‹ Œuvres complètes de L. Sterne (volume 2)Chapitre 32 sur 41 · QUATRIÈME FRAGMENT · texte numérisé non relu

QUATRIÈME FRAGMENT

— I JE pauvre homme!... s'écria Trim^ jamais

plus joli garçon ne porta le mousquet

mais la faim percerait des murailles de fer. 11 n'en est pas ainsi dans une place assiégée; votre honneur le sait bien^ tout le monde y vit de la même cuisine.

— Et cela est juste ^ Trim^ répondit mon oncle Tobie.

— Mais c'est une terrible épreuve^.... votre honneur!.... que de mourir d'inanition et de voir des gens^ inutiles à leur patrie^ se gorger dans l'abondance.

-— Tu pourrais ajouter^ Trim, observa Yorick , qu^ils ont ruiné leur pays.

^^ Voir un pauvre homme ^ avec un bras et un œil de moins que ne le décréta la providence^ une balafre ici, un emplâtre là^ et^ pour comble de malheur^ entouré d'une famille

'jirfv^zsK:

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affamée ci gémissante!.... ah! le cœur d'un bon soldat ne peut supporter ce spectacle.. ..,..

— C'est un spectacle bien douloureu3( eii effet ^ ajouta mon oncle.

— Votre honneur! clcs blessures e^ àçs

membres mutilés^ cest une pauvre pension pour nourrir une femme et ûx epf^ns!,.*-

— S'il eût obtenu une pension^ il aurait peut-être toujours été honnétç homme, dit le docteur Slop.

— Pensez-vous , docteur, demanda mon père, qu'entre une pension et la probité, il y ^i% une liaison si étroite?....

Le docteur secoua la tête.

— Voir la bravoure se traîner pieds nus , exténuée par le besoin... et dédaignée.... cou* tinua Trim.

— Le vice pensionné, a)OuU mon père , 1q vice respecté, se pavanant dans soa triomphe hideux , eninsultfint à la vertu..... notre stupidç silence sur ees horreurs , nous déshonore comme nation l

— Lorsqu'elles devraient révoher notre seo^ sibilité, comme hommes, ajouta Yorick.

— n était, vou» dis- je, reprit Trim^ uq des plus beaux soldats des trois rqyaqn^es.«.acti£!«.; l^orieux!....

3lO FAAGMENS,

' — * Mais la gloire , interrompit Yorick y lui causa la perte de l'un de ses bras... et sa famille est réduite à la înisére,...

— Et la gloire a liâté sa fin, s'écria Trim..,, et les larmes ruisselaient sur ses joues.

— Plût à Dieu! qu'il n'eût jamais été marié, dit mion oncle Tobie ^ en soupirant profondément !

— • Si j'étais ministre d'état^ dit le docteur Slop, en frappant sur la table , je mettrais un impôt bien fort sur le mariage.,, non-seulement il rapporterait beaucoup, mais il empêcherait une foule de mendians d'être à charge à leurs paroisses.

— Une taxe sur nos râteliers ^ serait plus productive encore , répliqua Yorick j on tiendrait beaucoup moins alors à ses dents, et vous pourriez faire fortune en vous faisant décerner par la cour l'unique et glorieux emploi d^ar^ racheur de dents en chef et patenté.

*^ Raillez tant qu'il vous plaira , M. Yorick, répondit le docteur, je soutiens toujours que cette clasae d^hommes n'a pas le droit de se marier,

— Ils prodiguent leur sang pour le maintien delà paix et du bon ordre et de la religion, dit Yorick avec ironie , et vous voudriez leur

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interdire encore le droit qu'ils tiennent de la nature^ l'exercice du penchant que le créateur unit à tous les elcmens qui composent notre être

— Et si ce penchant n'était pas satisfait^ ajouta mon oncle Tobie^ comment Sa Majesté s'y prendrait-elle ponr lever un seul batail-* Ion?-...

*- Et la bourse dVi docteur^ s'écria mon père^ serait menacée de la consomption....

<— Pendu comme un chien ^ après^ avoir combattu comme un brave !... que n'est-il mort dans les rangs!.... continua Trim^ joignant et pressant ses mains avec toute l'ardeur d'une conviction intime.

-*- Quant à ses enfans^ Trim ^ ajouta mon onde^ nous aviserons aux moyens de les consoler du mieux que nous pourrons.

— Que d'hommes auraient un sommeil plus paisible, murmura doucement Trim^ s'ils avaient votre humanité !

-— Ou la tienne^ Trim /se hâta de répondre mon oncle.

Le caporal Trim fit une respectueuse salutation....

— • Combien de temps encore *, s'écria Yorick, la cniai//e siégera-t-elle à côté de k/iix-

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ticdi.^ Il me semble voir V innocence plaidant à deux genoux pour la vie d'un père coupable^ ^)ais repentant. — - « Sauvez -le ou faites* moi

«r périr avec lui! >» La miséricorde brille

dacs tous les îyeox , excepté dans ceux de la fustice,.... elle a désappris la pitié;.... elle de*

daigne 4p distinguer les actions; en rendant des arrêts^ sa bouche vomit le sang;...... son

glaive est toujours nu, et ses balances brisées sont tombées a ses pieds !..,... elle confond le malheureux affamé, qui dérobe le pain de l'opulence pour nourrir sa famille^ avec le scé*» lérat qui joint le meurtre au «vol....

— Vous voyez, M, Yorick, dit le docteur, que si un pareil gouvernement élalt modéré par notre sainte religion catholique^ ces horreurs n^existeraient pas.... son influence adpu** cirait ces arrêts cruels..,.

— Et vous attacherait au pilori pour une opinion , repartit Yorick.

— Mais, sous ce rapport, avec votre religion , reprit le docteur , vous n'aurez pas plus beau jeu.

— Dps millipns 4'elres iutéressans, sacrifiés par notre superstition et notre ignorance^

auraient pu vivrp et honorer leur patrie

S'il est une voix qui dtfmande le sang, c'est le

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sang lui-même!.... Que d'hommes on pourrait sauver encore^ et que de jours sereins et rians consoleraient la terre ^ si les nations voulaient abjurer leurs erreurs!... JJ indulgence ne pourrait que suppléer utilement à la rigueur y et le coupable converti abjurerait son dernier crime sans le payer de sa Icte....

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