‹ Œuvres complètes de John HunterChapitre 60 sur 88 · DE QUELQUES EFFETS CONSÉCUTIFS DU CHANCRE ET DE LEUR TRAITEMENT · texte numérisé non relu

DE QUELQUES EFFETS CONSÉCUTIFS DU CHANCRE ET DE LEUR TRAITEMENT

Lorsque les chancres sont guéris et que toute virulence est détruite , fl orrive quelquefois que le prépuce reste encore considérablement tuméfié ; cette tuméfaction entretient rallongement et Tétroitesse morbides de ce repli qu'on ne peut porter en arrière sur le corps de la verge pour mettre le gland à découvert.

Dans beaucoup de cas, il n'existe aucun traitement à opposer à cet état morbide; cependant il faut essayer tous les moyens possibles. La vapeur de Peau chaude , les fomentations avec la ciguë et les fumigations avec le cinabre sont souvent très-utiles.

Si malgré ces moyens les parties conservent leur volume et leur conformation vicieuse, il peut être utile d'exciser une partie du prépuce morbidement développé. C'est au chirurgien à déterminer la quantité de peau qui doit être enlevée. On peut en général exciser toute la partie qui fait saillie au delà du gland.

Le meilleur procédé opératoire consiste à enlever la partie exubérante avec le bistouri ; mais il faut avoir grand soin de bien distinguer d'abord le prépuce trop développé du gland. Après s'être parfaitement assuré de la position de ce dernier, la verge étant tenue horizontalement , on pratique a la face supérieure du prépuce une incision t|ue l'on continue jusqu'à la face inférieure, avec précaution, car si l'incision était trop rapprochée du gland on courrait grand risque de le léser.

On peut faire cicatriser les parties sous l'influence de pansements simples ; car on peut considérer la surface divisée comme une plaie récente. Cependant la cicatrisation ne s'en effectue pas aussi facilement que celle d'une plaie pratiquée dans une partie entièrement saine. En effet , dans cette opération, on ne fait qu'enlever une portion superflue d'un organe malade, et ce qui reste est malade , mais non assez pour entraîner à l'avenir des accidents.

Quelques soins sont nécessaires pendant la cicatrisation de la plaie, car la cicatrice peut se contracter et produire de nouveau un phimosis. Le malade lui-même peut mieux que personne prévenir cet accident, en ramenant souvent le prépuce sur le corps de la verge ; mais cette manoeuvre ne doit être tentée que forsque la cicatrisation est presque achevée; il faut l'exécuter lentement et avec beaucoup de précaution {*)>

(*) Voir les notes de la page 428.

5 I. Des dUposUians morbides nouvelles qui naissent pendant le trai^ tement des chancres.

Les chancres , tant chez les hommes que chez les femmes, acquièrent souvent, pendant le traitemeqt^ des dispositions nouvelles qui varient quant à leur nature. Quelques-unes ont pour effet de retarder la guérison, comme je Tai dit,, et, quand les parties sont guéries, elles les laissent dans un état de tuméfaction et d'indolence, ainsi qu*on vient de le voir pour les cas d'engorgement chronique du prépuce. D'autres fois, la nouvelle disposition morbide empêche la cure ou cicatrisation des parties , et souvent donne naissance à une maladie plus grave que celle d*où elle tire son origine. Ces nouvelles dispositions morbides produisent aussi dans les parties affectées des tumeurs dont il sera question ci-après.

Ces nouvelles dispositions morbides sont plus communes chez Thomme que chez la femme , et il est probable que cela dépend de la nature des parties qui en sont le siège. Elles ne se forment guère que lorsque Tinflammation a été violente; or, cette violence dépend de la nature des parties plutôt que de celle de la maladie, et par conséquent, elle est liée moins à la maladie qu^aux conditions que présentent les parties malades ou la constitution. Cependant on conçoit qu'elles puissent se développer lors même que l'inflammation n'a pas eu une grande intensité.

En général , on suppose qu'elles sont de nature cancéreuse ; mais je pense qu'il en est rarement ainsi, bien que cela ne soit point impossible.

On doit considérer comme des effets de ces nouvelles dispositions morbides , ces inflammations , ces suppurations et ces ulcérations continues et souvent avec exacerbations, qui s'étendent à la totalité du prépuce et même se propagent tout le long de la peau de la verge qui contracte une couleur livide, et sous l'influence desquelles le« tissu cellulaire s'engorge et s'épaissit dans toutes les parties de la verge , de manière à accroître considérablement le volume de cet organe.

L'ulcération qui a son siège à la face interne du prépuce s'accroît quelquefois, se dirige entre la peau et le corps de la verge, ef, produit des perforations en différents points, jusqu'à ce que toute la surface de l'organe se trouve criblée d'ulcères à bords frangés. Le gland subit souvent le même sort, et une partie plus ou moins considérable en est détruite; dans beaucoup de cas, l'urètre est entièrement détruit dans ce point par l'ulcération, de sorte que l'urine s'écoule par une perforation située plus ou moins en arrière de son orifice naturel. Si l'on n'arrête les progrès de la maladie , l'ulcération continue ses ravages jusqu*à ce que les parties soient entièrement détruites. Je soupçonne que, parmi ces cas, il en est quelques-uns qui sont de nature sçrofuleuse.

Comme c'est une affection aiguë , il est nécessaire de la combattre immédiatement, s'il est possible; mais comme elle peut dépendre de diverses particularités de la consti tuition , et que ces particularités ne sont pas connues tout d'abord, aucune méthode rationnelle de traitement ne II. 3o

peut être indiquée ici. La décoction de salsepareille ttt sovrenl ntîle, maïs il faut la donner à hautes doses. On a administré avec beaucoup de succès la tisane allemande (German diet-drink). J'ai vu un cas de cette •gpèot où la guérisoD a été op^ée par cette boisson , après que tous les moyens connut avaient échoué (*}. L^extrait de dgué est quekfnefois utile. J*ai va les bains de mer produire une guérison oomplète. Un malade qui était arrivé d'Irlande avec une affection de ce genre, après avoir essayé toutes les méthodes connues de traitement , comme la salsepareille , la ciguë, la tisane allemande, et après avoir eu recours h un grand nombre de topiques qui furent tous rejetés, excepté l'opium parce qa*U calmait la douleur, prit des bains de mer et se guérit. Quelquefois il est nécessaire d'introduire une bougie afin d'empédier que Torifieede l'urètre ne s'oblitère, ou ne devienne trop étroit pendant le travail de cicatrisation (**).

(^ On a beaaeoop préconbé les forarales ssivantes :

Antimoiae pulvérisé et renfermé dans nn nonet de linge , pierre ponee pulvérisée, et enveloppée de la même manière, de ohaqne, nne once; sqnine c^npée par tmacbeif saUepareiUe effilée et oontnte, de chaque, nne demt-onc«; dix noix aree l««r liroB, contniesj ean de fontaine, quatre ckopines. Faites bouillir jusqu^à rednetMo de moitié et filtres la décoction. Cette boisson déit être prise dans \» journée en plusieurs fois.

SaUepareiUe, bois de santal blanc et ronge, de chaque, trois onces; réglisse, méséréon , de chaque, une demi-once; boit de Rhodes, gajac, sassafras, de chaque, «ne once; antimoine cru, denx onces. Mêlez ces substances, Tersex dessus dix cboptnes d*eau bouillante , hisses influer pendant ringh-quatre heures , et faites ensuite bouillir jnsqa*à réduction de moitié. Le malade doit en boire d^nne ebopine et demie à quatre cbopines par jour. J. Hmrrxn.

{**) La description de Hunter est si vague qu*il est difficUe de déterminer avec certitude quelle est Tespéce d*alcère qu*il a en l'intention de déertre. Il est probable qu^ a en principalement en vue les ulcères qu*on appelle pkagèdénifuet , et qol sont d'ailleurs assez importants pour exiger une descriptioai parttcnlière.

On a donné à ces nleères le nom de pkagèdéniquëê , parce qn'on a supposé que ce sont les mêmes que ceux qui onit été décrits par Celse sons le nom de ph^g^éœmm. Bien qu*un poisse mettre en question Texaetitnde de ce rapprochement , cependant U est, convenable de conserver une dénomination qui donne une idée asses juste des ulcères qui nous occupent, soit que Ton envisage la rapidité quHls présentent quelquefois dans leur marche , soit qu'on ait en vue les traits les plus mnarqnaUes qui caractérisent leur aspect extérieur.

On ne peat guère douter que les ulcères phagédéniqnes ne reconnaissent posr eanse rapplieation d'un vinu , ear il n'existe aucune preuve snflbante qu'ils se développent jamais dans des parties qui n'ont point été expoeées à une infection, et ila sont suivis des symptômes secondaires de la syp^iilis aussi constamment qne les formes ordiuaires du chancre qui ont été décrites ci-dessns. £n outre, malgré tonte l'attention qui a été donnée à ce sujet, U n'a pas été possible d'établir, entre ces ulcères et le chsncrc huntérien, une ligne de démarcation assez constante pour que l'on pût admettre que le virus qui produit les premiers est différent de celui qui donne naissance à ce dernier. Les caractères de l'ulcère phagédéniqne diffèrent beaucoup de ceux àa chancre ordinaire : si le viras n'était pas le même dans Fan tt

pu CHANCRE, 4ê7

5 n. Bes uleératfùHs qui ressembhmt au chanere.%. II arrive souvent qu'après que les chancres se sont cicatrisés et que le Tîrun e&X çQtièremeqt détruit « le» cicatrices s'aldôr^ot <te nouveau et m jEOUvreot soua IbrnM de chancras.

1fftiitr« CM, eette diversité terait eonttante; on pourrait It reooimittre égulement dtni MBdifidii qai donne et dam eelui qui reçoit, dans la partie dV>à l*infection tife U aoQvee, anssi bien qoe dana edle à laquelle elle est communiquée. Or, c'est ce qu'il ii*a pas été possible de constater. Dans plusiears cas, au contraire, I*uleère pbagé* 4éiiique a pavn provenir dfindiTidas qui étaient atteints des formes ordinaires du chancre.

I^ilcèfe pliagédénique débute par onê légère tnnéfaetien loeale et per une légère «Kooriatien de la surface. Celte surftice escortée denent bienlAt pntride, se recourre d'une escarre Jaune, et laisse écouler une sanie aqueuse d'une teinte brunâtre. A mesure qu* l'ulcère détruit la partie sur laqueUe il est situé, la surface derient de plus en plus itiégale, et sa ciroonférenee présente une ligne îrrégnlière qui lui donne un contour comme festonné. Cet aspect est Telfet du mode de progrès de fulcère» qui ne s'étend pas d*unc manière régulière et uniforme dans tons les directions, mais se propage dans quelques points arec plus de rapidité que daus les autres. La partie lïentrale et quelquefois un des cétés de l'ulcère cessent alors leurs rayages, et quelquefois se nettoient; tandis que dans les autres points, l'aspect putride se conserré «t Fulcère continue à s'étendre. La partie qui fait des progrès est toujours un peu tuméfiée ; mais cette tuméfaction est celle de l'inflammation commune et n'est point nettement circonscrite comme celle du chancre ordinaire. Loin de se terminer brusquement, elle se fond d'une manière insensible dans les tissus environnants. Dans le fait, cette tuméfaction est simplement caosée par rirritation que produisent les pro* grès de Tnlcère; on ne l'obscrre pas dans les points qui ont pris un aspect sain. Aussitôt qu'une pwiie de l'uleère se nettoie, la tuméfaction se dissipe, bien que l'ulcératk>n reste longtemps encore non cicatrisée. On ne peut pas dire que la tumé* faction précède l'ulcération) elle accompagne plntét la mortification des tissus, sE l'on peut appeler ainsi ce qui n'est en général qu'une ulcération putride.

L'ulcère phagédéniqne peut détraire tput tisau, qud qu'il soit, sur lequel il s'est formé, mais ses ravages sont plus rapides dans le tissu cellulaire que dans la peau du prépuce ou le corps de la verge. Il en résulte qu'il se fraye une route entre le •orps de la verge et la peau qui le recouvre, disséquant sur son trajet les corps «averpeuv qu'il sépare des téguments, et s'insinuant de bas en haut entre ces parties» «ouvent jusqu'au pubis. Dans ces eirooustanees, le fond de l'ulcère ne peut être mis pleinement à déoourert. La partie de l'ulcère qui est aoceslible à la vue est ordinaipement nette et quelquefois en voie de cicatrisation lente, tandis que hi partie qui est eaefaée est putride et jaune , et sécrète une grande quantité d'un pus clair et bruuAtre. Le c6té de Tuloère qui poursuit ses ravages est entouré par la tuméfactioa ordiBaire, que Ton peut anstir extérieurement comme un anneau induré embrassant le corps de la vei^ge. Cet anneau indique la distance à kquelle l'ulcère s'est étendu, «t dans les progrès de la maladie, il s'approche de ploaen plus de la racine de la verge. Tant que ce bourrelet épaissi est appréciable au toucher, l'ulcère continue à a'éteodre. Si le fond de l'ulcère se nettoie et revêt une tendance à se cicatriser, on reconnaît oetU amélioration à la disparition du bourrelet, aussi promptcment et IMSsi certainement que si tonte la snrface était exposée à la vue.

Dans les circonstances ordinaires , l'ulcère pfaagédcniqne se propage par une uIoé> raiioii piMride; il se cretfae une voie très-leateBient et d'une manière preyque in^er-

Bien que ce phénomène noorbide s'obsenre le plus souTent dans le siège des anciens chancres , il ne se limite pas toujours à ces surfaces ,

ccptibl*. Mais U éierimt parfois la siège d^iina dispositxoa gangreneuse acddenteUe, par suite de laqneUe de larges portions da prépnee, du gland on des corps caremewc. se mortifient et sont éliminées. Il y a pen de cas de longue durée dans lesquels ces gangrènes ne se soient pas présentées. Dans la plupart des cas une partie de Turicr* est détruite de cette manière, et il se forme à environ un ponce an-dessus du méat naturel , une ouTcrture par laqueUe l'urine s*éooule. La manière soudaine dont ces gangrènes font irruption, et la destruction irrémédiable qu*eUes entraînent, font one loi impérieuse de ne jamais perdre de wnt dans le traitement la powibtlite d'om tel accident.

La matière qni s'écoule de Tnlcère pbagédéniqne est abondante et de Bianrais caractère; mais elle ne parait pas , comme le pus fourni par le chancre ordinaire, affocter les surfaces arec lesqueUes elle rient en contact. Il est très-commnn de roir le prépuce et le gland presque constamment baignés dans ce liquide, et cependant il est rare, si même cela arrive jamais, quH se forme d'autres ulcères sur ces parties par suite d'un tel coptact. En outre, les surfaces contiguès ne sont point affectéea. L'ulcère peut être situé sur le corps de la verge , tandis que le prépuce qui est en conUct avec celui-ci reste libre de toute ulcération. Il n'est pas rare de voir INilcère phagédénique, situé sur un des côtés du méat urinaire, détruire une portion considerable du gland avant qu'on ait pu en arrêter les progrès; et cependant l'affoction ne s'étend pas à l'antre côté du méat, bien que la surface ulcérée demeure constanment en contact avec lui.

L'ulcère phagédénique 8*aocompagne d'un peu d'inflammation , mais non d'inflammation aiguè. La douleur n'est pas très-vive , n ce n'est pendant une attaque de gangrène. Le prépuce est ordinairement ronge, quelquefois pourpre, presque toujoars chargé de sérosité et tuméfié; mais il n'est pas ordinairement induré ou ferme an toucher, et il n'a pas cette coloration vermeille et brillante qui accompagne le pbimosis aigu causé par le chancre ordinaire. Mab les symptômes généraux sont plus intenses : le pouls est ordinairement rapide et facile à exciter, la peau est chaude, l'appétit est diminué, et le sommeil est agité et interrompu.

Il est rare de voir un bubon suppurant provenir d'un ulcère phagédénique. Quel«> qoefois une glande de l'aine se tuméfie, mais il est rare qu'eUe soit très-doulourenae, et, en général, elle reprend son état naturel en moins de huit jolirs.

Los symptômes secondaires qui succèdent à l'ulcère phagédénique sont d'une grande violence et difficiles à traiter. Ce sont ordinairement des rupia , des gangrènes de la gorge, l'aJcération du nez, des douleurs musculaires aussi crneUes qu'opiniÀtrea, et plus tard l'inflammation du périoste et des os. Des symptômes semblables succèdent au chancre ordinaire; mais quand ils surriennent consécutivement ii un nlcèiY pliagédénique, ils sont très-difficiles à guérir; et il n'est pas rare de voir la coostita> tion s'affaiblir à la longue sous leur influence , et la mort en être l'effet.

Si l'on compare la description de l'ulcère plugédénique avec celle du chancre commun, qui a été donnée dans un chapitre précédent, les signes qui distinguent ces deux affections deviennent évidenU. Le chancre commun est précédé et suivi par une induration de caractère particulier, qui suit son cours en quelque sorte indépendamment de l'ulcération elle-même. L'ulcère phagédénique ne montre aucune induration de ce genre; répaississement qui l'accompagne ne diffère point de celui qui coïncide avec tous les autres ulcères, et n'est qu'un phénomène lié à la malignité de l'ulcère. Le chnncre commun s'étcud également dans toutes les directions; Tulcère phagédi^nique s'éteud irrégulit-rement, et se guérit fréquemment d'un côté Candis qu'il

car il se manifeste souvent des ulcères sur d*autres parties du prépuce; mais ces derniers ulcères eux-mêmes paraissent dépendre de Texistence

gagne du terrain de Tantre. Le chancre commun tend à se multiplier et à produire des ulcères semblables sur les surfaces qui lui sont contiguês; Tulcère pbagcdéoique reste isolé et les surfaces contiguës ne s'affectent point. Il existe aussi une différence, quoique moins évidente, dans les symptômes secondaires qui succèdent à ces deaz espèces d'ulcères, et le traitement doit différer dans Tau et l'autre cas.

Si l'on traite un ulcère phagédénique par l'usage du mercure largement adminis* tré, on observe le plus souvent que l'amélioration est plus immédiate et plus pronon» cée que dans le cas de chancre commun. En très-peu de jours, l'inflammation se dissipe, la surface malade se nettoie, et l'ulcère commence à se cicatriser; mail cette amélioration n'est ordinairement que temporaire : en général, quetques jours plus tard , si l'usage du mercure est continué, et surtout si son influence sur Tensembtc de l'économie est très-marquée» l'aspect des parties change; les tissus enrironnants deviennent noirs et violacés; il se forme soudainement des gangrènes qui envahissent la totalité de l'ulcère et souvent une grande partie du prépuce et de la verge. D'un autre côté, si l'on omet entièrement l'emploi dn mercure et qu'on n'applique à cette affection que le traitement usité pour guérir un ulcère commun, l'ulcère phagédénique conserve opiniâtrement son mauvais caractère et fait des progrès constants, quoique moins rapides, par une ulcération putride.

Le mercure est d'une grande utilité dans le traitement de l'ulcère phagédénique; mais si on lui laisse produire ses effets déprimants, la conséquence en est presque toujours la production de la gangrène. Il faut donc l'employer de manière à prévenir un tel résultat. Il faut l'admiuistrer aux doses et sous les formes qui dépriment le moins la circulation, et le combiner avec des médicaments capables de soutenir en même temps la constitution. L'oxymuriate de mercure donné à la dose d'un huitième de grain deux fois par jour, et combiné avec la décoction de salsepareille, est la préparation la plus efficace et celle qui présente le plus de sécurité; mais, même sous cette forme, il faut suivre attentivement les effets du mercure; et si les téguments deviennent pâles ou livides dans le voisinage de l'ulcère, ou si on remarque de la langueur dans l'état général du malade, il faut suspendre ce traitement pour ne le reprendre qu'après que ces symptômes de gangrène imminente auront disparu.

Je ne dois pas oublier de dire que l'usage interne de Thydriodate de potasse exerce souvent une influence marquée sur cette forme de la syphilis. G. G. B.

Je ue saurais laisser passer la note do M. Babiugton,sans signaler des assertions tout à fait inexactes.

Ainsi, l'expérience prouve de la manière la plus positive que les accidents secondaires sont beaucoup jilus rares après les chancres phagédéuiqucs proprement dits , qu'à la suite du chancre iudnré. Ils devienneut bien motus fréquents dans les cas de chancres phagédéuiqucs gangreneux, et manqueirt même constamment quand la gangrène arrive dès les premiers jours , qu'elle détruit rapidement tons les tissus qu'occupaient le:» chancres , et qu'il ne reste aucune induration spécifique. Il n'est plus permis, de^iuis mes expériences, de rester dans le doute sur la nature du virus qui produit les chancres phagédéuiqucs. Ce virus est identiquement le même que celui qui donne naissance aux autres variétés. La forme phagédénique, comme les autres, n*est qu une conséquence des conditions idiosyncrasiques de l'individu qui subit l'infection, et ne dépend nullement des conditions actuelles des ulcères de l'iudividu qui transmet. ,

Mes expériences ont encore prouvé qu'il n'y, avait pas nn début particulier ponr le cbancre phagédénique, l'inoculation donnant d'abord les mêmes résultats pour toutes

d*une maladie rénérienne anténeure , car fls attaquent rarement Im àujets qui n^ont jamais eu ni gonorrhée , ni chancre. Ces ulcères ressemblent tellement aux chancres, que je suis convaincti que dans. beaucoup de cas on les traite comme tels, bien qu'ils n'aient rien de vénérien. Us diffèrent des chancres , en général, en ce qu'ils s'étendent b^ocoup n¥)ins loin et beaucoup moins rapidement ; ils ne sont point aussi douloureux ni aussi enflammés, ne présentent point la base indurée des ulcères vénériens, et ne produisent point de bubons. Cependant cas ulcères, quand ils sont très-graves et qu'ils attaquent une mauvaise constitution, )>euvent être pris pour des chancres bénins , ou pour des chancres qui se sont formés dans une bonne conistitution (*).

les yariétés da cbincre. Sealement , selon les indindns , cette deriation de la forme régulière est plus ou moins rapide.

Le pus fuumi par le chancre pbagédéniqae dlphtéritique » on serpigineux, inocale tout aussi bien les parties Toisines que celui fourni par le chancre induré ; et mieux encore , il reste plus longtemps inoculable : il n*en est pas de même du pus du cbaacre phagédéniqne gangreneux proprement dit.

Les bubons sont loin d'être rares à la suite des chancres phagédéniqncs diphtéritiques; rien de plus commun au contraire que de les voir affecter enx>mémesla forme phagédéoique pendant la durée, ou après la disparition des ulcères auxquels ils avaient succédé. Ce qui est vrai, cVst que les buboDs sont rares à la suite du chancre pliagédéaique gangreneux, et qu*il arrire assez souvent même qu*on les voit dispa« rattreou s'affaisser, lorsque déjà ils avaient commencé avant le développement de la gangrène.

Lorsqu'il arrive des symptômes secondaires à la suite des duncres phagédéniques, leur gravité n'est pas la consequence de celle de l'accident primitif: elle est uniquement due à la cause qui avait rendu grave l'accident primitif lui-même; et cette cause se trouve encore dans les couditions individuelles du malade, et non dans une difTé> rence ou une modification antérieure du virus.

Quand on se rappelle les principales variétés que peut offrir le chancre H les nuances infinies qu'il présente, ou sent le peu de valeur du diagnostic différeatiel absolu qu'a voulu établir M. Babington , et qui ne porte même , avec de grandes inexactitudes, que sur le chancre induré et le chancre phagédénique mal défini.

Dans les chancres phagédéniques le mercure souvent est plus nuisible qu'utile. Donné à des doses insignifiantes, ses effets sont illusoires. Los cas où il réussit sont' exceptionnels. Bu reste , il n'est pas de remèdes qui n'aient réussi et échoué dans le traitement des ulcères phagédéniques. Jusqu'à présent il n'existe aucune méthode absolue. La chose principale, pour la cure, est de trouver la cause qui donne cette marche défectueuse au virus syphilitique; et cette cause, si souvent liée an scorbnt, est fréquemment antipathique au mercure, qui redevient puissant quand il ne reste plus à combattre que l'accident syphilitique pur.

Faisons encore observer, comme le font déjà pressentir quelques-unes des assertions de Hunter, qu'on peut confondre avec les chancres phagédéniques des ulcères esthîomènes, cancroides, qui quelquefois succèdent à des ulcères syphilitiques ou surviennent après des antécédents dits suspects, ulcères qui ont été d'abord ou qui deviennent plus tard étrangers à la syphilis. Voir les notes des pages 419 et 44a.

P. RrcoRD.

(*) On lit ici, dans réditioo de Home : « J'ai vu plusieurs cas de celte espèce qui m'ont txtrêmemeut embarrassé. **

DU CHANCRE. 4Si

On doit s'en rapporter an peu au récit du malade; mais quand il y a du doute, c'est au temps à le dissiper. Tai vu les mêmes apparences après une gonorrbée, mais cela est plus rare, il Semble que le poi$^ vénérien laisse après lui une disposition à une ulceration différente de celle qui lui est piirticulière. J*ai vu un cas où ces ulcères s'ouvraient ré* gulièrement tous les deux mois.

Ces ulcères n'étant pas vénériens, leur traitement présente des diffi* oultés, car Tindiostion consiste plus à empêcher le retour des ulcères qu'à produire la cicatrisation de ceux qui existent.

Ils réclament une attention toute particulière; car s'ils ne sont point accompagnés de danger, ils sont souvent pénibles , parce qu'ils tiennent Fesprlt en suspens pendant un temps plus pu moins long.

J*ai essayé un grand nombre de moyens divers , mais avec peu do su6cès; cependant, ces ulcères inissent par se guérir. Dans le cas suivant, la lessive des savonniers a produit une guérison rapide*

Un homme fut atteint sur le prépuce de trois ulcères qui avaient la plus grande ressemblance avec des chancres bénins. N'étant pas fixé sur leur nature. J'attendis quelque temps, et je prescrtvisseulement des seins de propreté. Ces ulcères ne prenant pas une marche favorable , plusieurs moyens thérapeutiques furent essayés* On les pansa avec l'onguent merouriel ; mais ce topique produisait toujours une grande irritation, et l'on fut obligé de Tabandonner. Le mercure calciné fut prescrit oomme moy^i d'essai et afin de préserver la constitution; mais les ulcères restèrent dans le même état. On les cautérisa avec le nitrate d'argent, ce qui parut produire un meilleur efifot que tout ce qui avait été employé jusque-là, et pourtant, ils n'étaient pas cicatrisés au bout de cinq mois. Je prescrivis quarante gouttes de lessive des savonniers à prendre matin et soir dans une tasse de bouillon. Au bout de trois jours de l'emploi de ce moyen, le malade observa un changement remarquable dans les ulcères, et au bout de six jours, ceuxMîi étaient parfaitement cicatrisés. Il avait eu plusieurs fois antérieurement des ulcères semblables, qui toujours avaient été traités comme vénériens ; mais il commença à do«ter qu'ils Je fussent réellement quand il les vit se guérir si rapidement sous l'influence de la lessive des savonniers.

J'ai connu un homme qui pendant plusieurs années fut sujet à des ulcères de cette espèce, qui s'ouvraient et se cicatrisaient alternativement* Il prit des bains de mer pendant un mois ou deux , et sous cette influence les ulcères se guérirent définitivement (*).

(*) À part les ulcères de différente nature, tels que Therpès et rcczéma, qui peuvent survenir chez des indiyidus qui ont actuellemeut ou qui ont eu des accidents syphilitiques primitifs, les organes génitaux, ainsi que toutes les autres parties du corps, deviennent quelquefois plus tard le siège d'accidents secondaires, qui embar« rassent dans le diagnostic les gens peu versés dans la filiation des symptômes , parce quUlft les confondent alors avec Ici Sicciàcnts primiti/s , comme semble l'avoir souvent fait Wallace. P. RxcoRD.

Àfi DU CHANCRE.

^ ni. De répaississement et de Vindurakon des parties.

DaD6 quelques cas, les parties ne s'ulcèrent point, mais elles s'épaississent et deviennent dures et résistantes. Le gland et le prépuce semblent se tuméfier, et forment une tumeur ou excroissance qui naît de Textrémité de la verge sous la forme d*un chou-fleur. Cette excroissance, qui se montre extrêmement indolente dans toutes ses opérations , présente, quand on la divise, des rayons qui se dirigent de sa basé ou origine h sa surface externe. Cette affection , plutôt que celles qui précèdent, fait naître l'idée d'un cancer, car elle consiste principalemeot dans une substance de nouvelle formation. Quoi qu'il en soit , elle n'est pas toujours une conséquence de la maladie vénérienne, car je l'ai vue se former spontanément.

Cette maladie est constituée par une tumeur de nature tellement indolente , que je ne connais aucun médicament sur lequel on puisse compter le moins du monde pour en accomplir la guérison. Tai pratiqué l'amputation de ces tumeurs, et j'ai vu faire la même opération par d^autres chirurgiens, dans la pensée qu'elles étaient cancéreuses, et la plaie qui en est résultée s'est cicatrisée régulièrement.

Dans la phipart de ces cas , il faut enlever une portion considérable de la verge. Aussitôt après l'amputation, on introduit dans l'urètre une algalie de grosseur convenable. Sans cette précaution, il pourrait survenir des accidents très-pénibles. En effet, les premiers appareils de pansement adhèrent à l'orifice du canal par le moyen du sang extravasé, et s'opposent à l'écoulement de l'urine, ce qui doit entraîner des inconvénients faciles à prévoir. C'est ce qui est arrivé chez un malade dont j'ai amputé le verge (*).

§ IV. Des poireaux.

Une autre disposition que le poison vénérien développe dans les parties de la génération, c'est une disposition à former des excroissances ou tumeurs cutanées appelées poireaux. Cette disposition est plus intense dans les points qu'occupaient les chancres que partout ailleurs, et même ceux-ci se terminent souvent par un poireau. Peut-être les parties acquièren^elles cette disposition par le contact longtemps prolongé de la matière vénérienne , car elle se manifeste souvent après des gonorrhées qui ne s'étaient accompagnées d'aucun chancre; il est probable que cela

{*) Le chancre peut laisser i sa suite de l'œdème, et soovent de l'œdème dur sqnirrhoîde; des engorgements des vaisseaux lymphatiques Toisins, plus on moins limités en longueur, et olTraut des canaux qui deviennent souvent fistuleux; du tissu inodulaire; et surtout des indurations spécifiques. Mais il arrive quelquefois qu*un chancre devient végétant, fongueux, ou passe sur place à Tétat de tubercule muqueux arec plus ou moins dMiypertrophie. Ces tubercules peuvent être confondus, faute decon> naissances ou d'attention , arec de véritables végétations, ou, ce qui est plus fAcheux encore , avec le cancer. J'ai TU , par suite de ces erreurs, amputer quelques verges qu'on aurait sauvées en y regardant de plus près! P. Rico&D.

n'arrire que dans les cas où la matière vénérienne a feit naître Texcitation yénérierine sur le gland et sur le prépuce , et y a produit ce qu'on peut appeler une gonorrhée insensible.

Un poireau paraît être une excroissance de la peau ou une tumeur qui se forme sur elle ; d'où il résulte qu'il est recouvert par un épiderme qui , de même que tous les autres épidermes , est fort et dur ou mince et mou , exactement comme l'épiderme qui recouvre la partie sur laquelle rexcroissance s'est élevée. Ces productions sont rayorinées de la base à la circonférence. Les rayons se manifestent à la surface extérieure par des points ou des granulations qui ressemblent beaucoup à des granulations de bonne nature, excepté que ces petites saillies sont plus dures que les véritables granulations et s'élèvent au-dessus de la surface. Il semblerait que la surface sur laquelle chacune de ces excroissances se développe n'a de disposition qu'à en former une seule, car la surface environnante qui lui est continue ne participe pas à la même végétation. Ainsi , une fois qu'un poireau a commencé à se montrer, il ne s'accroît point par sa base , mais il s'élève de plus en plus. Les poireaux ont en eux-mêmes une puissance d'accroissement, car lorsqu'ils se sont élevés au-dessus de la surface de la peau , au niveau de laquelle ils ne peuvent pas s'étendre en largeur, ils se gonflent de manière à former un corps épais et arrondi qui devient de plus en plus inégal.

Cette structure les expose à être lésés par tout corps qui frotte contre eux , ce qui souvent les fait saigner abondamment et les rend trèsdouloureux.

Beaucoup de pathologistes pensent que ces excroissances ne sont pas seulement un effet consécutif du poison vénérien , mais qu'elles sont douées de la^disposition spécifique de ce poison ; en conséquence , ils les traitent par remploi du mercure, et Ion affirme que ce traitement réussit souvent. Je n'ai jamais observé cet effet favorable du mercure, bien que je l'aie administré à une dose qui aurait suffi pour guérir chez les mêmes malades des chancres récents et quelquefois même une syphilis constitutionnelle.

Ces végétations étant des excroissances qui émanent du corps, on ne doit pas les considérer comme une véritable partie de l'animal , ni comme étant douées des forces vitales naturelles ; ce qui fait que la guérison en est plus facile. Elles constituent si peu une véritable partie de l'économie, et elles sont tellement une production morbide, que plusiairs circonstances insignifiantes en amènent la destruction. Une inflammation qui s'allume dans les tissus naturels et sains autour d'un poireau y fait naître une disposition en vertu de laquelle il ^e détruit. Divers stimulants appliqués à la surface d'où naissent ces végétations les foi^ souvent périr. L'électricité y détermine une action qu'elles ne sont pas capables «de supporter; l'inflammation s'allume autour d'elles, et elles tombent.

D'après cette manière d'envisager les poireaux, il ne paraît pas qu'on doive toujours nécessairement avoir recours au bistouri et aux escarotiques, bien que ces moyens agissent plus rapidement que tout autre

dans beaucoup de eae, surtout si le pédicule est petit. Pour les poixtaos à pédicule étroit, une paire de ciseaux est le meilleur instrument. Lorsque le malade a une aversion insurmontable pour Tintrument tranchant ^ quel qu'il soit , on peut employer avec succès un fil de soie que Ton serre autour du pédicule. De quelque fiaanière qu'on ait séparé ces végétations , il est nécessaire , en général i de cautériser la surface qui constituait leur base. « .

Les escarotiques agissent sur les poireaux de deux manières, c'est-àdire, en frappant de mort une partie de Texcroissance et en produisant une stimulation dans la portion qui survit; de sorte qu'en renouvelant suffisamment les cautérisations , la totalité de l'excroissance se détruit assez rapidement , et qu'il est rarement nécessaire de cautériser jusqu'à la racine, parce que souvent la base ou racine se sépare d'ellemême et est éliminée. Cependant il n'en est pas toi^'ours ainsi; la racine du poireau ne se sépare pas toujours et elle peut se développer de nouveau. Dans de tels cas, il est nécessaire de cautériser plus loin même que la surface de la partie, afin de détruire la racine.

Tous les caustiques , comme la potasse caustique , ainsi que les sels métalliques, tels que le nitrate d'argent, le vitriol bleu, etc. , jouissent d'une force suffisante. Le vert*de-gris mêlé avec la poudre de feuilles de Sabine constitue un des meilleurs stimulants.

Après que ies^poireaux ont été, en apparence, suffisamment détruits, il arrive souvent qu'ils se développent de nouveau « non parce qu'on en a laissé une portion • mais parce qua la surface de la peau reste douée de la même disposition. U faut alors renouveler le même traitement, afin de détruire cette surface (*}.

(*} L« court pangrapbe de Hanter mr les poirtamx ett loin de âouier «ae idée exacte de toutes les venétés de Tégétatioiia qui ont été à tort ou à raison rapporté» à la syphilis.

Il ne s^agit souvent que de véritables verrues, dues à une maladie des follicules cutanés ou muqueux, que précèdent souvent de simples tannes. Dans ce cas, U sécrétion fournie par les follicules affectés devient de plus en plus concrète; tandis que les follicules eux-mêmes finissent par subir une sorte d'extroversion , et présentent un fond granulé d*où naissent des aspérités qui leur donnent quelque ressemblance avec let poireaux. Mais le plus fréquemment les végétations réputées Téoérienuos consistent dana un tissu épigénique de nouvelle formation, et qui tend ordinairement i croître. Ces végétations, dont la vascnlarité est plus on. moins régulière et qui jouissent, dans quelques oas, de beaucoup de sensibilité, sont tantôt aes&ilcs, tantôt pédiculées. Dans le premier cas, elles peuvent être plus ou moins nombreuse* et étendues, offrir uue surface granulée, plate ou convexe, plus ou moins rouge, et dont l'aspect rappelle assez souvent celui des fraises ou mieux encore des framboises, auxquelle^on les a comparées. Quand elles sout pédiculées, on voit, dune tige unique plus ou moins épaisse, partir des branches qui irradient en tous sens, et qui représentent assea bien le chou*fleur, lorsque, par leur siège, elles n^éprouvent pas de gène dans leur développement , Undis que dans des circonstances contraires , différemment comprimées et aplaties, elles peuvent affecter la forme de crête de coq. humides ^ friables, facilement saignantes, et baignées souvent par une sécrétion

$ V. De$ excoriations du gland et du prépuce^ U arrive très«>$ouyent que la surface du gland et la face interDe du prépuce s'excorient , deviennent es^trémement douloureuses , et qu'il

mnco-pumlente lorsqu'elles siègent sur des muqueuses recouvertes, elles deTienuest tècbes, dures et même cornées, sur les points du derme exposés à Tair.

Du reste, quelle que soit larartété à laquelle elles appartiennent , les vegetations ne aaistent pas toujours dans les mêmes circonstances ; très-souvent leur cause échappe^ Dans quelques eas cependant elles succèdeiit à des irritations ectëmatensos o« k«ipétiques. Ii*état de grossesse, la malpropreté dans les deux sexes penvent les produire. Les différentes variétés de la blennorrhagie semblent quelquefois présider i leur développement; tandis qu'on les voit dans d'autres circonstances être la con* séquence d'un chancre à la période de réparation vicieuse, ou le produit des tu* bercùles muqueux.

Les végétations ont pour siège la muqueuse balanique et préputiale, et bien souvent les environs du frein et Is rainure de la base du gland; t^ntrée de la vulve; les anfractuosités des caroncules myrdformes, qu*on prend souvent pour elles; les dilTé* rents points de Pétendue du vagin ; le eol et les cavités de l'utérus; Turètre erla par« tie inférieure du rectum dans les deux sexes; la langue , surtout à sa base, où lei papilles fongiformes les simulent quelquefois; le voile du palais, et plus particulièrement les bords de la luette; le larynx, où les a si bien décrites mon savant condiscjple M. Senu, de Genève; et enfin la peau dans différentes régions , et surtout aux environ* des organes génitaux et de l'anus.

Quant à la canse spéciale qui détermine et entMtient les végétations, oo ne saurait, d'après ce que j'ai dit autre part, la cbercher uniquement dans le virus syphilitique. Aussi leur distinction en primitires et secondaires n'a-t.eUe aucune valeur ; car elles sont toujours matériellement les menées, et ne sauraient, dans aucun cas, servir à dis* tinguer une infection locale d'une syphilis constitutionnelle. Il est faux qu'eUes soient contagieuses, comme quelques personnes l'ont avancé. On peut rencontrer des individus qui , ayant eu des rapports avec des personnes affectées de végétations, en pré* sentent ensuite , sans que cependant elles leur aient été communiquées. Dans ces cas, du reste fort rares, il n'y a certainement qu'une simple coïncidence et non un fait àm contagion, comme on en tronve de plus nombreux exemples pour la phthisie et le cancer.

Les végéutions ne sont ni la preuve d'une infection récente, ni celle de l'existence d'un empoisonnement généraL

Quand elles ont été précédées par des accidents vénériens primitifs, on par la sy# pbilis constitutionnelle , eUes semblent être une conséquence fortuite des irritations locales que ces conditions peuvent produire, mais non un effet spécifique, pnisquf d'autres causes peuvent les faire naître.

Les végétations peuvent être compliquées d'accidents vénériens primitifs on se* condaires, dans le lieu même qu'elles occupent ou â distance. IjOS complications les plus voisines sont la blennorrhagie, les chancres à la période de progrès ou de réparation, les chancres indurés, qui peuvent encore leur servir de base^ les tubercules muqueux, etc. Elles déterminent souvent, ou tout au moins entretiennent d%ns beaucoup de cas, des écoulements blennorrholdcs, gênent quelques fonctions, et peuvent donner lieu à des accidents plus ou moins graves, selon les sièges que j'ai énumérés plus haut.

Leur diagnostic est ordinairement facile, et il faut être bien peu attentif pour les confondre avec les tissus normaux de quelques régions, ou , par une erreur plus commtme , avec les tumeurs condylomateuses dues à une hypertrophie des tissus , sans

47e DU CHANCRE.

s*y forme du pus. Daos ces cas, le prépuce s*épaissit souvent un peu « et même se contracte quelquefois à son orifice. Ces deux circonstances en rendent le renversement difGcile et douloureux. Il n'est pas certain que cette maladie dépende jamais d'une cause vénérienne, car elle s'observe souvent chez des personnes qui n'ont jamais eu aucune affection de cette nature.

Cette maladie'a son siège dans le derme, qui, sous l'influence de cette disposition , n'a pas la faculté de former un épiderme normal ; elle ressemble à la gonorrhée de cette partie, mais elle n'est pas vénérienne.

Une solution de plomb dans laquelle on plonge la partie malade après avoir renversé le prépuce, fait souvent cesser l'irritation, et il se forme un bon épiderme. L'alcool étendu produit souvent le même effet. L'onguent citrin de la pharmacopée d'Edimbourg , mêlé à partie égale d'axonge afin d'en diminuer la force, est souvent extrêmement utile dans ces cas. Mais il arrive quelquefois que toutes les applications échouent, et alors j'ai réussi à obtenir la guérison en prescrivant au malade de conserver le gland découvert, ce qui faisait naître le stimulus de nécessité pour la formation d'un épiderme naturel.

productions épigéaiqnes, comme dans quelques pbques muqueuses, et surtout dans les tubercules de» rayons de Tanus. Souvent, dcTeloppées dans des proportions énormes et incarcérées dans un prépuce étroit, elles coraprimeut et atrophient le glaud, ou contractent des adhérences arec le prépuce. Là, elles s'indurent dans un point, se ramollissent dans un autre, et, gênées dans leur circulation, elles se frappent de gangrène, fournissent des suppurations fétides et ichorenscs, et peuvent être prises pour des dégénérescences dues au cancer. Ces erreurs ont pu être encore plus faciles dans quelques circonstances où , indépendamment de la déformation des parties par leur grand développement et d'abondantes suppurations, elles déterminaient une pftiecr souvent analogue ii la teinte paille de la cachexie cancéreuse.

Quant au pronostic desvégéutious, s'il peut être grave, ce n'est januds qu'en rai- •ou de circonstances accessoires.

Sous le point de rue de leur traitement, je suis tout à fait de Tavis de Hunter. Les traitements généraux : mercure, or, sudorifiques, etc., ne semblent avoir sur elles aucune influence. Elles continuent fréquemment à croître, pendant qu'on les traite; disparaissent ou tombent quand on ne fait plus rien, et sans qu'où saisl&so toujonm la raison de leur persistance ou de lenr disparition.

Lorsqu'on a cru réussir par les mcrcuriaux ou par d'autres méthodes générales, c^est qu'on avait affaire à des tubercules mnquenx, à des tumeurs condylomateuses, on à des chancres indurés qui servaient de base aux végétations. Mous ne sommes plus au temps où Fabre et quelques autres syphilographes, aurifiants ou mcrcurialistes, disaient, après avoir administré un traitement général, que le viru^ était détruit, bien que la végétation pcrsistit encore ou eût même pris de raccroisscment. Aujourd'hui, le traitement rationnel doit consister à combattre les complications quelles qu'elles soient, quand elles existent réellement ^ ci z traiter les végétations commcfaccident local , par des moyens locaux auxquels la science, il faut le dire, a fort peu ajouté depuis Hunter, si ce n'est le nitrate acide liquide de mercure, comme Caustique «ssez puissant, et les effets douteux de la solution concentrée d'opium.

P. RlCORD.

Page 1