CINQUIÈME FRAGMENT
..,. — ir AR votre honneur! dit Trim, je crois qu'il serait plus humain de les abandonner a eux-mémâs.... ils sont heureux : que peuventils être de plus (i)?.... Je n'ai point l'honneur d'être ecclésiastique } mais j'oserais parier qu'aux yeux de Dieu^ la meilleure de toutes les religions est celle de l'homme pacifique!.... et pour la pratiquer , tous les livres du monde ne valent pas un bon cœur.
— Mais Trim, répondit mon oncle , il faut pourtant que les lumières de l'évangile se propagent...
— L'évangile!... que peut-il faire de mieux que de rendre ces pauvres gens honnêtes et
(i) Trim veut parler des Hiodoux ou naturels de l'iodottao.
rRÀGMENS. 3i5
boDs^ afin qu'ils soient heureux? Us sont
Fun et l'autre, et par conséquent point e'^oïstes... ils pensent que toute la création doit vivre comme eux^ dans le sein de la paix... c'est plus que bien des chrétiens ne font! qu'en pense votre honneur ?
— Autant qu'il nous est permis dVn jtiger, Trim , répondit mon oncle , dont le regard timide exprimait une modeste incertitude, je crois que c'est un spectacle agréable à l'Etre infini, qui nous a tous créés, que de voir la plus humble de ses créatures respectée comme une portion de son ouvrage.
— - Je m'imagine , continua Trim , que ces délateurs de la religion, qui S'obstinent à vouloir rendre tout le monde parfait, sont p]u.<4 occupés de leur gloire, que du bien-étrc des autres,
— H n'est pas en notre puissance, répliqua mon oncle, de lire dans leurs cœurs; il faut présumer qu^ils sont guidés par des intentions pures. Pourquoi ne considéreraient - ils pas l'évangile comme le seul fanal qui puisse ïrin d/çuer la rouie du bonheur ?
— Pensez-vous, ajouta Trim, qu'un général atissi sage, aussi prévoyant que Dieu , ait réuni tous les moyens de défense sur un seul point
5i6 fhagmens.
du globe (i), et qu'il a voulu laisser tout le reste -à découvert? Sur votre honneur, c'est, j'ose le dire, comme si l'on dégarnissait de canons les remparts d'une citadelle pour défendre une guérite....
Je pense , Trim , reprît mon oncle , que nous devons commencer par faire la revue de notre conscience, et réparer chez nous - mêmes lea rctrancbemens dégi*adés de notre religion avant de nous a\ entui^er sur le territoire dW autre peuple, quelque simple, quelque innocent que ce peuple puisse être.
— Les exemples qu'ils donnent valent mieux que les leçons que nous les forçons de rece* voir... Une bienveillance réciproque et l'amour de la paix, sont préférables au meilleur sermon, fut- il prêché par l'archevêque de Cantorbery en personne...
La paix et la bienveillance , répéta mon oncle Tobie, sont les sentinelles avancées de la
n^ligion et si leur divin langage était plus
généralement entendu , nous n'aurions pas à redouter un ennemi dangereux au dehors , et notre conscience au dedans....
— L'cxpérici^ce du passé, comme du pré-
(i) Trim parle de r£urope«
FRÂGMBNS. ^ SlJ
sent^ devrait bien^ ditTrim^ nous prémunir contre cette manie de nous mêler des opinions religieuses des autres peuples : que chacun prie Dieu à sa guise!... Je vous le demande humblement , chaque ingénieur de Tarmée , ayant un système fait sur la défense eu l'attaque des places, doit-il avoir à redouter qu'on ne contrôle ^es plans et ses dispositions tant qu'il ne bat pas en brèche ^ sans utihté, les propriétés
privées? Un vieux camarade^ qui a servi
dans rindostan y me disait. ... mais je vous raconterai une autre fois quelques-unes de ses histoires^ quand vous voudrez bien mêle permettre.
-—Comme nous sommes main tenaat en quar^ tierdhiçety répondit uion oncle ^ en étendant sa jambe gauche sur un tabouret^ et que nous sommes tranquillement au coin d'un bon feu... — Ah! par votre honneur^ interrompit Trim, dont les yeux^ en souriant^ indiquèrent la tendre pitié que ses lèvres exprimèrent Combien de braves soldats^ après une marche forcée dans les neiges^ se réchaufferaient avec délices devant cet être bienfaisant!... Pauvres gens!.« Un mousquet est bien lourd pour leurs mains engourdies!...
— Par le ciell... ils seraient les bien-venusl
Si8 ^ragmcnsa
s'écria mon oncle ( une flamme généreuse brillait dans tous ses traits ), jamais commandant^ fùt-il le chef des plus braves troupes du globo, n'aurait été mieux accueilli....
.... Mou oncle ralluma sa pipe..^. approchetoi y Trim , et raconte'^moi les histoires de ton vieux soldat indien.
Trira se plaça directement en face de mon oncle ^ et commença ainsi t
•*— n j avait un bon Hindoux.«.
En cet instant mon père parut & la porte de la chambre. *■■* Allons^ dit -il en lui-même ^ nos deux routiers de guerre sont encore occupés à tracer quelque nouveau plan de cam« pagne....
Trim se leva.
— Asseyez-vous! caporal! lui dît mon père, en lui faisant un salut trés-poli^ et mon père approcha un siège auprès de la cheminée.
— Reprends le récit de toft histoire, Trim, dit mon oncle.
— Il y avait un bon Hindoux , qui resta si long-temp» dan9 la même position , et avec la plus louable patience, qu'il en éprouva une contraction des plus douloureuses. Mais, con-»
FRAGMEN9» Sig
tinua Trim avec une simplicité naïve ^ vous ne savez pas pour quelle raison ?
— Je ne devine pas ^ répondit mon oncle»
— C'était afin d'éviter d'écraser un insecte , ajouta Trim.
Le sang généreux qui coulait dans les veines de mon oncle Tôbie^ reprit aussitôt sa circulation accoutumée.... et mon oncle rougit: toutes les fois que l'on parlait d'un sentiment ou d'une action qui honorait l'humanité , son sang jaillissait à grands flots vers son visage ^ et le colorait d'une flamme céleste.
— Que d'hommes ^ répondit mon oncle ^ qui se disent sociables, ne prendraient pas autant de peine pour sauver la vie de l'un de leurs semblables!... '
— Âh! Monsieur^ je suis bien sûr que l'histoire de ce pauvre Hindoux arrachera plus d'une larme à vos yeux , plus d'un soupir à
votre cœur Ah pardonnez - moi ! que dis-
je ? arracher! vos pleurs sont toujours prêts à couler sur l'infortuné quel qu'il soit.
Lorsque j'entendis Trim complimenter aussi délicatement mon oncle Tobie y ou plutôt rendre avec des couleurs si vives et si vraies , son humanité toujours égale ^ j'éprouvai une sensation pareille au toucher d'une main suave et
§20 fRAGUEK^i
sojeusc qui fiio caresserait avet amour! hvs libres de mon cœur rcsscnlirenl une titîUulion iiitilable cjue jo iraurais pas dcliangce conlrc l'expansive gaieté tïes plus aiirrables rieurs tU TuLivers!...
^M)V»^WMWM<%^<»»%»»M^<»%l ^ »»MA<W»W>iM>Y%»V^^^%»»»y»»%W»^ \lW>iVU<mftitVvwjtAtif