‹ Œuvres complètes de L. Sterne (volume 2)Chapitre 20 sur 41 · A LA NATION · texte numérisé non relu

A LA NATION

SERMON POUR l'in A.UGURi.TIOir OU ROI.

XK

« Et lorsque ion fis te demandera un jour, i^ue signifient «r CCS témoignages^ ces cérémonies^ lesjugemens que le m Seigneur noire Die» vous a commandés? tu tSras à m ion fis: mus étions les sscIêh^s de Pharaon dans m rÉgy^^eilamaim tmiUimissantà du Seigneur noms « en retire^ » Deuiéron. VL

V.iE sont les paiFotes que Mc^isc presci^k aux enfants d'Israël de laisser à leurs enfans ^ qiri devaient un jour oublier les grâces infinies que Dieu avait répandues sur leurs pères. Une de ces grâces étoit leur délivrance de Tesclavage. Quoique chaque père fut instruit à faire cette

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réponse à son fils y on ne peut pas supposer que cette instruction fût nécessaire pour la première génération , pour les eniaos de ceux qui avaient été les témoins oculaires des faveurs de lia Providence. 11 ne paraît pas eu effet probable qu'arrivés à Tàge de raison, ils pussent faire une pareille question , sans avoir été longtemps auparavant inatruîU k y répondre. Chaque pèr^ avoit sùremeat raconté les inCbrtunes de sa captivité, et les partîoularités miraculeU'* ses de sa délivrance. Ces anecdotes étaient si extraordinaires, leur réctt était susceptible d'un tel degré d'enthousîaantie, qu!eUes na pouvaient pas rester secrètes. Ia piété , la reconmiissance d'une génération anticipaient sur la curiosité d'une autre. Us apprenaifnt ceile bistoire en apprenant leur langue*

Telle fut la conditiou de la première et de la. seconde race ; mais dans le cours des ans les choses cliaogèpeot insensibloment ^ une longue et paisible )oiii#aance de leurs libertés put émousaer le sentiment d^s bienfaits de Dieu, et en placer le souvenir à pne trop grande distance de leur cœur. A|)rès quelques années écoidées dans les plaisirs et la privation des peines réelles, un excès de liberté peut Les déi;;fger du soin de s'en donner d^imaginaires, et

surtout de celles que les devoirs delà religion imposent. Ils purent chercher des occasions à fouiller dans les fondemens de ses lois^ et à s'en<{uérir de la cause de tant de cérémonies.

Us purent demander que signifient tous ces rommandemens , dans des matières qui paraissent si indifférentes? que signifie cet ordre à les faire observer? pourquoi a-t-on imposé tant d'obligations? pourquoi faut-il obéir à tant de préceptes indignes de la sagesse divine?

Us purent aller encore plus loin ; et quoique leur penchant naturel les portât vers la superstition^ quelques aventuriers sans doute gouvernèrent vers le bord opposé^ et découvrirent en sWançant que toutes les religions^ quelque ré* gime , quelque dénomination qu'elles eussent , étaient les mêmes ^ que celle de leur pays était un arrangement ingénieux entre les Prêtres et les Lévites^ un fantôme effrayant élevé et sou-

tenu par leurs mains; que ses rites et ses préceptes innombrables étaient autant de rouages nécessaires à la machine politique^ des inventions faites pour amuser les ignorans , et les retenir dans les ténèbres favorables aux jongle-' ries ecclésiastiques.

Quant à sa morale^ quoiqu'elle soit exceptée

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de ce raisonnement par elle-même^ ils n'étaient pas en peine de Tadapter à leur système. Les hommes^ disaient- ils ^ auraient toujours eu assez de raison pour l'avoir trouvée , et de sagesse pour la pratiquer^ sans l'assistance de Moise.

•Us raffinèrent ensuite l'art des controverses religieuses. Quand ils eurent donné à leur système d'incrédulité toute la force qu'il peut obtenir de la raison^ ils commencèrent a l'embellir des tournures épigrammatiques.

Quelque bouffon Israélite à la fin d'un banquet donna carrière à son talent. Manquant de raison et d'argumens y il essaya le tranchant de son esprit sur les types et les symboles , et traita les mystères et les matières les plus sérieuses de la religion du ton de la raillerie. Il entassa mille plaisanteries sur les passages sa^crés de la loi, persifla le veau d'or ou le serpent d'airain avec courage, et se moqua des bctes pures ou impures, en provoquant des sarcasmes contre elles. .

Il fit peut-être un ^as de plus. Quand cette contrée heureuse où le miel et le lait coulaient, eut effacé les impressions du joug qui les avait meurtris, et que les bénédictions du ciel commencèrent à tomber sur eux , il put en

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conclure qu'ils ne tenaient ces avantages d'aucun autre pouvoir que de leurs propres bras ^ que la toute-puissance seule des Israélites leur avait procuré^ et leur conservait tant de bon* licur.

O Moïse ! Moïse ! combien un pareil raisonucnienl eût mis à la torture ton esprit d<^x cl patient ! si la superstition des Israélites te lit tomber une fois dans un excès de colère ; si tes mains jetèrent les tables de la loi que Dieu avait écrites , ai tu compromis aussi légèrement le ti>é^r du monde , avec quelle indignation et nuel pieux cbagrin eusses-tu entendu les sarcasmes de ceux qui reniaient le Dieu qui les avait délivrés ; en disant, quel est ce Dieu dont la voix comuaandc ici à notre obéissance? avec quelle force et quelle vivacité leur eusses^tu rappelé Tbistoire de leur nation ? que si une jouissance trop aisée des bénédictions du ciel leur avait lait oublier de regarder derrière U loin d'eux , il était nécessaire de leur répéter que ]eurs aïeux étaiei^t en Egypte les esclaves do Pharaon , sans aucun espoir de rédemption y que la chaîne de leur captivité avait été scellée et rivée par une succession de quatre cent trente années , sans aucune interruption favorable à leur liberté, qu'après l'expiration de

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Celte période désolante ; qu'au moment où rien ne semblait favoriser un événement aussi glorieux, ils furent arrachés, presque malgré eux des mains de leurs oppresseurs , et conduits à travers un océan de périls , vers une contrée d'abondance ; qtie ce changement prospère ne fut pas le produit du hasard , et ne fut ni projeté ni accompli par des plans humains qui «n^ent saccombé sous la force extérieure ou le trouble intérieur , et qui n'aqraient pas résisté à la combinaison des accidens imprévus «t des passions des hommes , cause de l'élévation et de la chute des empires, mais que tout avait été exécuté par la bonté et la puissance de Dieu qui vil les afflictions de son peuple, en eut pitié , et , par une chaîne d'évéoemens niiraciilcux , le délivra de l'oppression.

11 leur eût répète que , depuis ce grand jovir, une suite de succès qu'on ne pouvait attribuer aux causes secondes , leur avait démontré non-seutement la providence universelle de Dieu , mais encore son attachement particulieret que des nations plus grandes et plus puissantés avaient été chassées devant eux et leurs terres abandonnées aux vainqueurs , pour en jouir à jamais.

C'est ce qu'ils devaient apprendre à leurs en-

fans et aux enfans de leurs eofans. Gëuérations heureuses pour lesquelles une pareille instruction fut préparée ! heureuses, ep effet ^ si vous aviez toujours su faire usage de ce que Moïse vous enseigna.

Laissons les Juifs ^ et tournons nos regards sur nous. Voccasiop glorieuse qui nous rassemble , et le souvenir des nombreuses bénédictions' accqn^ulées sur nous, depuis que nous comptons parmi les nations , dictent sans peine l'application que nou^ pouvons nous faire du reproche de Moïse.

Je comipence avec le premier ordre des temps. Il prqdui^it la plus grande délivrance à la nation ^ celle qui nous sauva des4énébres de Pidolatriç pai: U venue subite du christianisme parmi nous , dès le siécla même des apôtres.

Quoique cette bénédiction semble nous avoir été commune avec d'autres parties du monde ^ cependant quand on réfléchit sur l'éloignement de ce coin de la terre , et sa situation inaccessible en taqt qu ile , le peu qu'on connaissait alors de la navigation et du commerce, la large portion du continent où le nom de Jésus reste de nos jours profane , et celle qui l'avgi^iae , où les preuiièrea paroles de sou

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Evangile sont à peine prononcées^ on ne peut qu'adorer la bonté de Dien^ et reconnaître dans l'établissement de sa religion , une providence qui nous est plus paiticuHère quaux autres nations ', où , indépendamment des mêmes erreurs et des mêmes préjugés, elle ne rencontrait pas ces obstacles physiques et naturels.

Les historiens et les politiques qui cherchent les causes partout ailleurs que dans le plaisir, de celui qui dispose des événemens, raisonnent différemment sur tout cela. Ils considèrent ceux-ci comme une matière incidentèle à l'ambition fortuite, aux succès et aux émigration» des Romains. Sous le règne de Claude , lorsque le christianisme s'établit à Rome, quatre-vingt mille citoyens de cette capitale du monde vinrent se fixer dans cette îîe : cet événentent établit une communication libi^e entre les deux nations; la voie fut ouverte aussi pour l'Evangile, et son transport devint fort aisé, mais jamais miraculeux ni divin.

C'est ainsi que Dieu nous permet souvent de suivre les caprices de nos cœurs , tandis qu'il les dirige secrètement, comme l'eau des rivières pour des projets de bonté. Ùe^ ainsi qu'il put rendre cet amour de la gloire inhé^

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rent aux Romains^ leur inspirer les moyens de poursuivre leur voie ambitieuse , et les guider ici. Il put faire servir la mécljanceté des hommes à ses décrets éternels , les faire errer pendant quelque temps hors de leurs limiUs jusqu'à cç que ses desseins fussent accomplis , puis tout à coup leur enfoncer ses crochets dans les narines y et ramener ces bétes de proie dans leurs tanières.

Après la manière dont l'Evangile nous fut ' donnée n'oublions pas comment il fut préservé du danger d'être étouffé et éteint- par cet essaim de barbares qui vinrent sur nous du haut du Nord , et comme un ouragan^ ébranlèrent le monde^ qui changèrent les noms^ les coutumes^ la langue^ le gouvernement^ la face même de la nature partout où ils se fixèrent. Tout ce qui était susceptible de changement sembla périr, et notre religion fut préservée : ah! si elle ne succomba pas sous ce poids immense de ruines, si du moins sa beauté n'en fut pas ternie, n'en attribunons la cause qu'à Dieu. La même puissance qui nous l'envoya la soutint quand la contexture des choses fut partout brisée. •

C'était encore peu d'avoir préservé le /christianisme d'une destruction totale; comptons

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parmi les bienfaits de la Providence celui de l'avoir sauvé de cette corruption que le laps des siècles^ les abus des hommes et la tendance naturelle des choses vers la dépravation ont introduite.

Depuis le jour que commence la' réformation ^ par quels événemens étrangers elle a été exécutée et perfectionnée , si ce n'est pas sans tacfies et sans rides y du moins sans difformité et sans aucune marque de vieillesse!

Rappelons -nous la bourrasque violente qiii l'assaillit et la secoua dans cette période de notre histoire que tu teignis et défiguras de san^, Marie! pouvons - nous y réfléchir sans adorer la Providence qui se hâta d'enlever de ta main le glaive de la persécution^ en rendant ton règne aussi court qu'il fut barbare ?

Si Dieu nous fit^ comme aux Israélites^ sucer le miel des rochers y et cueillir l'huile qui découlait des pierres^ combien sa miséricorde fut plus signalée! il nous donna ses bienfaits^ sans en retirer aucun prix y dans les jours, glorieux qui suivirent ce moment d'horreur^ quand uo" règne Ipng^ A^ge et , nécessaire pour bâtir les fondemens de. l'Eglise^ succéda au règne plus court qui l'avait retiré de ses ruines.

Cette, bénédiction était nécessaire^ et elle

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nous fut accordée^ Dieu prolongea les années d'une princesse renoomiëe jusqu'au terme le plus long ; il lui dojaujvi le courage de rassembler un peuple errant et persécuté^ et de le fixer sur la base de la félicité ; il remit entre les mains de ceux à qui il a confié le soin des empires^ la pierre de touclie qui doit éprouver la foi.

Béni soit ^ Elisabeth , ton kiom k jamais ! tu as établi un serment plus fiicile pTour les Bre^ tons que pour les autres peuples de la terre ; quelques cbangemens que ces peuples aient éprouvés, il n'en est potût arrivé dans leurs misères, et il est i craindre qu'il n'en arrive point, tant qu'ils seront étroitetfieni serrés dans les diaines de ia superstition et dans eeUes du pouvoir.

Par quelle Providenco nous échappâmes à ces deux mots naturellement liés ensemble dans le règne suivant, lorsqu'un sang; choisi fut de« mandé , et qu'on se préparait à ^offrir dan^ un seul sacrifiée !

Je n'entremêlerais pas ici les horreur» de cette fête lugubre; je né eomptemis pas les douleurs du règne qm leur sueoédb , et qui finit par la sdbfveracn de notre conetitution , s'il n'était pas nëcessairs de poarsuivrs le fil de

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notre délivrante à traVets Ifes letaps hôtribles , et de faire remarquer là bonté dé la î^rovidence qui nous protégea contre la fureiii* d'un projet y et nous} rest&uFa cooirë l'in justice de l'autre.

Oui y le deroier eût été pbur Aous ùa triste* sujet de souvenir^ s'il ne («it pas devenu lia! objet de bénédiction ensuite /pfirl'^vénementt qui nous rendit nos libertés. Soit que Dieu^ voulût corriger le sens mal entendu de ses bé*i nédictions antérieures^ sbit qu'il voulût noujt; apprendre à réfléchir sur leurs privations ^ il > souffrit que nous approchassions du bbhi du précipice; là tout était perdu s'il b'i^vaii 8uséité> un rédempteur. Les artifices de la déoiéié nâus! auraient doucement fait glisser, dedans^ ou , si elle avait manqué son coup^ la £9rce était; prête à nous y pousser^ et c'en élaitiait dé nous.

Cette délivrance eut des suites si heureuses qu'il semble que Dieu avait trouble nos eaux, comme celles ae Dethesda ^ pbur les rendre « ensuite plus saines : depuis cette épbquë à jamais mémorable nous jouissons de tout ce qui appartient à l'homme. Notre lil)erté^ notre religion fleurissent^ les droits de's rois^ ceux du peuple sont apprecié^^ et nous en voyons la

ai(Sf sERMOsr xit.

durée dans les siècles à venir : voilà Tobjet des remercimcDS que nous faisons aujourd'hui

à Dieu.

Rendons-lui de^actions de grâces^, mes frères,

d'une manière qui convienne à des hommes- 9ages> répondons à Fintention constante de ses bëoédicfcions ^ et faisons-en un meilleur usage que nos pèrrs qui se lassèrent souvent de leur bonheur. Rémcrcioiïs Dieu de la contrée qu'it nous a donnée ^ et lorsque notre prospérké s^ accroît avec les établissemens dont nous la chargeons, quand nos richesses et nos famille» se multiplient à l'envi , que nos actes de vertu et de reconnaissance se multiplient aussi, que le Dieu puissant , dont les voies sont droites et les ouvrages sainls, puisse le jour qu'il cornp* tera avec nous, juger dignement des bénédictions qu'il nous a prodiguées. .

C'est en vain que des jours solennels sont établis pour célébrer des événerocns heureux^ s'ils n'influent pas sur la morale de la nation. Un peuple peVlieur ne peut être reconnaissant envers Dieu , il ne peut être loyal envers soîi prince. Il doit être ingrat envers l'un, parce qu'il ne vit pqs dans la mémoire de ses bienfaits; il trahit Pautre, parce qu'il détourne k

sERMOiv XIV. ai?

Providence de prendre son parti et de le conduire au but de la royauté.

Oui, Ton a dit avec raison que le péché est une trahison contre l'ame ; l'homme méchant est un traître envers son roi et son pays. Quelques causes que les politiques assignent au progrès et à la chute des empires^ un homme faon et religieux «era toujours le meilleur citoyen et le sujet le plus soumis; un individu a beau me dire quHmporte ma droiture au bonheur de ma nation? Je lui répondrai toujours , si elle ne sert pas à vous faire bénir ici, elle accumulera ses bénédictions dans le trésor de Tautro monde» Ainsi soit-iU

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