‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 26 sur 185 · ACTE PREMIER. i · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. i

ANTIGONE

Vos intérêts ici sont conformes aux nôtres , Les ennemis du roi ne sont pas tous les vôtres ; Créon , vous êtes père , et , dans ces ennemis , Peut-être songez-vous que vous avez un fils. On sait de quelle ardeur Hénion sert Polynice.

CRÉO>\

Oui , je le sais , madame , et je lui fais justice ; Je le dois , en effet , distinguer du commun , Mais c est pour le haïr encor plus que pas un ; Et je souhaiterais , dans ma juste colère ' , Que chacun le hait comme le hait son père 2.

1 Et je souhaiterais , d/ms ma juste colère.

Si le projet de Créon est d'armer les deux frères l'un contre l'autre pour se placer sur le trône, rattachement qu'He'mon témoigne peur Polynice ne doit point porter Créon à haïr son fils , puisque cet attachement est favorable à ses vues. Mais nous croyons que ce n'est qu'un prétexte : la véritable cause de sa haiae esl l'inclination secrète, qu'il soupçonne entre Antigone et Hémon . dont il est le rival. Le spectateur, qui n'est point i n > t x i j i t de toutes ces intrigues, n'entend rien à celte dissimulation. La Thclmïdc est un tissu de contradictions, dont les plus frappantes sont dans la conduite et dans le caractère de ( !.. B.

2 Que chacun le hait comme le hait son firrc

i il* dii us rien du verbiage qui se trouve dmsces vers; nous ferons seulement remarquer que liait, qui est de deux syl-

Iû6 LES FRÈRES ENNEMIS,

A H TIGONE.

Après tout ce qu'a fait la valeur de son bras , Tout le monde , en ce point,, ne vous ressemble pas.

Je le vois bien , madame , et c'est ce qui m'afflige : Mais je sais bien à quoi sa révolte m'oblige ; Et tous ces beaux exploits qui le font admirer , C'est ce qui me le fait justement abborrer '. La boute suit toujours le parti des rebelles : Leurs grandes actions sont les plus criminelles ; Ils signalent leur crime en signalant leur bras, Et la gloire n'est point où les rois ne sont pas.

ANTIGON'E,

Ecoutez un peu mieux la voix de la nature.

Plus l'offenseur m'est cher, plus je ressens l'injure.

labes , et qui n'est pas français , et hait , qui n'est que d'une sv!labe ? se trouvent dans le même vers. L. B. *

* Je souhaiterais que chacun le hait est une pbrase parfaitement française , comme le serait celle-ci : Je souhaiterais que chacun V aimât. Aimât et hait sont tous deux à l'imparfait conditionnel , et sont tous deux tvès-français.

1 Tous ces beaux exploits C'est ce gui me le fait..... n'est

pas français; c'est un sole'cisme , et le commentateur aurait du remarquer au moins ces sortes de fautes en faveur des eiranj;ers , que le nom de Racine pouzrait induire en erreur, même dans un coup d'essai aussi défectueux que celui-ci. C'était le seul travail utile , qu'il y eût à faire sur cette pièce.

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