CHAPITRE V
DES MOYENS DE PRÉVENIR tA SYPHILIS.
Comine il ne Êiut pas seulement guérir les maladies, mais encore » quand cela se peut, les prévenir, je crois devoir indiquer quels sont, dans Tétat actuel de nos connaissances, les moyens de prévenir ta syphiHs. Ici , en effet , on peut s'opposer à Tinfection avec plus de certitude que dans beaucoup d'autres cas, puisqu'on en connaît Porigine.
Les moyens prophylactiques de la syphilis sont des applications préalables ou immédiates, qui peuvent être divisées en plusieurs espèces : lo celles qui empêchent ta matière vénérienne de venir en contact aveo les parties; U"* celles qui l'emportent par le lavage avant qu'elle ait eu le temps de produire sa stimulation ; et 3° celles qui agissent chimiquement et détruisent le poison.
Les corps gras étendus sur une partie sèche s'attachent à elle et empéclieRt toute substance aqueuse de venir en contact avec elle; or, \e poison rené' rien étant mêlé avec un liquide aqueux , il ne peut plus toucher la partie ainsi enduite.
Tout corps qui peut se mêler avec la matière vénérienne et l'emporter de dessus la partie sur laquelle elle a été appliquée, peut agir comme moyen prophylactique. L'alcali caustique est ce qui convient le mieux pour atteindre ce but : il s'unit avec le pus pour former un savon , et ensuite il est facilement enlevé par le lavage.
Il est possible que cette union arec ralcali détruise le poison^ H faat que l'alcali soit très-étendu ; sans cette précaution il produirait des exco*^ riations.
L'eau de chaux peut constituer un bon topique pour faire des lotions.
En mettant en pratique à la fois ces deux derniers moyens , on aurait un motif encore plus puissant de sécurité.
On a vu le sublimé corrosif dissous dans l'eau , à la dose d'un à deux grains pour huit onces d'eau, empêcher Tinfection syphilitique (^}.
(*}T1 faat non-nealcment s*occilper de guérir les maladies, comme le dit Hnoterr mais il faut encore, par tous les rooyeus possibles, chercher à les prévenir. Sous ce dernier point de Tue, U nVst pcnt-étre pas d*affection dont la prophylaxie ait été le sujet de plus de recherches consciencieuses, et surtout Poccasion de plus de spéculations. Cependant, tandis que le charlatanisme éhonté a proclamé des moyens inefficaces ou dangereux, la pudeur mal entendue, une morale timide ou des préjugés religieux, oat souvent retardé les progrès de l'art. Et pourtant si Jenner s^est rendu k jamais célèbre par la décoayerte delà yaccine, comme aïoyeo prophylactique de le
Mi &YFHILI8 GOtmiTUTIOlflilUiE.
▼ariole, celui qui, d*une manière aaiû absolue, prériendrait la sjphilif, avait àa droits à rimmortalité. Mais en attendant la découverte d*un préservatif certain, que U connaissance rigoureuse de la cause spécifique de la syphilis rend plus que proboUe, examinons, avec toute la gravité qu'exige un sujet aussi délicat, les mojens qoeTart possède de se mettre à Tabri des maux vénériens.
En général, lorsqu'il s'est agi de prévenir le développement des maladies qnt nons occupent ici, on n'a fait aucune distiactien préfiUbW et on n'a tenu aucun compte des conditions différentes dans lesquelles pouvaient se trouver les individus. Pour arriver i quelque chose de plus positif ou au moins de plus rationnel , il est absolument nécessaire do les divisée en trois catégories : i** les itidfvidus déjà malades et qui penvest ainsi communiquer le mal ; i" ceux qui , bien portanU , s'expoaent à le contracter; i* kt enianu lora ie la caadeptio«, ptodiM U geHMioii, «t ■• «o«mhI U la ipiMai^ot.
I* Dés inJifvi4us ii^ectês^ — Si lea paasiovs qe I'treppp^iy^at p»a le plva aMiraot aorii conscience du bien , si les pulades pouvaient se convaincre qu'il n'est peut-être |af d'acte plus coupable que de transmettre une maladie dont les conséquences sont li graves, et qui frappe non-seulement l'individu qu*on a compromis, mais qui travene encore des générations, une réserve consciencieuse et une séquestration volontaire jnqu^à Tentièrepurification éteindraient à jamais la syphilis. Mais, soit insouciance, soit légèreté impardonnalAe, ou iguorance, les individus malades ne s^abâtîeanent des rap> p#Ha qui peuvent tnnameltre le mal que lorsque la douleur l'emporte aur le plaisir. Aaaai, et d'après les considérations qui préoèdeal, lea femmea 8o«»-«llea plus dan|^ reuses que les hommes, et il est bien plus commun de trouver une feaiae q<d a iafeolf fH gmmé. Bombrt d'hemmes, qu'un méoie homme qui a infecté pluaieurs fensmes. . Quoi qu'il en soit, dans uu pays où l'hygiène publique serait régie par des k>is«b> 9olaes, il «mporterùt plus d'établir des lajuirets pour la vérole» si commune et si dcnaçantè à chaque pas, que pour la peste et la fièvre jaune, bien plus douteuses dsas leuf transmission. Je sais bien qu'aujourd'hui le frein religieux qui retenait les juifs n'est plus de notre époque ; que le bourg Saint-Germain des Prés , cette autre bastille dei ▼éfolés, né peut être reconstruit; que la tonsure de certaines peuplades del'AbyniBie Réparerait trop de tètes; et que, ai la peur du mal et la douleur quil détermine u'arrèlèmt pas, Paaeien fiMiet des pe^tts-maisoos de Bicétre resterait tewt ansai impaissiat. On en est donc réduit aujourd'hui à prévenir les malades sur leur état» et à n^vifr ^Mlàorn réellenieatQoaraitive que tor les filles publiques t lenuDft qui font métier toléra de la proa^itnlloii.
£n général, il est facile de s'assurer si un homme est malade, les parties, sié^e ordini4re des accidents primitifs » pouvant être plus aisémeut et plus complètement inspectées; mais pour la femme, il o'en est pas toujours de même; et si, comme le faisait « spirituellement remarquer Michel Cullerier, on peut reconnaître souvent les cas où nne fenune est malade , qui peut jamais affirmer qu'elle ne Test pas , surtout lorsqu'on se Gtmtente; comme de sou temps, d'un examen extérieur?
Aussi, «'il importe ches un homme qui -vient vous demander «'il peut oomi^Btliqast du mal, d'exaipiner avec le plus graqd soin tous les points susceptibles d'être infectés, et de s'abstenir de jugement absolu dans les cas douteux, lorsque, par exemple, parsnite aun phimosis le gland ne peut pas être complètement mis à découvert, il est absolument impossible de formuler une opiuion raisonnable sur l'état d'une femme, s^ns un exanm rigoureux au spéculum, les parties profondes du vagin et Futérus pouvant être le ùif;t d'un mal que rien ne trahit au dehors.
Sous le point de vue des maladies possibles à transmettre, les visites des personnes QUI sont dans le cas de devenir des foyers d'infection doivent être faites dans les deux ou trois jours qui Suivent l'époque où elles se lont exposées, mes redierehes tor Ilno-
SVPBILIS CX)NSÎTÏtmONNELl^. é43*
rublioa aHlieieUe m'njant appris qo*«lor« des accidents saso^ptiblw d'être eotnamniqoés araient déjà pu so développer. Oo comprendra, d*après ce qtii précède, le pea d« séenrHé que doivent donner les visites qu'on tkh sabir aax Mes pabHqdes, et qui o«l lieu tous les b«it jours pour celles qni sont réunies dans des lieux de prostitndoo, et Ions les mots pour celles qui vivent isolément.
Quant eux «cddcnts qui pourraient exister chex nn individu qui vient demander s^« sDtit de netnre contagieuse, et si des rapports sexneb quetqoe/ois obligés lui sont perlifis, il est souvent difficile de traucher la question. Nous savons bien que le cbancre à' la période de progrès est le seul symptôme syphilitique transmissible par voie dHflOM onlation; tnats luins l*expérimentatioB préalable, est-il toujours facile de bien distingoer Tulcère sypIiiKtiqne privilif d'autres ulcérations étrangères à k sypbilie, on de cellef qui appartiennent à ses formes secondaires? Non sans doute; et alors il est oécessairO <^e défendre tént rapport, lorsque le ]>lai léger sonpçitn peut rester dans l'esprit. Bdikia s^U Aint se tenir <|ans itne sage réserve, il n'est p*s besoin de tomber dans les exagéra* tiens de qèekpies spéculateurs anciens et modetnes et d^éerivaitis par trop tinorév.' Ainsi, peur la- btennorrfaagie, comme je l*ai dH dans d'autres parties de ees notes, tant que la matière de Vécoulement est purulente, défendez les rapports; mais dès qn^eUc n*est pins qne tnuqaettse , et k pins forte raison lorsqu'il ne s'agit plus que de ces fits otf fiocons que charrie Purine, on de ees gouttes fiantes , lactescentes on caiflebottées, <pâ oônstitneot le suintement habituel du matin ou la goutte militaire du vnlgaire, empé*' dier les rapports sexuels, ce serait condamner au célibat absolu une bonne partie àë bi population. Ce n*est pas, sans doute, le lendemain de la eessation dNin écoulement ptirulent qu'on peut affirmer qu'il n'y a plus de danger de le communiquer, ni lorsqu'un écoulemenf mnqneux redevient pnrifbnne ; mais , à part ces cas , le suintement muqueux n'est plus contagieux. Â l'autorité de Bell, je pourrais ajouter des milliers d*observationa* et, entre antres, celle dhtn spédalfste distingué, marié depuis nombre d'années , et a^qéel j*ai souvent entendu dire que lui-même était dans ce cas. Du reste, si on ne per* mettait le mariage on les rapports sexuels i l'homme que dans les circonstances de sécheresse absolue du canal , je ne vois pas pourquoi on n'exigerait pas les mêmes eonditions prophylactiques de la part de la femme; et, dans ce cas*, combien en trouve* rait-on qui les présentassent rigoureusement? Ce ne serait certainement pas le pluf grand nombre. Bans les observations qu'on . cfite comme contraires à Toplnion que j'émets iri, ou on a été plus crédule qne l'expérience jouraaliere ne me permet de Fétre, on on s'est trompé sur la nature présumée dès écoulements, la limite entre la Mennorrbagie et les inflammations catarrhales des organes génitaux n'étant pas dioae toujours fiicile à établir pour des gens positifs. 7e puis affirmer, sans crainte d'être contredit, que les femmes donnent cent fob pins de chaudepisses ^n'on ne leur en Communique. ^
Quoi qu'il en soit, 'en foit de prophylaxie, il fkut mettre en première ligne tons les moyens de traitement qui, ea éteignant les foyers du mal, en empêchent la propagadon. Sous ce rapport, les remèdes les plus prompts & faire disparaître tes symptâmet ^ntagieux doivent être préférés , en dépit des vieilles doctrines, qui heureusement s'écroulent de toutes parts, et que le replâtrage de quelques auteurs rétrogrades ne saurait eoutenir.
Quand une personne craint d'être malade , on qu'à pins forte raison elle a quelque symptôme suspect, qu'elle ne veut pas s'abstenir des rapports, ou quVUe s*y trouve quelquefois forcée, il faut qu'elle ait recours au plus grand soin de propreté. Des lo*' âons doivent être exactement faites sur toutes les parties accessibles, et des injections dans celles qui sont plus profondément placées. Chez les filles publiques , cela est ab« aolument indispensable, lorsqu'on sait que, sans être elles-mêmes malades, elles peuvent conserrer, pendant nn certain temps, des mattèréa conu^euses dans les organes génl-
U4 STPHIUS GON^mrUTIONlfELLE.
taux. En géji^l, m les femmes étaieot plas propres, les maladies TénérieBaes, dms leur ensemble, seraient moins communes.
Pour la personne 4|«i peut transmettre U maladie , les lotûms avee les chlorures, k saTcm, les alcalis, les acides étendus, Tacétate de plomb, Talun, le TÎa, et eaia tout ce qui, en nettoyant les surfaces , peut encore altérer chimiquement le pus eoa* tagienx , pourra prévenir Tinfection. J*ai eonnn plusieurs élèves en médeciae np^ avaient en de fréquents rapports avec des femmes affectées de chancres, immédiste- Bent après les avoir cautérisés arec le nitrate d*argent, et qui n'avaient jamais liea contracté.
1* J)€s individus qui sUxposeiU k Vinfe^ot^ — Quant aux personnes qû s'exposcat, les ntoyens prophylactiques ne sauraient être les mêmes avant, pendant et après Tade Ténérien.
Avant Tacte , nn examen scrupuleux des parties devrait donner la certitude qn*il B*cxiste actuellement aucune solution de continuité. Ici les soins de propreté, surloat les lotions alcalines ou savonneuses, sont nuisibles, et exposent , en mettant a an éa surfaces que garantissaient le smegma on des mucosités. Mais si des lotions de ce genre sont peu rationnelles , il n*en est pas de même de celles qui , faites longtesqw • Favance, ont agi comme astringentes ou propres à donn^ du ton on de la force sas tissus , sans cependant leur communiquer trop de rigidité. Cest ainsi que des lolioas ^bituelles , comme moyens de toilette, avec des solutions d*acétate de plomb, d^alaa, de vin et de tannin, parviennent à garantir quelques personnes jusque-là foolasi a*infecter. Au moment du coït, les corps gras peuvent souvent mettre à rabri de Tiaf Cection ; et les chirurgiens qui ont à porter les doigts sur des parties malades avw k** quelles ils doivent rester dans un contact assea prolongé, dans certaines opératiom, ne devraient jamais négliger cette précaution.
De tous les moyens prophylactiques , celui qui semble promettre la garantie la ploi BMtérielle , c>st le coudom , que la morale repousse sans doute , mais que la néeesiité tolère quelquefob. Cependant il faut bien se garder d*accorder au condom une eoafiance aveugle ; vraie cuirasse contre le plaisir, comme l'a dit une femme illustre, c*cit une toile d'araignée contre le danger; fréquemment, en effet, il se déchire ; d'autres Cois, son tissu reste perméable ; on bien, ayant préalablement servi, il a été mal lavé; enfin, dans les cas où il est de bonne qualité et reste intègre, il ne garantit réeUeneat qn*une partie des organes génitaux.
Pendant Facte , certaines précautions ne sont pas indifférentes. C'est ainsi que la rapports ne doivent pas être prolongés volontairement , comme le disaitsi bien Ilicolis Massa , dans son chapitre sixième. De animi passiome et coitu : « Si ^fero fuis cmm wficta mmliere coire voluerit, quodfatuum est» non moretur in coitu» » et qu'il est nécessaire que réjaculation s'effectue. Il est incontestable que c'est dans le temps qui précède l'émission du q>erme que Pinfection nrétrale se fait, et que, dans les circonstanetf heureuses où elle n'a pas lien , le passage brusque et rapide de ce fluide qui entratas ayec lui les matières contagieuses qui auraient pu s'introduire dans l'urètre, est une des conditions favorables qui s'y opposent le plus. C'est dans ce sens qne l'émissioa de Turioe , après le coit, offre tant d'avantages.
Cependant c'est surtout après l'acte, qu'on n'a pas toujours pu prévoir, qu'il favt recourir aux soins de la propreté la plus minutieuse ; explorer chaque repli des tiisas exposés; pratiquer des lotions répétées, soit alcalines, soit savonneuses, mais miens encore avec des chlorures étendus, de manière à décomposer les matières morbifiques dont on pourrait être souillé , sans cependant déterminer de Tirntation artifi* cielle. Enfin toute solution de continuité, quelle qu'elle soit, devra être bumédiati' ment cautérisée. Ce précepte est tellement important, que je voudrais qu'il fûtaffidié dans tous les lieux où on peut courir des daugers.
SYPHILIS COIfSTlTUTIOIfNELLE. 646
V De la prophylaxie par rapport aux enfants , lors de la conception , pendant la gestation, et au moment de la naissance. — D*aprèt ce que j*«t dit antre pert, Texittence ectuelle de tout accident primitif ne doone pas lien, dans tons les cas, à ria» lection syphilitique constitutionnelle, et partant, la crainte de transmettre la s jphUts par hérédité. La blennorrhagie , par exemple, telle que nous la comprenons, c'est-àdire , les écoulements qui ne sont pas la conséquence d*un chancre larré , n'ont aucune influence sur la génération^ Quant aux ulcères primitifs,, aux chancres, les parents penrent en être infectés au moment de la conception , sans que Tenfant ait la syphilis; à moins que, pendant la gestation , ils ne donnent lien , cbes la mère , à des accidenta secondaires.
Sons le point de Tue de la prophylaxie appliquée aux enfants, les chances de la conception derraient être ahsolument défendues, toutes les fois qu'il existe des accidenu constitutionnels , ou que la nature des accidents primitifs les rend probables. Il ffut, sons ce rapport, peusser plus loin la réserve, et s'aasnrer autant qn*on le pent par les antécédente, sh, en Tabsenee de tout symptôme appréeiable, les parents ne sont pas sous rinflnence de la diathèse syphilitique ; circonstance dans laquelle ils peuTcnt donner naissance à des enfants véroles , jusqu'à ce qu'un traitement bien fait vienne mettre ceux-ci à l'abri de l'infection. A plus forte raison , lorsque, pendant la grossesae . la mère est affectée de symptômes syphilitiques primitifs de nature à donner Ken à des accidents secondaires, ou que ceux-4.>i existent déjà, il faut se hâter de les combattre; et, loin de regarder la grossesse comme une contre -indication au traite* ment, on doit être bien convaincu qu'il prévient le plus souvent le mal chea l'enlant, et empêche , quand il est sagement administré, les avortements si fréquents que détermine la syphilis.
Lorsque des symptômes primitifs ont été contractés par la mère pen de temps avant racconchement, l'enfant pouvant les contracter au passage, il faut se conduire, à son égard , comme dans le cas où nue personne vient actuellement de s'exposer à un con- Uct impnr. p. Ricoao.