‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 73 sur 185 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Mais il faut, en effet , soulager ma patrie ; De ses géniisseruens mon ame est attendrie. Trop de sang innocent se verse tous les jours ; Il faut de ses malheurs que j'arrête le cours ; Et . sans faire gémir ni Thèbes ni la Grèce , A l'auteur de mes maux il faut que je m'adrej Il suffit aujourd'hui de son sang on du mien. ■

dieux à témoin que c'est malgré moi que je combats contre t m'est le plus cher. Racine avait mis d'abord :

« Si je suis violent , c'est que j'y suis contraint ,

» Et c'est injustement que le peuple me craint ;

» Je ne me connais plus en ce malheur extrême ;

» En m'arrachant au trône , on m'arrache à moi-même ;

Tant que j'en suis dehors , je ne suis plus à moi ; ■ Pour être vertueux , il faut que je sois roi , etc. > L. B.

I // suffit aujourd hui de son sang ou du mitn

II n'est pas dans les bienséances théâtrales , qu*l

lynice se donnent un défi devant leur mère ; mais, dans ce sumonstrueux ; tout doit sortir des règles établies par la nature. Dans Euripide , le défi se donne pareilielevant Jccaste , mais il s'annonce d'une manière plu*, rire.

POLYMCE.

Quel sera ton poste ?

ÏTtOClE.

Où tend celle question ?

Tu m'y trotn •

KTKOCLE.

t tout mon i!

JO CASTE

Du sang de voire frère?

POLY>lCE.

Oui , madame , du sien :

Polynice sort ensuite en implorant tous les dieux ; ce que Racine a très-bien fait de ne pas imiter ; car cette invocation , toute belle qu'elle est , ne serait pas dans nos mœurs- L. B. *

* J'ai déjà fait observer que cette invocation , conforme aux mœurs grecques , ne blesserait nullement les nôtres. Le commentateur ne se montre pas meilleur juge des bienséances théâtrales , quand il trouve mau\ ais qu'Etéocle et Polynice se donnent un défi devant leur mère. Non-seulement ce n'est point une faute, ma cela même e'taitindispensablement nécessaire puisque sans ce défi l'objet de la scène était manqué. Euripide et Racine l'ont également senti. 11 n'était nullement besoin , pour les justifier, de dire que , dans ce sujet, tout doit être monstrueux ; tout doit sortir des régies établies par la nature. C'est là un abus des mots et un défaut de sens. Le sujet de la Thébaïde est atroce, et n'est point monstrueux: il n'y a de monstrueux , dans les arts d'imitation , que ce qui sert des vraisemblances morales. Or, il n'est nullement invraisemblable que deux frères ambitieux se disputent le trône , et se battent pour l'obtenir. Cette rage est sans doute contraire aux devoirs de la nature , mais non pas à la perversité humaine , que la tragédie doit représenter. Si l'auteur du commentaire i voulu parler de ces devoirs en disant que, dans cette pièce , tout doit sortir des règles établies par la nature , il a dit une vérité très-oiseuse , et de plus il s'est contredit lui-même , puisque ces paroles sont la justification du défi qu'il condamne. S'il a voulu parler des rigles de la nature théâtrale , il a dit une fausseté ; car, dans aucun cas , rien ne doit sortir de ces règles.

Page 1