‹ Œuvres complètes de John HunterChapitre 44 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES RÉTRÉCISSEMENTS DE L'URÈTRE COMPLIQUÉS D'UNE AFFECTION SPASMODIQUE.

Il y a très-peu de rétrécissements qui ne s'accompagnent plus ou moins de spasme. Mais dans certains cas , le spasme est beaucoup plus intense que dans d'autres ; quelquefois même , il constitue la maladie plutdt que le rétrécissement lui - même. Les véritables rétrécissements peuvent n% compliquer parfois de contractions spasmodiques qui font qu'à certaine^ époques le passage de l'urine devient beaucoup plus difficile. Dans tous les cas de cette espèce que j'ai observés, la maladie était peu inquiétante lors« qu'il n'y avait point de spasme; mais lorsque les parties se trouvaient eq proie à un état spasmodique , les symptômes étaient aussi violents que lorsque l'obstruction est l'effet seulement d'un rétrécissement organique. Ces cas étant mixtes présentent tous les caractères des rétrécissements permanents et des rétrécissements spasmodiques réunis. En effet , le canal de l'urètre est dans un état semblable à celui qu'il présente dans les cas de rétrécissement spasmodique pur. Il est irritable, et très-douloureux dans l'introduction de la bougie, que souvent il ne peut supporter, ainsi que j'aurai occasion de le dire en traitant de cette dernière maladie.

L'examen du sujet nous mène à cette conclusion, qu'il est difficile de croire que le spasme ait son siège dans le rétrécissement même, qu'on ne peut guère supposer capable de cçntraction. On pourrait donc naturellelement le rapporter à la partie saine de l'urètre, en admettant qu'il est déterminé par l'obstacle que rencontre l'écoulement de l'urine. Si cette manière de voir est juste, on doit supposer que la contraction s'effectue dans la partie qui est située derrière le rétrécissement, puisque c'est la seule partie qui soit dilatée par l'urine. L'urètre étant alors très-irritable, cette partie peut se contracter assez pour arrêter complètement le jet d'urine. Mais quelques circonstances qui se présentent dans la pratique fournissent des raisons de croire que les rétrécissements eux-mêmes sont susceptibles de se contracter. On trouve , en effet, que les bougies ont été serrées par le rétrécissement lorsqu'elles sont restées quelque temps dans l'urètre, et ce qui prouve encore cette assertion, c'est que le rétrécissement tantôt s'oppose au passage de la bougie , et tantôt la laisse pénétrer.

Les cas qui nous occupent présentent quelquefois une circonstance singulière; c'est que lorsqu'il survient une gonorrhée ou tout autre écoulement de pus par l'urètre, ou qu'un suintement habituel ancien augmente d'intensité, le canal devient libre et laisse passer l'urine comme à l'état

normal. Mais une telle amélioration est incertaine et seulement temporaire, car toutes les fois que Técoulement cesse, les premiers symptômes se reproduisent. Il est probable que c'est le spasme seulement et non le rétrécissement réel , qui est modifié par Técoulement. Voici deux cas remarquables de cette espèce, qui se sont présentés à mon observation :

Un homme était affecté depuis longtemps d^une maladie de Turètre compliquée d*un rétrécissement auquel «on supposait pour origine une affection vénérienne. Il se manifestait souvent un écoulement dont le début s'accompagnait toujours d'une fièvre lé-gère. Tant que l'écoulement durait, la difficulté de l'évacuation de l'urine était diminuée, et cela, en propprtion de l'abondance de l'écoulement. Le même résultat fut produit toutes les fois que le malade contracta une nouvelle gonorrhée.

Un autre homme éprouvait une difficulté d'uriner que l'on attribuait à un rétrécissement. Cet obstacle à l'émission de Turine s'accompagnait le plus souvent d'un écoulement semblable à celui qui existe ordinairement dans les cas de rétrédssement. Mais quand l'écoulement augmentait beaucoup, le rétrécissement diminuait; il y avait une proportion constante entre ces deux phénomènes. Pendant la durée de cette maladie , il contracta deux gonorrhées qui toutes deux s'accompagnèrent temporairement d'une diminution dans les symptômes de rétrécissement.

La maladie qui nous occupe étant une maladie mixte, elle doit être traitée par l'emploi des bougies pour le rétrécissement réel , et par les moyens qui seront recommandés plus loin , à l'occasion des affections spasmodiques de l'urètre, pour ce qu'il y a de spasmodique en elle.

Dans ces cas mixtes, il arrive quelquefois que la bougie ne pénètre pas immédiatement et qu'elle est rejetée par le spasme. Mais on parvient souvent à la faire passer, en la laissant séjourner dans Turètre presque en contact avec le rétrécissement, pendant dix, quinze ou vingt minutes; on insinue la bougie clandestinement en quelque sorte. Souvent alors l'urine s'écoule, lors même qu'on n'a point essayé de franchir l'obstacle. Les rétrécissements compliqués de spasme s'amendent souvent sous l'influence d'injections légèrement irritantes (*).

(*) On lit dans Tcdition de Hume : « Une gonorrlicc ou un saintement •cddeotel fait cesser le spasme d'un rétrécissement en Tertu du même principe pathologique que l'introduction d'une bougie à la profondeur de quelques pouces dans Turètre \ l'irritAtion qui a son siège auprès du gland enlève sympathiquement le spasme d'une antre partie du canal. »

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COMME UN EFF£T DE LA GONOKKHÉE. tt9

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