‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 180 sur 185 · ACTE V, SCÈNE ITI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE ITI

Que lui sert au tombeau l'amitié d'Alexandre ?

» r entretien d'un amoureux , agréable aux personnes indifféren- » tes qui T écoutent : il s'en fut passé assurément, à moins que » de voir la bataille de Pîiarsale pleinement gagnée , Pompée » mort, et le reste de ses partisans en fuite. Comme César se » croyait alors maitre de tout , on a pu lui faire offrir une gloire » acquise et une puissance apparemment assurée. »

Il n'y a pas là un mot qui ait le sens commun , et tout cela est aussi mal écrit que mal pensé. L'auteur pousse l'inconséquence si loin , que ce qu'il allègue comme l'excuse d'une faute , est encore une faute de plus ; et pourtant, quand celle-ci même n'aurait pas lieu, l'autre n'en serait pas moins choquante. Ainsi donc, suivant Saint - Evremond , qui trouve mauvais que Porus soit animé à la défense de l'Inde , par les beaux yeux d'Axianc , et qu'Alexandre ne vienne conquérir l'Inde que pour les beaux jeux de Cléqfile ; suivant ce même Saint - Evremond, qui 9 pleinement raison contre Racine, Comciïïe fait parler ses !eros avec bienséance , et César et Cléopàtre n'ont chez lu- qn'z//7 entretien d'amoureux , agréable même aux personnes indifférentes, lorsque le vainqueur de Pompée dit à la rein- d'Egypte , que c'est pour elle qu il a combattu à Pharsalc. quoique tout le monde sache qu'avant de venir en Egypte •» la poursuite de Pompée , il n'avait jamais songé s'il y arail au Monde une Cléopàtre. Et pourquoi César n'est -■' p^'s ridicule connue Alexandre et PoTUJ ? C'est qu'// ne c oit pas aeoir les affaires qu 'il a dans Alexandrie , et (\uilvoi> la bataille de P/iarsale pleinement gagnée , etc. O li pour la bataille de Pharsalc pleinement gagnée en Thessalie , il est sûr que César n'en devait pas douter dans Alexandrie un mois aprè* ; mail il poitrail pens, i aussi que, pendant qu'i. s . . . up.n de ses entretiens agréables

*vee C.'éopàirc , \< bol - < f Ph< in, miiaraient une bonne nr-

Tlucine. i i S

4lO ALEXANDRE,

Sans le venger , seigneur , l'y verrez-vous descendre

inée aux portes de la ville, se préparaient à le traiter comme Pompe'e : et s'il a cru être maître de tout avec deux mille soldats qu'il avait près de lui , c'était une haute imprudence, et je ne vois pas comment une faute de conduite * dans un ge'ne'ral peut rendre la fadeur bienséante dans un héros, et dans un héros romain. Voilà bien la plus singulière apologie dont on se soit jamais avisé.

Mais ce n'est pas tout. Quand même il n'aurait eu aucune affaire dans Alexandrie , y aurait-il tant de bienséance à lui faire dire ?

Oui , reine , si quelqu'un dans ce vaste univers Pouvait porter plus haut la gloire de vos fers ; S'il était quelque trône où vous puissiez paraître Plus hautement assise en captivant son maître , J'irais , j'irais à lui , moins pour le lui ravir , Que pour lui disputer le droit de vous servir , Et je n'aspirerais au bonheur de vous plaire , Qu'après avoir mis bas un si digne adversaire. C'étaV pour acquérir un droit si précieux , Que combattait pour vous mon bras ambitieux j Et dans PWrsale même il a tiré l'épe'e , Plus pour le conserver , que pour vaincre Pompée.

* N. B. C'est la seule de cette espèce qu'ait commise cet homme extraordinaire , àqui d'ailleurs l'amour du plaisir, quoiqu'extrème en lui , ne fit jamais rien perdre de son activité. Il perdit cette fois un tems précieux , non pas tout à-fait en entretiens agréables , mais en festins et en débauches dans le palais de Cléopâtre , où il s'était renfermé. Il y fut attaqué à l'improviste , et courut le plus grand danger pendant un siège qu'il soutint plusieurs jours contre *jngt mille hommes. Son incroyable bravoure et les ressources Je son génie le sauvèrent.

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