, c'en est trop. Vous oubliez peut être ■
et le méprise autant qu'elle aime et qu'elle estime son rival. Combien il est rare (quoiqu'on en dise) que ce qui est mal conçu ne soit pas mal écrit!
1 Madame , c'en est trop. Tous oubliez peut-être
ACTL I\ , SCÈNE lit.
Que , si vous m'y forcez , je puis parler en maître;
Que je puis me lasser de souffrir vos dédain^ ;
Que vous et vos états , tout est entre mes mains ;
Qu après tant de respects, qui vous rendent plus fière,
Je pourrai..
AXI ANE.
Je t'entends. Je suis ta prisonnière ;
Tu veux peut-être encor captiver mes désirs;
Que mon cœur , en tremblant , réponde à tes soupirs.
Hé bien ! dépouille enfui cette douceur contrainte ;
Appelle à ton secours la terreur et la crainte ; *
Parle en tyran tout prêta mo persécuter;
Ma baine ne peut croître , et tu peux tout tenter.
Sur-tout, ne me fais point d inutiles menaces.
Ta sœur vient t inspirer ce qu'il faut que tu fasses :
Ouc si vous m'y forcez . etc. ]
Racine a supprime ici les vers suivans. Taxile repren-'t a^nsi dans la première édition :
Il :u B n't ii parlons plus. Les soupirs et tel larmt s , » Contre tant de av pris , sont d'impure, utes armes. / Mi t' ' U5C1 , Madame , avec trop Je rigueur , ■> Du pouvoir .pic vos \cu\ vous d< nrunt mit mon cœut
1 .'ji amant qnc je raû , roua onbliea peut Qni i < oui m'y força . < •< . ' '"■ B
* appelle o ton secours lu terré tir 1 1 ht munie. La crainte après la erreur est un pléonasme doutant plus vicieux, <jur le second est moins fort que le premi
lianne I I "
Adieu. Si ses conseils et mes vœux en sont crus , Tu m'aideras bientôt à rejoindre Porus.
TAXILE
Ali! plutôt...