‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 51 sur 185 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

« Arrêtez , a-t-il dit , arrêtez , inhumains ! » Ces mots impérieux n'ont point trouvé d'obstacle : Les soldats , étonnés de ce nouveau spectacle , De leur noire fureur ont suspendu le cours ; Et ce prince aussitôt poursuivant son discours : ■ Apprenez , a-t-il dit , l'arrêt des destinées , Par qui vous allez voir vos misères bornées. Je suis le dernier sang de vos rois descendu , Qui, par l'ordre des dieux, doit être répandu. Recevez donc ce sang que ma main va répandre , Et recevez la paix où vous n'osiez prétendre. » Il se tait, et se frappe eu achevant ces mots ; Et les Thébains , vovant expirer ce héros , Comme si leur salut devenait leur supplice , Regardent en tremblant ce noble sacritice. J'ai vu le triste Hémon abandonner son rang Pour venir embrasser ce frère tout en sang. Créon , à son exemple , a jeté bas les armes , El vers ce fils mourant est venu tout en larmes; Et Fan et l'autre camps les voyant retires, Ont quitté le combat, et se sont séparés. El moi 1 cœur tremblant et l'ame toute émue , I) un si funeste objet j'ai détourné la vue, De ce prince admirant L'héroïque fureur.

une vous je 1 admire , el j'en frémis d'horreur. il possible . ô dieux ! qu'après ce grand miracle ■ DOS des Thébains trouve eneor quelque ob

Cet illustre trépas ne peut-il vous calmer. Puisque même mes fils s'en laissent désarmer ? La refuserez-vous cette noble victime ?

Si la vertu vous touche autant que fait le crime Si vous donnez les prix comme vous punissez , Quels crimes par ce sang ne seront effacés ?

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Oui , oui , cette vertu sera récompensée ; Les dieux sont trop payés du sang de Ménécée ,

I Les dieux sont trop payés du sang de Jlénécée.

II n'est pas inutile d'avertir ici pourquoi cette phiase , les dieux sont trop payés du sang , etc. est vicieuse, et ne rend nullement la pense'e de l'auteur. Elle signifie en bon français : les dieux ont reçu le prix du sang de Ménécée et au-delà : et l'auteur veut dire : « ce que nous devions aux dieux a été trop payé par » le sang de Ménécée. » Ce qui l'a induit en erreur , c'est qu'en effet le verbe payer, quand il s'agit des choses, peut être suivi de la préposition de , dans les deux sens , soit pour exprimer la chose que l'on paie , soit pour exprimer la chose avec laquelle on paie. Je t ai payé de ses bienfaits , pour dire , je lui ai paye la valeur de ses bienfaits. Il m'a payé d'ingratitude , pour dire , il ma payé avec V ingratitude. Il a été payé de ses services , pour dire , il a reçu le prix de ses services. Il a été payé de mon argent, pour dire , /'/ a été payé avec mon argent. Mais quand ce verbe est suivi de la particule du, alors il signifie toujours recevoir la valeur de , etc. Etre payé du tems qu'on a employé : être payé du zèle qu'on a montré. II n'y a d'exception que pour les mots qui expriment les valeurs en numéraire ou en nature , et alors du e>t le synonyme de sur , comme dans ces phrases '.j^ai été payé

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