‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 164 sur 185 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Je l'aimai ; je l'adore : et puisqu'un sort jaloux. Lui défend de jouir d'un spectacle si doux, C'est toi que je choisis pour témoin de sa gloire , Mes pleurs feront toujours revivre sa mémoire; Toujours tu me verras , au fort de mon ennui , * Mettre tout mon plaisir à te parler de lui.

TAXI LE

Ainsi je brûle en vain pour une ame glacée ! **

D'un esclave et dun roi faisait la différence.

Douteux signifie ce dont on doute, et non pas celui qui doute. On e>t incertain d'une chose , et une chose est douteuse. Faire la différence n'est pas de la poésie noble. Voltaire s'en est servi dans Jlahomet : mais il a relevé le familier de la phrase faite, en la particularisant.

Les mortels sont egauT : ce n'est point la naissance , C'est la seule vertu qui fait leur différence.

Leur au lieu de la n'e^t rien moins qu'indiffèrent: les connaisseurs en style ne s'y tromperont

* Au fort de mon ennui

M iuvaise expression. Au fort . en style noh!e, ne peut guère s'appliquer qu'aux choses phvsiques : au fort de la tempclc, au fort de la inclcc , etc.

** Ainsi je brûle en vain pour une ame glacée.

Il t%\ pi. lis uit (il faut l'avouer) d'appeler glacer une ame qui

vient d'exprimer l'amour asset vivement ; et ce qu'il y .1 de pis,

A que Taxile ne lail fM mieUI < • qn'il veut dire que < c qu'il

dit; car Axiane n'est point glace . même pour lui: elle le luit

L'image de Porus n'en peut être effacée. Quand j'irais , pour vous plaire, affronter le trépas. Je me perdrais , madame , et ne vous plairais pas. Je ne puis donc...

AXIALE

Tu peux recouvrer mon estime ; Dans le sang ennemi tu peux laver ton crime. L'occasion te rit : Porus , dans le tombeau , Rassemble ses soldats autour de son drapeau ; Son ombre seule encor semble arrêter leur fuite. Les tiens mêmr , les tiens , honteux de ta conduite , Font lij*e sur leurs fronts , justement courroucés , Le repentir du crime où tu les a forcés. Va seconder l'ai'deur du feu qui les dévore ; Venge nos libertés qui respirent encore ; De mou trône et du tien deviens le défenseur ; Cours, et donne à Porus un digue successeur... Tu ne me réponds rien? Je vois, sur ton visage, Qu'un si noble dessein étonne ton courage. Je te propose en vain l'exemple d'un héros ; Tu veux servir. Va , sers ; et me laisse en repos.

Madame, c'en est trop. Vous oubliez peut être ■

et le méprise autant qu'elle aime et qu'elle estime son rival. Combien il est rare (quoiqu'on en dise) que ce qui est mal conçu ne soit pas mal écrit!

1 Madame , c'en est trop. Tous oubliez peut-être

ACTL I\ , SCÈNE lit.

Que , si vous m'y forcez , je puis parler en maître;

Que je puis me lasser de souffrir vos dédain^ ;

Que vous et vos états , tout est entre mes mains ;

Qu après tant de respects, qui vous rendent plus fière,

Je pourrai..

AXI ANE.

Je t'entends. Je suis ta prisonnière ;

Tu veux peut-être encor captiver mes désirs;

Que mon cœur , en tremblant , réponde à tes soupirs.

Hé bien ! dépouille enfui cette douceur contrainte ;

Appelle à ton secours la terreur et la crainte ; *

Parle en tyran tout prêta mo persécuter;

Ma baine ne peut croître , et tu peux tout tenter.

Sur-tout, ne me fais point d inutiles menaces.

Ta sœur vient t inspirer ce qu'il faut que tu fasses :

Ouc si vous m'y forcez . etc. ]

Racine a supprime ici les vers suivans. Taxile repren-'t a^nsi dans la première édition :

Il :u B n't ii parlons plus. Les soupirs et tel larmt s , » Contre tant de av pris , sont d'impure, utes armes. / Mi t' ' U5C1 , Madame , avec trop Je rigueur , ■> Du pouvoir .pic vos \cu\ vous d< nrunt mit mon cœut

1 .'ji amant qnc je raû , roua onbliea peut Qni i < oui m'y força . < •< . ' '"■ B

* appelle o ton secours lu terré tir 1 1 ht munie. La crainte après la erreur est un pléonasme doutant plus vicieux, <jur le second est moins fort que le premi

lianne I I "

Adieu. Si ses conseils et mes vœux en sont crus , Tu m'aideras bientôt à rejoindre Porus.

TAXILE

Ali! plutôt...

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