ACTE QUATRIÈME
Dans ce même palais où vous prîtes naissance ; ' Et moi, par un bonheur où je n'osais penser, L'un et l'autre à la fois je vous puis embrasser. Commencez donc, mes fils, cette union si chère;
Le commentateur observe que la permission n'est ni noble ni belle. Je le crois ; mais ambitionner cette permission est une ridicule extravagance , digne d'un mauvais rhe'teur du seizième îiècle. Il convient de faire sentir l'e'normite' de ces fautes où le jeune auteur fut entraîné par le contagieux exemple des définit-. de Corneille, qui étaient encore à la mode , et qu'on a tâche d'y remettre encore de nos jours. Après X1 Alexandre , Racine n'y retomba jamais.
Je vais te le porter au bout de ce fer même.
Porter un sceptre au bout d'un fer , et au bout du fer même . Quelle figure burlesque , et quelle cheville ! Je n'irai pas plus loin : en voilà sans doute assez pour faire voir que l'auteur n'avait pas même encore assez étudié sa langue pour savoir rendre toujours sa pensée , témoin ce vers :
L'un ni l'autre ne veut s'embrasser le premier.
Il veut dire aucun des deux ne veut le premier embrasser son frère . et il dit en effet ne veut s'embrasser lui-même. 11 v a bien d'autres contre-sens du même genre.
1 Vous re ■-rez un frère après deux ans d'absence ,
Dans ce même palais ou vous prîtes naissance. Ce qui serait très-pathétique dans un autre sujet, cesse <it l'être ici. Il y a de la mal-adresse à Joraste de rappeler fils le lieu de \c\\r naissance, qu'ils ne doivent qu'à un crin « Tu sais qu'ils sont sortis d'un sang incestueux , .» El la tV'onnerais s'ils étaient vertueux. » L. B. 1 t©
2l8 LES FRÈRES ENNEMIS,
Et que chacun de vous reconnaisse son frère. r Tous deux dans votre frère envisagez vos traits ; Mais , pour mieux en juger, voyez-les de plus près. Surtout que le sang parle et fasse son office. Approchez, Etéocle ; avancez, Polynice....2 Hé quoi ! loin d'approcher , vous reculez tous deux ! D'où vient ce sombre accueil et ces regards fâcheux ? N'est-ce point que chacun, dune ame irrésolue,
1 Commencez donc , mes fils , cette union si chère f Et que chacun de vous reconnaisse son frère.
Presque tout et morceau est emprunté d'Euripide pour le fond , mais le poète français a bien enchéri sur son modèle : on se plaira peut-être à les comparer :
Quittez , Etéocle , cet air farouche , retenez cette fureur toute prête à s'échapper ; ce n'est point l'affreuse fête de la Gorgone , c'est un frère , c'est votre sang qui se présente à vous. Et vous, Polynice , tournez des regards plus doux sur votre frère. Hélas ! que la nature se fasse entendre dans vos cœurs , et qite la voix d'une mère vous excite à vous voir , à vous entendre et à vous parler avec plus de douceur. L, B.
2 Approchez, Etéocle' avancez, Polynice
Ce vers a quelque ressemblance avec un passage de la Thélaide de Sénèque. Ce poète prodigue partout l'esprit et les images , mais la simplicité de Racine est assurément bien préférable. Voici la traduction du passage latin :
Attendez-vous , pour quitter vos armes, qu'une mère l'exige? N'aurez-vous pas un égal empressement à serrer v, s mains entre les siennes ? L. B.