‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 68 sur 185 · ACTE QUATRIÈME. 21 D · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. 21 D

Puisque déjà le ciel vous rassemble tous deux.

suis fort loin de penser avec le commentateur , ni avec Louis Racine qu'il copie le plus souvent , qu'elle soit bien supérieure à celU d'Euripide : celle— ci me parait au contraire Lien mieux traitée. Y quelques vers près où l'on retrouve le ton sentencieux trop fréquent dans le poète grec , le dialogue en est d'une vivacité et d'une énergie également admirables. Elle se termine d'une manière trèspathétique , et les adieux de Polynice , qu'il plaît au commentateur de regarder comme étrangers au ton du théâtre français , y feraient un aussi bel effet que sur celui d'Athènes. 11 s'en faut de beaucoup, que l'auteur des Frères ennemis ait conçu cette scène aussi heureusement. Le commentateur, lui-même avoue, et toujours d'après Louis Racine , qui pour cette fob a raison , que la fin est languissante ; mais il ne dit pas à quoi tient surtout ce défaut , qui est assez grave ; c'est que Jocaste , le plus intéressant des personnages dans cette scène , commence par le pathétique et finit pai le raisonnement , au lieu que , dans l'ordre naturel , ses efforts auraient du augmenter en proportion de la résistance qu'on lui oppose , et amener à la fin les plus grands traits de sentiment. Lu ai.t: ci>- la scène , qui est aiusi celui de toute la pièce

rok in.'uqu» aucune nuance qui distinguât le carai ' de chacun des deux frères. Racine , qui depuis a si bi

les et qui le> a tant surpassés , aurait dû apprendre

différencier les deux personnages en concurrence».

-t un df • grec le plu, remarquable dans le

• de Polvnice , qui est plein de irait» de sensibilité les plus heu-

\ et les mieux plare\. Ouel moment , entre autros , que < ehli

il demande !.i permission d\ mV.^scr son frère , ses sœurs , avant

M retirer ! El combien la dureté îles refus <1 I justifie ,

autant qu'il est possible , l'indignation de Polynice , qui ne pro-

combat sinçulia que dans ce moment ou il est !- |.|»1;

2l6 LES FRÈRES ENNEMIS,

Tous revoyez un frère , après deux ans cl abser.-ce ,

excusable , parce qu'il est pousse' à bout et hors de lui-même ! Cest-là vraiment de l'art dramatique , et Racine alors ne parait avoir connu ni cet art ni ses modèles.

Enfin , cette scène est défigurée par un grand nombre de fautes de diction inexcusables , et qui vont jusqu'au ridicule. Puisque le commentateur a cru devoir en remarquer de beaucoup moins choquantes, comment n'a-t-ilrien dit de % ers tels que ceux que je vais citer , particulièrement pour faire voir qu'un commentaire complet sur le stvle d'une pièce si mal e'erite eut été

déplace'.

Commercez JPolvnice , embrassez votre frère ,

Et montrez

ÉTÉ 0 C LE

Hé ! madame , à quoi bon ce mystère ? Ce mystère est intolérable. Lne impropriété de termes si grossière est pire que tous les solécismes. 11 n'y a rien là qui ressemble Je moins du monde à un mystère.

Tous ces embrassemens ne sont guère à propos. Qu'il parle , qu'il s'explique , et nous laisse en repas.

Guère a propos Nous laisse en repos. Quelle platitude !

L'injustice me plaît , pourvu que je t'en chasse. Cela signifie , dans la construction française , pourvu que je te chasse de l'injustice .le mot en se rapportant nécessairement au dernier substantif. On sent bien que dans le sens il s'agit du trôné ; mais la faute n'en est pas moins réelle. Et qu'est-ce que l'injustice me plaît? Quelle mauvaise alfectatio de perversité , encore plus sensible et plus révoltante dans cet l. range vers- où Polvnice dit , en parlant du peuple :

Et qu'il me soit permis de m'en faire haïr.

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