‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 62 sur 185 · ÉTÉOCLE, CRÉON · texte numérisé non relu

ÉTÉOCLE, CRÉON

ÉTÉOCLE

vJ l i . Créon , c'est ici qu'il doit bientôt se rendre ; Et tons deux en ce lieu nous le pouvons attendre. Nous verrons ce qu'il veut ; mais je répondrais bien Que par cette entrevue on n'avancera rien. Je connais Polynice et son humeur altière ; ' Je sais bien que sa haine est encor toute entière ; Je ne crois pas qu'on puisse en arrêter le cours ; Et pour moi je sens bien que je le hais toujours.

CRÉO >\

Mais s'il vous cède enfin la grandeur souveraine , V< ai ^ derez . ce me semble , apaiser votre haine.

ÉTÉOCLE

Je ne sais si mon cœur s'apaisera jamais :

< '.<■ ii est pas son orgueil , c'est lui seul seul que je hais. *

1 Je Connais Polynice , et sort humeur allure.

\ kSIAHTE. « Jr laii qui Polyaice e>t <lune humeur altit-rc ». L. B.

' n'est fis son orgueil , c'est lui seul nue je hais.

ode peinl ii i à grands traits la haine qu'il ressent pour

Nous ayons l'un et l'autre une haine obstinée ; Elle nest pas , Créon , l'ouvrage d'une année ; Elle est née avec nous ; et sa noire fureur , Aussitôt que la vie , entra dans notre cœur. iNous étions ennemis dès la plus tendre enfance ; Quedis-je? Nous l'étions avant notre naissance. Triste et fatal effet d'un sang incestueux ! ■ Pendant qu'un même sein nous renfermait tous deux , Dans les flancs de ma mère une guerre intestine De nos divisions lui marqua l'origine. ' Elles ont, tu le sais, paru dans le berceau, = Et nous suivront peut-être encor dans le tombeau* On dirait que le ciel, par un arrêt funeste, "Voulut de nos pareils punir ainsi l'inceste ; Et que dans notre sang il voulut mettre au jour

son frère. Ce développement de caractère est très - heureux. Louis Racine a raison de dire : Une pièce ou la haine est représentée avec des couleurs si fortes et si vraies , annonçait un peintre des passions. L. B.

1 Triste et fatal effet d'un sang incestueux !

Ce vers et les trois suivans ne sg trouve:- pas dan;> les premières éditions. L. B.

2 Elles ont , tu le sais , paru dans le berceau ,

Et nous suivront peut-être encor dans le tombeau

VARIANTE

« Nous le sommes au trône aussi-bien qu'au berceau , s Et le serons peut-être encor dans le tombeau ». L. B.

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