IV* IX
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ira sur le mont Gilead. Je le vois à la porte de. sa tente , le cœur plein de ce courage calme que donne l'innocence opprimée^ il reproche à son beau-père la cruauté avec laquelle il l'a traité.
« J'ai demeuré avec vous vingt ans , vos « brebis nont pas avorté^ et je.n'ai pas mangé <i les béliers de votre troupeau^ et celles qui ce ont été déchirées par les bétes^ je ne vous « les ai pas apportées : ah! si j'ai péché^ je u porte bien la peine de mes fautes. Vous m'ac< vez compté ce qu'on me volait pendant le M jour et pendant la nuit. Le jour j'étais brûlé c< par le soleil , la nuit j'étais consumé par la « gelée; le sommeil fuyait de mes yeux. C'est c( ainsi que j'ai passé vingt ans dans votre mai- « son^ je vous ai servi quatorze ans pour vos « filles, et. six pour votre troupeau^ et vous « avez cent fois changé mes gages. »
A peine se fut-il consolé de tous ces maux , que la mauvaise conduite et les crimes de ses fils blessèrent mortellement son cœur. Ruben fut un incestueux, Juda un adultère^ sa fille Dina fut déshonorée ; Simon et Lévi se déshonorèrent eux-mêmes parleur trahison^ deux de ses petits-fils furent frappés de mort subite; Raclio), son épouse chérie, périt dans une cir-
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constance qni envenima sa perte; son fils Joseph^ ce jeune homme d'une si belle espérance^ fut séparé de lui par Fenvie de ses frères; enfin^ il fut traîne lui-même par la fà<« mine clie^ les Égyptiens^ dans son vieil âge; il alla mourir chez un peuple qui tenait pour abominable de manger son pain avec lui. Mal* heureux patriarche! ah! tu devais bien dirç que tes jours aidaient été bien courts et bien tristes* Pharaon ne te demandait que ton âge^ mais pouvais-tu jeter un regard sur les jours de ton pèlerinage sans songer aux peines qui l'avaient accompagné. Gç qu'il y a de plus dans sa réponse > est le regorgement d'un coeur qui saigne gu souvenir de se» malheurs.
L'esprit ne peut pas supporter les maux qui nous sont préparés par les autres j quant à ceux que nous nous préparons nous- mêmes i nous ne mangeons que le fruit que nos mains ont planté et arrosé : une fortune , une réputation ébranlées, quand nous avons eu la satisfactioii de les ébrafiler y passent naturellement en habitude ; et le plaisir qu'a eu le malheureux sauve quelqM^fois au spectateur l'embarras de la pitié; mais les malheurs comme ceux de Jacob , qui ont été accumulés sur nous par des mains dont nous faisions notre appui ^ Fa varice
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d'un parent, Tingratitude d*un ami, celle d'un fils, laissent à jamais une cicatrice; bien plus, ils sont suspendus sur la tête de tous les hom* mes, et peuvent tomber à chaque instant sur eux. Chaque spectateur a un intérêt dans la pièce , mais quelquefois aussi nous ne nous intéressons qu'à proportion que les incidens éveillent nos passions, et l'instruction ne pénètre pas bien profondément; nous ne réalisons rien alors; contens de soupirer et de pleurer un instant, nous avons d'abord essujé quelques larmes : là finit l'histoire de la miser* des autres, et sa morale avec elle.
Tachons d'en faire un meilleur usage , et commençons par la première impulsion que le malheur donna à la roue de la vie de Jacob.
Ce fut l'affection partiale d'une mère , son affection injuste , n'importe de quel terme nous la distinguions; cette affection par laquelle Rebecca enfonça une dague dans le cœur d'Esaû, et l'horreur éternelle qui en resta dans le sien j quand elle frémissait de vivre assez longtemps pour être privée de ses deux fils. Rapportez-vous en à moi , mes chers frères, quand cette balance d'amour et de bienveillance, dont les enfans regardent entre les mains de leurs parens l'équilibre comme un droit de la nature,
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pênehe et tombé y alors la douleur se plonge dans le cœur, te Le fils n'est plus d'accord avec « son père ^ la fille avec sa mèrey et la belle- « fille avec sa belle- mère; les. emiemis d'un ic homme sont alors dans sa famille. »
Ah ! combien était sage et juste cette ordonmince dé Mû'ise sor I4 police domestique I « Si « un homme a deux femiaes, une aimée et « l'autre hâïe^ et qu'elles lui aient donné cha* u cune un fils^ et que celui de la femme liaïe « soit le premier né y il ne pourra pas donner « lé droit de primogénitnre et son héritage au c< fils de la femme aimée ; mais il sera' obligé de c< reconnaître pour premier né Venfant de la u femme haïe ^ et de lui donner une double « portion de tout ce qu'il a.»
C'est ainsi que ce- législateur obviait à ce mal ; et c'en est un bien grand : il dérobe le cœur des patens sous le masque* de l'afiection y il les courtise sous une forme si agréable , que xxûUe ont été trahis par les mêmes vertus qui auraient dû les préserver de la trahison. La nature leur dit qu'il ne peut y avoir d'erreur du côté de la tendresse ; mais nous oublions que y quand la nature plaide la cause d'un enfant^ elle parle pour tou», et pourquoi fermons-nous l'oreiiUe à sa.voix? Salbmon dit que l'oppression
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fait d'un sage un homme sot; qde fera*t--eile donc d'une ame tendre et ingénue qui se voit négligée? Trop pkine de respecienvers L'auteur de l'injustice pour. s'en plaindre^ eUesetait, pensive^ accaUée par le décodrageisient. Cet enfant malheureux oublie tcfus les moyens de plaire; il est né pour voir les autres chargés de caresses; le- voilà dans un coin' retiré de sa maison^ nourrissant son cœut* de lak*mes; ses esprits succombent sous le poids que sa petite portion de courage ne peut pas secouer^ il se flétrit^ il meurt, triste victîin» du caprice!
Je me trouve amené ^ sans l'avoir prévu ^ vers une réflexion sur la conduiie^ de Jàoofa enviers son fils Joseph. Ce patriarche n'écouta: pas la leçon de sa^^esse que les malheofs de sa &miUe lui avaient apprise : ses yeux cependant avaient été témoins d'assez de chagrins pour les tranamettre à sa mémoire ; il tomba dans le m^me excès d'affection pour cet enfant de Rebecca^ « Israël^ nous dit l'esprit saint ^ aimait mieux « Joseph que ses autres fils : c'était l'enfitot de « son vieil âge , et il lui fit un habit de plusieurs (c couleurs, n O Israël I où était cet esprit pro-* phétique qui te faisait percer dans les siédea iaturs , et par lequel tu annonçais à chaque tribu sa destinée? où étaitHS? ne devait*il pas
t'aidera voir cette tunique de couleurs diverses ^ teinte aussi de sang? Pourquoi ces tendres émotions que ton cœur devait ressentir^ e'taif^ntelles cachées à tes regards? Pourquoi tout nous est- il caclié? Sans doute le ciel n'a voulu nous départir de sa lumière qu'autant qu'il en faut à la vertu pour nîériter sa récompense.
Accorde-moi, Dieu bienfaisant^ de sfuivrè gaiement le chemin que tu m'as tracé. Je ne souhaite pas qu'il soit plus large et moins rude : conserve la faible lumière du pâle flambeau que tu as mis dans ma main, je ramperai Sept lois par jour sur mes getiouSL pour découvrir le meilleur sentier; à la fin de mon voyage je nie confierai entièrement à toi, la fontaine de lies se y et je chanterai des hymnes dé joie {Pendant mon pèlerinage.
Nous arrivons à un évéttèment bien intéres* sant de la vie de Jacob , quand on lui imposé une femme qu'il n'avait ni marchandée^ tll aimée. « Il voulut regarder le matin, c'était ce Léa, et il dit à Laban, qu'avez-vous fait de « Hioi? ne vons ai-je pas servi pour Hachel?
« vous m'avez donc trompé ? »
Les impositions conjugales ne sont plus susceptibles d'une pareille erreur; mais la moralité de cette anecdote est encore d'usage. L'abus et
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*les plaintes de Jacob seront toujours répètes tant que Fart et la ruse voudront tranaer le lieo du mariage.
Parcourez Tbistoire de tous ceux qui ont été trompés y ramassez leurs plaintes^ écoutez leurs rcprocbes mutuck^ sur quel point cardinal roulent-ils? Ils se sont mépris dans la personne. La première querelle domestique retentit des mots de déguisement soit du corps soit de Tesprit.
Le plus bel ornement des femmes , le seul peut-être qui subjugue le cœur^ F ornement de la tranquillité et de la douceur de fes^ prit, tombe tout à coup. N'est-^e pas pour Rachel que je vous ai servi? Pourquoi mapez'vous trompé?
Ail! sojez plus honnête, et moins secret. Ne cachez rien^ ne vernissez riea: si ces traits de la vérité ne peuvent pas vaincre^ il vaut mieux ne pas conquérir que de cooquéiir pour un jour. Quand la nuit sera passée , ce sera la même chose: elle passa, vojez^ c était Léa.
Si le cœur se trompe dans^ou choix , et si
Timagination enfante des merveilles qui ne
furent jamais le partage de la chair et du sang,
quand le. songe a disparu , et que nous nous
* éveillons le matin ^ peu importe que ce soit
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Racliel ou Lca ; peu importe que Tobjet réunisse toutes les perfections qui appartiennent à la terre ; il tombera du baut de ces nuages que l'entbousiasme a configurés.
Que l'homme dans t|ne pareille circonstance
ne s'ëcrie donc pas avec Jacob : Quavez^vous
fait de moi? C'est lui qui a tout fait. Qu'il
n'accuse que la chaleur et l'indiscrétion poétir-
que de son amour.
Je ne sais si je dois faire mention, d'une autre singularité dans la vie du patriarche ^ de l'injure qu'il reçut de Laban. C'était le même tort qu'il avait eu envers son père Isaac^ quand les inCrmi^tés de la vieillesse l'empêchèrent de distinguer un de ses fils de l'autre : Es-tu mon filsEsaul Et il di^, je le suis. Je doute que la vivacité de Léa fut mise à cette épreuve; mais le même stratagème leur coûta les mêmes larmes } ^: il est difficile de juger si les peines de l'amour malheureux furent un châtiment aussi cruel dans le cœur de l'un de ses frères, que les inquiétudes de l'ambition trompée et de la vengeance dans celui de Tautre.
Je ne vois point comment l'honneur de Die« est intéressé à nous rendre le mal pour le mal , et pourquoi un honmie doit tomber dans le fossé qu*U a creusé pour un autre* C'est aa
temps et au hasard à tramer les évënemens ; et il ne manquait à Jaeob que d'avoir été un méchant homme , pour servir de texte et d'exemple à une pareille doctrine. CTest assez pour nous de savoir que le meilleur moyen d'éviter le mal^ est de ne pas le commettre. Le monde quelquefois en ordonne autrement : dérobons aux hommes irréligieux le triomphe de leurs recherches.
Je ne puis finir ce discours sans revenir à sa première partie^ aux plaintes de Jacob sur la courte durée et les malheurs de ses jourâ. Que je la rapproche de vous par quelques réflexions.
Il est étrange que cette vie nous paroisse si courte en général^ et que dans ses détails elle soit si longue. Le malheur^ me dîrez-vous , en est la cause. Exceptons^le y et vous trouverez encore que^ quoique nous nous plaignons de sa brièveté , plusieurs hommes sont si embarrassés de leurs jours, qtiHls vont continuellement errans dans les grands cb^mins et dans les cités , pour chei*cher des 'convives qui les en délivrent. S^en débarrasser avec adresse a^est pas un des moindres arts de la vie «léme; ceux qui ne peuvetit y réussir en portent les marques honteuses , - et telles que les faillites devraient les porter toujpurs. Quelque insau-
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cians que nous soyons ^ nous n'aui'ons pas toujours le pouvoir et la volonté de calculer ainsi. Quand le sang se refroidira , et que les esprits ^ui nous ont fait perdre tant de jours avant de nous avoir permis de les compter ^ commencent à se retirer^ la sagesse appuie sa main sut notre cœur j les afflictions et le lit de doufeur trouvent une heure pour nous persuader : s'ils nous manquent ^ la vieillesse né nous manquera pas ^ et la voilà âevant d'une main tremblante le sablier devant nos yeux presque éteints.
Chi*étiens , mes frèi>es , chrétiens inconsidérés / n'attendez pas jusquc-lÀ. Examinez vo^ tre vie d^s aujourd'hui y reigardez den^ièrc vous^ voyez cette ère stiscf^ptible de méditations célestes , écrite à la hâte sut le sable et eflbcce
Je manque de pavolfs pour dird avec quoi...
Je ne pense qu'aux réflexion^ avec IciiquellcB vous vous sQpporteree vouB^m^mes au dédin d'une vie ai misérablement ptodiguée ^ ^% nr^ rive que vous soyez paresseux à la»ttnaiémf heure ^ et que vous ayez tout l'ouvrage du jour à faire, quand la nuit anrivËia , et qu'on m pouria plus travailler. ' . .
Quant aux malheur^ dâs jours de ce l^éleri-^ nage >. là apécuIatioti.ei.le3' f^âta Semblent va*«
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ricr. Nous convenons avec le patriarche que la vie de iliomme est malheureuse , et cependant le monde a Tair heureux 5 chaque chose y parait tolérable. Jetez un regard sur Tunivers qu'il nous a donné , observez lea richesses et l'abondance qui coulent dans les canaux de chacun ; ils satisfont non-seulement les désirs de la nature y mais encore ceux de l'ima^a* tion et du lu:&e. Chaque contrée est un paradis que la nature a cultivé dans un moment de joie.
Toutes les choses ont deux faces : Jacob , Job et Salomon partagent le monde en deux sections^ la vérité réside au milieu^ ou plutôt le bien et le mal sont mêlés ; lequel des. deul l'emporte I C'est au-dessus de nos recherches* Ah I c'est le bien. Premièrement parce, que cette pensée me rend plus cher et plus vénérable le Créateur du moode ^ et ensuite parce que je ne puis pas supposer qu'un ouvrage fait pour exalter ka gloire , doive manquer dV
pologici^
Quelle que soit la proportion de la mkére dans la construction du monde, ce n'est pas un devoir religieux d'ajouter à nos mfilheurs. Ne méritons jamais les louanges qu'obtinrent ces anachorètes qui-^ vivant au mifieu d'un jar-
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dia embaumé, ne louchèrent jamais une fleur.
J'ai pitié de ceux dont les plaisirs naturels sont des fardeaux et des privations , et qui y fanati* ques malades y fuyent loin de la joie comme si elle était un crime.
Âh ! s'il en çst un dans le monde, c'est l'affliction et l'oppression du cœur : la perte des biens , de la santé , des couronnes et des dignités sont des maux en tant qu'ils occasionnent des chagrins : séparez-les de ces privations y tout le reste est vérité y et réside seulement dans la tête de l'homme.
Etre infortuné ! les douleurs de ton ame ne suffisent-elles pas , sans que tu remplisses la mesure avec celle du caprice ; tu marches sans ces^ dans l'ombre , et tu veux encore t'y tour-r menter en vain.
Nous sommes des créatures incapables de repos ; et tels nous serons jusqu'à la fin des choses. Ce que nous pouvons opérer de mieux, est de faire de notre caractère turbulent , ce que les hommes sages font de leurs mauvaises babitudes. Quand ils ne peuvent les vaincre , ils tâchent au moins de les détourner dans de» canaux utiles.
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Si nous devons donc sans cesse nous tourmenter^ perdons de vue Tobjet présent de no»
soucis y et attachon&-nous seulement à bien vivre. Ainsi soit-il.
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