ACTE TROISIEME
Surtout depuis deux ans , ce noble soin m'inspire ; Je ne fais point de pas qui ne tende à l'empire : Des princes mes neveux j'entretiens la fureur , Et mon ambition autorise la leur.
D'Ltéocle d'abord j'appuyai l'injustice; Je lui fis refuser le trône à Polynice. ■ Tu sais que je pensais dès-lors à m'y placer ; Et je l'y mis, Attale, afin de l'en cbasser. a
ATTALE
Mais, seigneur, si la guerre eut pour vous tantdecbarmes, D'où vient que de leurs mains vous arrachez les armes ? Et puisque leur discorde est l'objet de vos vœux , 3
VARIANTE
«< Tout mou sang me conduit au rang de mes aïeux , » Et je l'envisageai dès que j'ouvris les yeux ». L. B.
1 Je lui fis refuser le tronc à Polynice. 1 ie avait dit d'abord :
< Je lui fis refuser l'empire à Polynice ».
1 ht j, l y mis . Attale , afin de Ven chasser. On lisait dans l&s premières éditions :
' Et je le mis au trône , afin de l'en chasser. » L. B.
- ht puisque leur discorde est tobjet de vos vttux ,
Pourquoi . par vos conseils . vont-ils se voir tous deux ?
On trouve dans quelques éditions :
« Et puisque leur d I l'objet de vos vœux ,
» Pouiquui , par vos conseiE s'cmbrasscnt-ils tous deux ' » L. B.
Pourquoi , par vos conseils , vont-ils se voir tous deux?
CRÉON
Plus qu'à mes ennemis la guerre m'est mortelle ,
Et le courroux du ciel me la rend trop cruelle :
Il s'arnie contre moi de mon propre dessein ;
Il se sert de mon bras pour me percer le sein.
La guerre s'allumait , lorsque , pour mon supplice ,
Hémon m'abandonna pour servir Polynice ;
Les deux frères par moi de^s inrent ennemis ,
Et je devins , Âttale , ennemi de mon fils.
Enfin, ce même jour , je fais rompre la trêve ,
J'excite le soldat , tout le camp se soulève ,
On se bat ; et voilà qu'un fils désespéré
Meurt, et rompt un combat que j'ai tant préparé.
Mais il me reste un fils ; et je sens que je l'aime ,
Tout rebelle qu'il est , et tout mon rival même.
Sans le perdre , je veux perdre mes ennemis.
Il m'en coûterait trop , s'il m'en coûtait deux fils.
Des deux princes, d'ailleurs, la haine est trop puissante ;
îNe crois pas qu'à la paix jamais elle consente.
Moi-même je saurai si bien l'envenimer ,
Qu'ils périront tous deux plutôt que de s'aimer.
Les autres ennemis n'ont que de courtes haines ;
Mais quaud de la nature on a brisé les chaînes ,
Cher Attale , il n'est rien qui puisse réunir
Ceux que des nœuds si forts n'ont pas su retenir :
L'on hait avec excès lorsque Ton hait un frère.
Mais leur éloignement rallentit leur colère :