LA GUERRE
PREMÏER FRAGMENT.
• • . . VJE sont eux, s^écria mon père , qui fout revivre ce courage^ cette ardeur indomptée y qui enflammaiept les légions athéniennes^ guidées par Aristide! c'est pour la gloire qu'ils combattent!...
— Pour la lil^erté , frère ! répliqua mon oncle ToBie.
— Us se battent ^ observa le docteur SIop y afin de purger le corps politique.
— Nation vraiment magnanime ! continua mon père.
— Brave!... ajouta mon onde.
— Ce sont des infidèles, dit le docteur, des mccréans! ils ont osé convertir en^monnaie les images, des saints pour en salarier le blasphème et Timpiété!... les assassins!... les atliées'l...
— Défendre les droits de ses semblables , en essayant d'améliorer leur condition, répliqua mon oncle Tobie, c'est rendre à la divi-^
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nité un culte plus digne d'elle, que toutes ce» cérémonies inspirées par l'oisiveté à cette multitude de dévots prosternés aux pieds des idoles!...
Ici , Yorick entra dans la chambre,
— Ils combattent pour la gloire ! répéta mon père, avec un accent plus élevé....
— La gloire! dit Yorick, ( en prononçant ce mot, tous ses traits ^toient radieux d affection et de bienveillance,) la gloire!..- c'est au sommet du pacifique olivier qu'elle fructifie.... Je n'ai jamais porté mes regards sur un laurier, que ses feuilles ne m'aient paru teintes de sang.... Le laurier ombrage le loup dans sa tanière; l'agneau timide aime à s'abriter
sous .l'olivier Répandre l'huile de la
charité sur les plaies de l'aSlictiou, nourrir ceux qui ont faim, aider le malheureux à supporter ses peines , forcer la misère à sourire, voilà la gloire! soulager. son semblable, voilà ce qui est vraiment noble et glorieux! mais V Ambition et la Rapine^ retranchées derrière les bastions de leurs châteaux forts ^ brandissent leurs instrumens de mort sur la tête désarmée du ^faible ; des myriades de guerriers fanatiques, rendus inaccessibles à la crainte ^ combattent sous leurs bannie-
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tes!... Ils se lèvent tiveà le soleil , et ils souillent la bienfaisante rosée du ciel da sang de leurs frères!... '
. -—Jamais^ murmura Trim à TôreiUe de mon oncle^ en se baissant vers son Bauteuil^ derrière lequel il était placé , jamais je ne consentirai à servir sous de tels généraux , dut*pn me faire général moi-naéme. ' •
— Trim.... ré|)ondit gravement son maître, un caporal comme toi,, qui mardie âutiom* •bat, IVmé échauffée de bravoure , et là miséricorde à- ses côtés/ est bien supérieur à de telles gens!... Le courage ^ans humanité n'est point lé courage d'un homme; c'est la férocité d'un saûfvage!...
— Vous avez bien raison, ajouta Trim /il y a de ces mercenaires , a longues moustaches ,
qui verraient d'un œil sec l'affliction d'une pauvre mère , criant quartier pour elle et pour l'enfant attaché à sou'sein;... ils le refttseraient, Dieu me pardonne!... -^
• — *G<MTiment jpoiivoir même soupçonner la pitié sdus' une moustache rébarbative?.*, répondit Yôrick en souillant. " ' •'
— Je voudrais, moi!*... reprit 'mon père', lanéant un regard sévère sur le docteur, je voudrais que tous les peuples imitassent cette
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pation de voleurs et à' athées ; que P Utilité ichassât enfiu la Paresse des palais du sacer-doce ^ que V Industrie j la maiu appuyée sur la X^Uarrue^ oin ceposenait a«ec sécurué la çolorabe ipuoceiite^ vint crçu^r.l^ sillons de leur^ in<^ j^oi^l^Fables mëtairiç^ !
^ A. ces mots, le. dçc^eur parut embrasé de matières iDflammable$«. . .
•«* Le^s . terres sacrées de l'église dfi Pieu ! ^'écriart-il, les usurper! fouler d'uu pied impie les diyii^es écritures L:. profaner U .çtoûlI... outrager les saints !... ; religion I... reli^uK.^
que 4^i^I^d^^^^*•*• . : .
. ~ l^e tepa? ramelior^rp^ jç l'espèrç , T?pon-
dit mon oncle Tobie dans la simpliciU' de son
Quaqd l'etinceUe ..éle,ctrique e^t p^nélr^ toutes les fibres du docteur Slop, ses trépida-»tions n'eussent p^^s été plus soijidaine^ \ il jTr^ppa .du pied la terra ^. $q pressa sur .M>n<&pt|^uil^ autant que son épaisse. , et lqu^*(]^ i eny^ti^ppe .pouvaijt b lui permc^ttr^ Ses .ipfd^qtions ^ lor^qu'Qbadiab , galoppf^nt sur a^on^gros qbeval, le couvrit de boue.,.. et le d^sespQÂÎ :qu0 lui çai:|s^ l!oublx 4^ .??; t^W^i^c, d^fl^çellf verte^ .ne peuvent se cqmpa^e^aux an^tj^ei^es qu'il lanç^ dans ce xuomept.l... f^es ye\x% ét4ient foiv-
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droyans ; la colère étincelait sar son front en-^ flammé, chaque veine, chaque nerf, chacun des ligamens de sa majsse informe , étaient en contraction..», sa bouche vomissait l'imprécation I... — M ODieuI par pitié pour ta saiiito religion , damne à jamais TobieShandy !... »
Mon onde sentit cette insulte ; mais il n'y répondit point.. ^
--^Sont^e là des argomens? s^écria mon père....
• —« Paix!... dit Yorick.
— Paix! paix! cria' le docteur ^ paix!... D&l l'Allemagne être venve et dépeuplée!.., dut l'Angleterre être aflamée!;.. et l'Océan rougi du sang des nations!... Gueirre !«.. guerre j... puisque c'est une guerre de religion!... t
— * Dites une croisade ,.r^oadit monionde^
— n y a de la lâcheté , de la férocité, *^pril Yorick I à vouloir violenter^ les opinion^ >pàii^ l'invective, les cachots et le fer,... (Yoridr ioupira....) On -ne doit employer que les armes de la raisoi|.J«. S'il peut efxikéb un poiivoiir d«6H potique, absolu.!... c'est cdui de liai vétitél.;^ Tôt ou tard elle triomplie de toutes-le^rrésiis^ tances.... Oh! que le isaig-ne coule plulsl... combien d'hommes arrachéaasi ;chaumieipate»«f ttol^ pour aUcr combattre vdâns les mags de
2^ FRAOMENS.
rambitioal... L'œil suppliant du besoin demainde vainement un morceau de- pain à la tendre mère épuisée !^-^ Cessez , ùmocentas créatures! cessez d'embrasser s^s genoux , Me na rien^ rien à vous donner!... Dans cette guerre de religion, continua Yorick, sis rrgards attachés sur le docteur, les devoirs 1-s plus saints ont été anéantis!.- Je vois la vierge timide profanée sous les yeux de la vieillesse!.. le père abreuvé de larmes!... Je vois ses cheveux blancs souillés de sang , sa chaumière in* cendiée, ses moissons dévastées et foulées sous Ibspicds^des chevaux ivres du: carnage dont il^ 8ont>environnés!l.A
. . . O vous ! princes de la Iterre! du haut de voa trônes isolés , laissez^ tomber du moins on re* gard. de pitié sur des scènes m déchirantes l... tiajyprenezy s'il se peut, V humanité i elle aura pour vous le charme d'un sentiment non*
, Celte tendre et! abondante effusion n'émut ùvA iaibUment l'obstiné docteur i ses yeux 4ci>itsJlàieiit encore d^ feux lugubi^s. de Tin-
lolérancé.
.Mate père secoua la tête avec une muette et paihéiique éloquence.
> Mon oncle Tobie paraissait gémir. de cm
FAAGMEIIS.' 389
qu'un soldat (ut capable de semblables forfaits.> 11 avait oublié le docteur Slop et sa brutalité... Sa belle ame était pétrie d'indulgence.
n disait un jour qu'une insulte produisait^ sur un cœur sans reproche^ le même effet que la piqûre d'un frelon sur l'épiderme ; l'un et l'autre irritent seulement la surface/ sans altcrer le bonheur ni la santé.... J'ojgposerais , disait-il encore^ les lois de mon pays à up attentat qui m'attaquerait dan^ mon bien-être!... Un attentat!... c'est l'assassin qui me pose le pistolet sur la gorge;... Vinsultey c'est l'homme vil qui a déserté les rangs de l'honneur .-^Mou cœur est la cour martiale qui le juge.
— - Cette cour martiale ! frère Tobie ^ repartit mon père, serait un tribunal de miséricorde.... Ton cœur généreux épuiserait tout le sang qui l'anime , avant que l'arrêt du châtiment s'échappât de tes lèvres;
— Mais enfin , la discipUne!... s'écria mon oncle....
— Je la veux , répondit Yorick , pourva qu'elle soit tempérée par Thumanité.
Le visage de mon oncle Tobie se couvrit d'une vive rougeur» Peux moU& très^distincts en étaient la cause. Le mot de mon père sur la IV. 19
2QO FRÀGMENS.
cour martiale et Téloge qu'il renfermait , reveillèrent sa modestie ,• (trait dominant du caractère de mon oncle) ; il rougit donc de modestie.... Puis, il rougit encore de la réBexion d'Yorick.... La discipline d'une arm^e, pcn-^ sait-il en lui-même, et celle de Thumanité, voilà deux choses bien différentes! or.-..
Le docteur Slop sortit et Trim le suivit- On voit souvent le vice marcher en avant , tandis que le mérite modeste chemine derrière 1
Soudain mou père, mon oncle Tobie et Yorick se serrèrent plus près de 1 aire qui semblait briller d'une flamme plus douce! Le génie de l'humanité planait sur leurs têtes!...
O bienveillance !... source divine de délices toujours pures!... Océan inépuisable de nos plaisirs!... Quel êlre déshérité de la nature refuserait de plonger sa coupe dans ton onde et de s'abreuver de ce doux nectar?... Tu es le principe des jouissances durables, tu sèmes la vie de fleurs célestes, et tu les fais épanouir sans qu'elles se fanent jamais!... La rosée de la reconnaissance brille dans ton œil humide, tes enfans tendent une main secourable au désespoir ouvrant à peine ses paupières enflam-
FRÀGMEITS. iQl
mêes , et versent sur lui les pleurs de la sympathie!... O bienveillanee! tu es le plus noble anneau de la chaîne immense qui unit le ciel à la terre.... si tu étais brisée^ la nature se dissoudrait dans le chaos ! . . •
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