‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 50 sur 185 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

A>TIGO>E.

Un autre sang , madame , Rend la paix à l'état et le calme à votre ame ; Un sang digne des rois dont il est découlé , L 11 héros pour l'état s'est lui-même immolé. ■ Je courais pour fléchir Hémon et Polynice ; Ils étaient déjà loin avant que je sortisse :

1 Un sang digne des rois dont il est découle , Un héros pour Tétat s'est lui-même immole.

Racine avait d'abord mis :

« Un sang digne des rois dont il est découlé ,

« Pour l'état et poux nous s'est lui-même immolé. »

C'est peut-être la première fois que découler est mis pour les personnes : il ne faut jamais l'employer que pour les choses , soit au propre , soit au figuré. L. B. *

w Cette remarque n'est pas fondée. Le vers critiqué est très-vi-

( irai ; mais la critique porte à faux. Il ne s'agit point ici de l'appli-

ration du mut découler aux choses ou aux personnes , et il est

ridicule de dire que les personnes ne découlent point. Racine n'a

point commis cette faute , trop grossière même pour avoir jamais

Minmise. Il a conserve le rapport exact de la figure dans les

• termes correspondans , sang et découler. Mais ces mots , est

. U ■', sont un >olécisme , parce que le verbe découler n'a point

de participe On dit , soit au propre , soit au figuré , qu'une chose

est écoulée ; Veau est écoulée , Y heure est écoulée ; mais on ne peut

dire est découlée , puisque le participe découlé, découlee , a' existe

Si .' li ri (usé au verbe découler, on en trouvera la

«lins la logique des langues , qu'il serait trop long de r i. 1 ; il suffit que l'usage ait fait loi.

Ils ne m'entendaient plus ; et mes cris douloureux Vainement par leur nom les rappelaient tous deux. Ils ont tous deux volé vers le champ de bataille ; Et moi je suis montée au haut de la muraille , D'où le peuple étonné regardait , comme moi, L'approche d'un combat qui le glaçait d'effroi. A cet instant fatal , le dernier de nos princes , L'honneur de notre sang , l'espoir de nos provinces , Ménr'cée , en un mot , digne frère d'Hémon , Et trop indigne aussi d'être fils de Créon , ■ De l'amour du pays montrant son ame atteinte , Au milieu des deux camps s'est avancé sans crainte ; Et se faisant ouïr des Grecs et des Thébains :

1 Et trop indigne aussi d'être fils de Créon.

Indigne est pris ici en bonne part , mais il ne peut être employé qu'en mauvaise part. L. B. *

* Quindigne ne soit employé ordinairement qu'en mauvaise part , rien n'est plus vrai ; mais qu'il ne puisse pas être employé autrement , j'oserais en douter , et je n'en vois pas la raison. Etre digne et mériter , qui sont la même chose , se prennent également en bonne et mauvaise part. Etre digne de louange, digne de blâme, mériter la mort, mériter le prix, la gloire ou la honte, etc. Pourquoi donc indigne n'aurait-il pas le même privilège ? Le vers de Racine est parfaitement clair, parce que l'on connaît assez Créon et son fils pour ne pas se méprendre au sens du mot indigne , et c'est la seule condition que je croirais nécessaire pour employer ce mot en mauvaise part. Nous le trouverons encore dans Racine avec la même acception.

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