ACTE CINQUIÈME
Le notre à la douleur , et les Grecs à la joie ;
Et le peuple , alarmé du trépas de son roi ,
Sur le haut de ses tours témoigne son effroi.
Polynice , tout fier du succès de son crime , *
Regarde avec plaisir expirer sa victime ;
Dans le sang de son frère il semble se baigner :
« Et tu meurs, lui dit-il , et moi je vais régner.
» Regarde dans mes mains l'empire et la victoire :
» Va rougir aux enfers de l'excès de ma gloire ;
» Et pour mourir encore avec plus de regret ,
jj Traître , songe en mourant que tu meurs mon sujet. »
En achevant ces mots, d'une démarche fière
Il s'approche du roi couché sur la poussière ,
Et pour le désarmer il avance le bras.
Le roi , qui semble mort , observe tous ses pas ;
Il le voit, il l'attend, et son ame irritée
* Polynice , tout fier , etc.
Depuis ce vers jusqu'à celui-ci : V ardeur de se venger, etc. In st\'e s'anime et se soutient; il languit plus ou moins dans tout le reste.
Et retarde le cours de ses derniers soupirs. Et sa mort au vainqueur est un pie'ge funeste ; Et dans l'instant fatal , etc.
Ces trois et de suite rendent la diction lâche et traînante. Un talent mùr ne serait pas capable de cette faute. Et fon dirait çu 'encore . etc. esi d'une dureté choquante , et j'omets bien d'autres fautes. Qu'il J avant l<>in encore de ce récit à la perfection! M .i combien peu de gens la connaissent !
25o LES FRÈRES ENNEMIS,
Pour quelque grand dessein semble s'être arrête'e. L'ardeur de se venger flatte encor ses désirs , Et retarde le cours de ses derniers soupirs. Prêt à rendre la yie , il en cache le reste, Et sa mort au vainqueur est un piège funeste : Et dans l'instant fatal que ce frère inhumain Lui veut ôter le fer qu'il tenait à la main , Il lui perce le cœur ; et son ame ravie , En achevant ce coup , abandonne la vie. Polvnice frappé pousse un cri dans les airs , Et son ame en courroux s'enfuit dans les enferr . ■ Tout mort qu'il Cet, madame, il garde sa colère ; Et l'on dirait qu'encore il menace son frère : Son visage, où la mort a répandu ses traits , Demeure plus terrible et plus fier que jamais. 2
1 Et son ame en courroux s'enfuit dans les enfers. Traduction presque littérale du dernier vers de V Enéide.
Vitaque cum gemitu fugit indignata sub umbres. L. B.
2 Demeure plus terrible et plus fer que jamais.
Ce vers fait plus d'effet que ce que dit Eschyle :
Le génie qui les animait ' , ne fut ralenti çu' après les apoir terrasses.
Mais en récompense , on trouve dans ce même Eschyle des penstes vraiment sublimes, telles que celle-ci :
Le trophée de la vengeance était placé devant laporie où combattaient les deux frères.
Euripide n'a point conservé à Polvnice et à Etéocle le carac-