‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 90 sur 185 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

ANTIGO > E.

Fatale ambition , aveuglement funeste !

D'un oracle cruel suite trop manifeste î

De tout le sang roval il ne reste que nous ;

Et plût aux dieux, Creon, qu'il ne restât que tous .

Et que mon désespoir, prévenant leur colère,

Eût suivi de plus près le trépas de ma mère !

tére , qu'il leur a donne; il les représente oubliant leur haine au moment de la mort , et s'attendrissant mutuellement sur leur sort funeste. La fiction du poète français est infiniment préférable. L. B. *

* On ne sait de (\ut\\e Jîction le commentateur veut parler , à moins qu'il n'appelle Jîction cette fierté menaçante que le poète français nous représente encore empreinte sur le fr«nt de Polvnice mort.

Il n'est pas vrai qu'Euripide ait démenti dans son récit le caractère d'Etéocle et de Polynice : au contraire , il a eu soin de conserver à chacun le sien. Il n'est pas vrai qu'ils s'attendrissent muturlletnirit mit leur sort funeste ; ce qui signifie que chacun ■ l'eus s'attendrit sur le sort de son frère. Voici la vérité: Ltéocle , qui respire encore , tourne vers sa mère des yeux nouilles le lantef , et lui présente sa main ensanglantée ; mai* les regrets qu'il n'exprime que par ses larmes , ne marquent aucun sentiment qui se rapporte à son frère. Polynice , au contraire , qui dans toute la pièce a montré un caractère de douceur, de sensibilité et dr pii t.: , adresse .1 sa mère les adieux les plus touchans. 11 rémit

1 état ou il laisse une mère , une sœur , et même (ajoute-t-il)

mon fterfulr fn rr . car un tel ennemi est toujours cher. .\ i/i -i l.t

f 1 critique du commentateur portent également à

CRÉON

Il est vrai que des dieux le courroux embrasé Pour nous faire périr semble s'être épuisé ; Car enfin sa rigueur , vous le voyez , madame , Ne m'accable pas moins qu'elle afflige votre ame. En nVarrachant mes fils....

ANTIGONE

Ali ! vous régnez , Créon ; Et le trône aisément vous console d'Hémon. Mais laissez-moi, de grâce, un peu de solitude, Et ne contraignez point ma triste inquiétude : Aussi-bien mes chagrins passeraient jusqu'à vous. "V ous trouverez ailleurs des entretiens plus doux : Le trône vous attend , le peuple vous appelle ; Goûtez tout le plaisir d'une grandeur nouvelle. Adieu. Nous ne faisons tous deux que nous gêner; Je veux pleurer , Créon ; et vous voulez régner.

CRÉON, arrêtant Antigone.

Ah , madame ! régnez et montez sur le trône : Ce haut rang n'appartient qu'à l'illustre Antigone.

ANTIGONE

Il me tarde déjà que vous ne l'occupiez. La couronne est à vous.

CRÉON

Je la mets à vos pieds.

ANTIGONE

Je la refuserais de la main des dieux même ;

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