ACTE SECOND. i
Et que , lassé de voir répandre tant de sang ' , Il rendrait à chacun son légitime rang ; Mais puisqu'ouvertement il tient pour l'injustice , Et que des criminels il se rend le complice , Dois-je encore espérer qu'un peuple révolté, Quand le ciel est injuste , écoute l'équité? Dois-je prendre pour juge une troupe insolente , D'un fier usurpateur ministre violente2 , Qui sert mon ennemi par un lâche intérêt ,
1 Et que , lassé de voir répandre tant de sang.
VARIANTE
■ Et que , lassé de voir tant répandre de sang. » L. B.
2 D ''un fier usurpateur ministre violente.
Ministre est toujours du masculin , comme poète, auteur, peintre. L. B. *
* C'est l'usage général , il est vrai. Cependant je serais de l'avis I uis Racine , qui croit que ministre , en poésie , peut avoir un féminin , comme en latin , ministra. Enfant est aussi par lui-même du masculin pour les deux sexes , et cependant on dit une faute enfant, une belle enfant, une aimable enfant. Je ne me ferais aucun scrupule d'écrire de même , en parlant d'une femme , cette aimable auteur. On dit populairement peintresse , qui ne vaut pas mieux tyxautrice. Ces mots répugnent au féminin , et alors il vaut mieux les reporter sur le pronom ; car la désignation du genre est nécessaire, et puisqu'on dit bien une femme auteur , pourquoi le pronom féminin n'irait-il pas aussi bien que le mot même de femme ? Il faut venir, autant qu'on le peut, avec l'aide de l'analogie, au secours de l'usage quand il est insultant.
r 74 LES FRÈRES ENNEMIS,
Et qu'il anime encor, tout éloigné qu'il est?
La raison n'agit point sur une populace.
De ce peuple déjà j'ai ressenti l'audace ;
Et loin de nie reprendre après m'avoir chassé ,
]1 croit voir un tyran dans un prince offensé.
Comme sur lui l'honneur n'eut jamais de puissance ,
Il croit que tout le monde aspire à la vengeance :
De ses inimitiés rien n'arrête le cours ;
Quand il hait une fois , il veut haïr toujours.
JOCASTE
Mais s'il est vrai, mon fds, que ce peuple vous craigne , Et que tous les Thebains redoutent votre règne, Pourquoi par tant de sang cherchez-vous à régner Sur ce peuple endurci que rien ne peut gagner?
POLYHIftE.
Est-ce au peuple , madame, à se choisir un maître V Sitôt qu'il hait un roi , doit-on cesser de l'être ? Sa haine ou son amour, sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône ou descendre les rois ? Que le peuple à son gré nous craigne ou nous chérisse , Le sang nous met au trône , et non pas son caprice ; Ce que le sang lui donne , il le doit accepter; Et s'il n'aime son prince , il le doit respecter.
Vous serez un tyran haï de vos provinces.
POLYMCE.
Ce nom ne convient pas aux légitimes [princes :