‹ Œuvres complètes de L. Sterne (volume 2)Chapitre 4 sur 41 · ET LA VEUVE · texte numérisé non relu

ET LA VEUVE

DE SAREPTE.

SERMON m:

« Le barii de farine ne se désemplira pas , et la crurlie «c d'hidie ne tarira point , selon les paroles de noire « Dieu , prononcées par la bouche du prophète Elisée. » Rois XVII. 16.

Cjes paroles nous rappellent un miracle opéré en faveur d'une veuve de Sarepte qui avait charitablement reçu le prophète Elisée dans sa maison^ et l'avait secouru dans un temps de famine et de détresse. Cette histoire , telle qu'elle nous est racontée dans les livres saints^ attendrit autant qu'elle intéresse; et, comme elle finit par une preuve remarquable de la bonté de Dieu envers cette veuve dans la résurrection de son fils^ nous devons regarder ces deux miracles comme la récompense d'un acte de piété; la puissance infinie les opéra , et

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Dous les laissa dans l'Écriture^ non pas seulement comme un témoignage de la mission divine du prophète ^ mais encore comme une marque de bénédiction répandue sur la charité et la bienveillance.

J'ai choisi, mes Frères^ cette anecdote sacrée ^ et je vais en faire la base fondamentale d'une exhortation à la charité en général; et^ pour que je puisse mieux l'adapter à la solennité de ce jour, je l'enrichirai de quelques réflexions pieuses qui exciteront sans doute en vous les sentimens de pitié dont mes projets ont besoin.

Le prophète Élizée avait fui deux fléaux épouvantables^ les approches de la famine, et la persécution d'Achab, ennenû violent : obéissant aux ordres de Dieu^ il s'était caché le long du ruisseau de Cherith. L'homme saint ^ dégagé à la fois des craintes et des vanités du inonde, et béni chaque jour par la Providence, demeurait dans cette solitude paisible et assurée ; les corbeaux du ciel, par un irèstinct niiraculeuacy lui apportaient le. matin et le soir du pain eu de la viande , eu il s^ abreuvait dans le ruisseau, La sécheresse continuait, et depuis trois ans et six mois les cataractes du ciel étaient fermées , quand le petit IV. 5

ruisseau^ sa fonlaine de consolation ^ se tarît et se dessécha , et Dieu lui inspira encore de chercher un asyle. Il lui ordonna deseleveret d'aller à Snrepie tout auprès de Sidoriy eii l'assurant qu'il avait disposé le cœiir d'une veuve à le secourir.

Le prophète fut docile à la voix de sou Dieu. La main qui le conduisait aux portes de la cité, en faisait sortir la pauvre veuve, accablée de douleurs. Elle allait mélancoliquement préparer son dernier repas, et le partager avec son fils.

Sans doute elle s'était long-temps débattue avec cette catastrophe terrible • elle avait employé tous les moyens économiques que sa conservation et l'amour maternel pouvaient lui inspirer; elle avait rempli son cœur dé sonc's et de lendres appréhensions relie avait souvent soupiré en disant : Mon fils mourra aidant h feiour de t abondance .

Veuve, ello avait perdu depuis long-temps le seul ami fidèle qui l'eut assisté dans ce vertueux Combat; elle allait enfin succomber sous les coups de la nécessité dont elle était devenue k proie aisée, quand Elisée arriva. // l'appela et lui dit : Apportez-moi ^ je Vous prie^ un peu deau dans une coupe , que je boiçc. Et

comme elle allait la chercher , il la rappela et lui dit : apportez-moi , Je vous prie , un morceau de pain dans le creux de votre main; et elle répondit : Comme le Seigneur ton Dieu est vivant ^je ri ai point depcdn , mais seulement une poignée de farine dans un baril , et un peu d'huile dans une cruche, f^ois , je vais ramassant quelques broussailles pour la cuire , la manger açec mon fils , et puis mourir. Et Elisée lui dit : Ne craignez rien , allez et faites ce que vous açez dit , mais préparez^ moi d abord un petit gâteau y apportez-le moi^ et après cela vous en ferez un pour vous et votre fils : car le Dieu d'Israël a dit : le baril de farine ne se désemplira point ^ et la cruche d'huile ne tarira pas jusqiCcoA jour que fenrverrcd la pluie sur la terre, La véritable charité ne veut pas clicrchcr des excuses^ et il s'ea présentait ici beaucoup. La veuve aurait pu insister sur la situation qui lui liait les mains y et sur le peu de raison de la demande du propliète; elle aurait pu dire qu'elle se trouvait réduite à la dernière exlrémilé, et qu'il répugnait à la justice et à la loi delà nature^ qu'elle

dérobât à son fils son dernier morceau pour le

donner à un étranger.

Mais cbez les esprits généreux^ la compas-

sîon est quelque chose de plus que la balance de rintérét propre. Dieu a tissu dans leur caractère cette douce vertu , pour les tenir en garde contre les charmes de l'égoïsme ; et la veuve va l'exercer. Observez que, quoique le prophète finît sa demande en lui promettant de multiplier ses richesses , cette récompense ne détermina pas sa bonne action. Un tel mélange d'intérêt en devenant le motif, eût sans doute bien diminué son mérite. La réflexion qu'elle fait , nous apprend bientôt le contraire : Oui y dit-elle ,yV connais que tu es F homme de Dieu , et que la parole du Seigneur dans ta bouche est la vérité.

Elle était outre cela habitante de Sarepte , ville dépendante de Sidon , métropole de la Fhénicie, hors des limites du peuple de Dieu : elle avait été , par conséquent , élevée dans les ténèbres d'une idolâtrie grossière, et danÀ l'ignorance du Dieu d'Israël , ou bien si elle avait entendu prononcer son nom , on l'avait instruite à ne pas croire aux miracles de sa main toute-puissante , et moins encore à ajouter foi à son prophète.

Bien plus, elle pouvait raisonner ainsi : si cet homme par quelque mystère secret ou par la puissance de Dieu est capable de me fournir

des secours surnaturels ^ d!oii vient qu'il est lui-même dans le besoin^ opprimé par la faim et la soif.

Oui. La veuve de Sarepte agit par un pur mouvement d'humanité ; elle regarda le prophète comme le compagnon de ses peines :

elle considéra qu'il venait de parcourir un pays épuisé par les feux de la sécheresse y où la libéralité seule pouvait procurer un peu de pain et d^eau; que le voyageur malheureux étant un étranger inconnu , ce titre , qui semblait devoir lui trouver des amis^ aggravait son infortune : elle réfléchit (la charité est inventive ) qu'il était peut-être bien éloigné de sa patrie^ et hors de la portée des bons ofEces qu'auraient pu lui rendre ceux qui , dans ce moment^ pleuraient sur son absence. Son cœur fut attendri de pitié; elle se tourna vers lui en silence , et lui accorda ce qu^il avait dit y et voilà qtCelle , son fils et ses domestiques mangèrent plusieurs jours y et que le baril de farine et la cruche d^ huile ne tarirent pas jusqu'au jour que Dieu envoya la pluie sur la terre.

Le danger de la famine étant passé ^ sans doute cette mère affectueuse jeta un regard d'espoir sur le reste des jours de sa vie : cela

était naturel. Il y avait beaucoup de veuves en Israël quand les cataractes du ciel se fermèrent j)our trois ans et six mois , et St. Luc observe que le prophète ne fut envoyé qu^ à celle de Sarepte : 11 est probable qu^elIe ne fut pas la dernière à faire cette observation, et à en induire les conséquences les plus flatteuses pour son fils, rius d'une mère en a bâti de plus élevées sur une base moins sûre. « Le Dieu c( d'Israël nous a envoyé son inessager dans « notre détresse, il a traversé les demeures « de son peuple, et ne s'est arrêté qu'à la « mienne, il Ta sauvée delà destruction. Ab!

« ce miracle est un gage assuré de ses bonnes « intentions pour nous, lia, pour le moins, « résolu de réjouir ma vieillesse par le specta- « cle de la sauté de mon fils; peut -être lui « réscrve-t-il de plus grands avantages? peut- « élre vivrai-je pourvoir sa main le couronner « de gloire et d'honneur. » Nous pouvons aisément nous la représenter se laissant porter et entraîner par de telles pensées, quaod tout à coup une maladie imprévue attaqua son fils, et écrasa dans un moment l'édifice de ses espérances. Sa maladie fut si considérable que le sojuffle s' éieignit en lui* Xes plaintes du malheur sont rarement jus«

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tes. Quoique Elisée eût préservé la veuve et le fils d'un trépas certain , et qu'il dût être soupçonné la dernière cause d'un accident aussi triste, cependant cette mère passionnée l'accusa dans son premier transport d'être l'auteur de ses infortunes^ comme s'il avait fait descendre le malheur sur une maison qui lui avait prêté un secours hospitalier. Le prophète était trop saisi de compassion pour répondre à une accusation aussi dure. 1/ prit l'enfant de dessus le sein de sa nière y le coucha dessus son litj et s'écria : « O Seigneur^ mon Dïeu! as- « tu affligé ainsi la veuve qui ma reçu , en « lui enlevant son fils y est-ce la récompense « de sa charité et de sa bonté? Tu lui as d'a- « bord dérobé la compagne chérie de sa joie c( et de sts chagrins^ et à présent y qu'elle est « veuve, et qu'elle doit le plus s'altendre à la w protection, vois, tu viens de faire tomber le « seul appui qui restait à sa vieillesse : ô mon « Dieu ! je t'en supplie, que son fils soit rendu « à la vie ».

La prière était fervente \ elle annonçait la détresse d'un homme profondément blessé de la douleur de son semblable i et le cœur d'Elisée était encore déchiré par d'autres passions : il était jaloux du nom et de la gloire de sou

Dieu ^ et il croyait que non- seulement sa toutepuissance^ mais encore sa bonté étaient compromises dans cet événement. De quel triomphe les prophètes de Baal allaient jouir! quels traits amers devaient partir de leur bouches! Le Dieu d! Israël y auraient-ils dit^ est sans doute occupé ailleurs ; il parle y il a)oyage , il dort peut-être y et a besoin dêtre éveillé. Le prophète était lui-même intéressé au succès de ses prières : les cœurs honnêtes ont peur du scandale; il craignait que parmi les païens il ne s'élevât quelque esprit méchant et caustique qui ^ en semant cette nouvelle ^ Ht avec joie ces réflexions : « Eh bien y cette veuve de « Sarepte a reçu dans sa maison le messager « de ce Dieu, elle Va secouru; voyez com- « ment elle en est récompensée. Assurément (( le prophète est un ingrat ; il a manqué de <c pouvoir, et, ce qu'il y a de pire, il a man- «c que de pitié. »

Elisée plaidait par conséquent la cause de la veuve et celle de la charité. Cette vertu venait de recevoir une blessure profonde , et elle eût été incurable si Dieu avait refusé son témoignag4llën sa faveur. Dieu écouta la voix d Elisée , eu t enfant de la veuve ressuscita f Elisée le prit, le porta de sa chambre dans

la maison y et le donna à sa mère , en lui disant : "voyez , votre fils vit.

Ah ! quel plaisir p6ur une ame généreuse de s'arrêter ici un moment, et de se peindre un événement aussi plein de charmes! de voir d'un côté, l'extase d'une mère partagée entre la surprise et la reconnaissance, et l'impétuosité de la joie submergeant son ame depuis long-temps resserrée par la douleur ; et d'admirer de l'autre l'homme saint s'approchant avec l'enfant dans ses bras , les yeux brillans d'un triomphe honnête, mais adoucis en même temps par la bonté de son caractère , et par le spectacle de la nature heureuse. Ce riche ta«bleau attend le pinceau d'un grand maître ; il m'entraînerait d'ailleurs loin de mon sujet.

Mon premier motif est d'embellir par un £ilt également conforme à la raison et à l'Ecriture^ cette maxime utile : Rarement une bonne action est perdue : il est au contraire plus que vraisemblable que dans cette vie même ce qui a élé semé sera recueilli. Jette ton pain sur les eaux^ et tu le trouveras après quelques jours. Tiens Heu à un orphelin de son père , et à une veuve de son époux , tu seras ainsi V enfant du Trè»- Haut , et il t* aimera plus que ta mère même. j4ye r esprit plein de bonnes actions , car tu ne

sais pas quels maux tomberont sur la terre , et y quand tu succomberas , tu trovçeras un appui : il te préservera de toute affliction , eu combattra mieux tous tes ennemis qu^unvaste bouclier et qiCune pique acérée.

L'instabilité des choses humaines et leur fluctuation constantes nous fournissent des occasions perpétuelles de recourir vers Tasile de la pitié et de la charité.

Combien de malheurs arrivent par des accidens successifs! combien pjar les dangers de la navigation^ et du commerce^ et par des projets déconcertés ! combien par les dépenses excessives des pères, l'extravagance des enfans , et par mille autres moyens , qui attachent les ailes aux richesses, et leur ouvrent toutes les portes. Les familles sont sujettes à tant de révolutions étonnantes , qu'on peut assurer que, dans les changemens qu'un siècle opère , la postérité de celui qui arrose les arbres orgueilleux viendra un jour se mettre sous eux à l'abri des intempéries de l'air. La roue , hélas, tourne si souvent que plus d'un homme doit jouir du bienfait de cette charité que sa piété fait aux autres.

Indépendamment de la protection que Dieu assui^e aux bons^ la charité et la bienveillance

secourent riiomme dans les afflictions^ elles adoucissent son cœur^ et lient tous ses deairs à rinte'rét commun. Quand un homme compatissant tombe ^ qui n^a pas pitié de lui? qui n'accourt point pour le relever? le cœur le plus barbare insultera-t-il sans remords à sa cliute? la lâcheté même, en dépit d'elle, conduit à la charité; elle n'a qu'à calculer l'usure qu'elle peut un Jour recevoir d'une bonne action : tant il est évident que , dans le cours général des choses^ un bon office est toujours récompensé ! j'ai dit général , et pourquoi ? la récompense est inséparable de l'action même ; demandez à Thomme miséricordieux , qui a toujours une larme de tendresse prête à couler sur rinfortuné , et du pain à partager avec lui , si tout ce que les plus grands génies ont dit du plaisir , a exprimé ce qu'il a senti quand, par un bienfait favorable , il a entendu la joie retentir dans le cœur de la veuve? voyez dans ses yeux les marques inaltérables du plaisir et de l'harmonie , et dites que Salomon n'a pas fixé la vraie jouissance quand il a dit : Les honneurs et les richesses n! apportent aucwh ' autre avantage à t homme que celui de bien faire avec elles pendant sa vie-

Il n'a pas porté ce jugement sans rais'jn.

Sans doute il avait calculé l'insuflisance des plaisirs des sens. Il leur était impossible, selon lui, de former un système raisonnable de bonheur* ils s'écoulaient si vite, et les moins criminels n'étaient enfin que vanité et vexations de l'esprit. La charité, au contraire, est d'une nature si pure et si raffinée, qu'elle brûle sans se consumer; c'est allégoriquement le baril de farine et la cruche d huile qui ne tarissenù pas. Il est facile d'ajouter un poids au témoignage deSalomonen faveur du plaisir delà bienveillance, et le philosophe Épicure nous le fournira. Son jugement ne peut ctre récusé; c'était un sensualiste parfait. Au milieu des raffinemens qu'une imagination désordonnée peut donner aux plaisirs, il soutenait que la meilleure façon d'augmenter son bonheur était de le communiquer aux autres.

S'il était nécessaire d'établir une pareille doctrine, on pourrait assurer qu'indépendamment de la jouissance que l'esprit de l'homme goûte dans l'exercice de cette vertu, son corps n'est jamais dans un aussi parfait équilibre que lorsqu'il se penche vers la bienfaisance, et que si rien ne contribue autant àla santé, rien n'en est une aussi forte preuve.

Soumettons à la réflexion de chacun la vérité

de cette opinion. Oui , la répugnance à faire le bien y est souvent suivie , si elle n'est pas produite , par une indisposition secrète de la partie animale et raisonnable. Le corps et Fesprit ont réciproquement ici une influence bien visible. Mettant de côté tout raisonnement abstrait^ je ne puis concevoir que les mouvemens mécaniques qui maintiennent la vie^ se déployent avec la même vigueur et la même souplesse dans le malheureux et sordide égoïste^ dont le cœur étroit et contracté ne s^est jamais attendri aux malheurs des autres^ que dans celui qu'une ame généreuse et bonne fait pencher éternellement vers la compassion. Ce malheureux est assis ^ couvant des projets, et ne sentant rien j il ne jouit que de lui-même , et Ton peut en dire ce qu'un grand homme a prononcé sur celui qui manqua de justice : (( Il est toujours «prêt à trahir, à ruser, à dépouiller; les u mouvemens de son esprit sont durs comme « le marbre ; ses affections sont ténébreuses (c comme la nuit , ne vous confiez pas à cet « homme. »

Ce que les théologiens ont dit de l'esprit , des naturalistes l'ont dit sur le corps. Il n y a point de passion aussi naturelle que l'amour , et ^ quoique l'exemple que je viens de citer n'eu

8oit pas une preuve, il est indubitable cependant que riiomme le plus dur a long-temps combattu avec lui-même avant que de mériter la gloire d'un pareil caractère. Les habitudes vicieuses sont bien diiliciles à subjuguer^ mais les impressions naturelles de la bienfaisance sont aussi difficiles à réduire qu'elles : il faut qu'un homme fasse de longs efforts pour arra* ther de son cœur cette partie si noble de sa nature. L'antiquité nous en laisse un bel exemple. Alexandre, le tyran de Phérès, qui a\ait eu l'iadustrie d'endurcir son cœur de mariièie à prendre plaisir aux meurtres que sa cruauté faisait Sdtis cause et sans pitié de ses sujets , fut telktïient touché des malheurs fantastiques d'Hécube et d'Andromaque, à une représentalion de cette tragédie , qu'il fondit en larmes. L'explication de cette inconséquence est facile, fet jette un grand jour sur la nature humaine. Dans le cours de sa vie réelle y il élait aveuglé par ses passions , et guidé par son intérêt ou son ressentiment ; ici , ces motifs ne trouvent point de place , ses affections étaient préoccupées, et ses vices endormis : alors la nature n^éveillait eft triomphe, et elle démontrait combien profondément elle a planté dans lé cœur de Fliomme les racines de la pitié.. \ci

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tyrans mêmes ne peuvent pas les en extirper entièrement.

Mais je peins la plus aimable des vertus avec les ombres que la méchanceté me fournit^ tandis que nous devons nouslivrcr à ses charmes naturels^ et demander s'il existe sous le ciel rien d'aussi délicieujc qu'elle? Rentrons en nous-méme ; et^ pour un moment^ imaginons que nous avons à tracer le plus parfait caractère^ celui qui^ selon nos idées sur la nature de Dieu ^ peut lui plaire davantage^ et faire l'admiration du monde entier. J'en appelle tout de suite à notre réQexion.La première idée qui a frappé notre esprit ne nous a-t-elle pas représenté le bienfaiteur compatissant tendant sa main à l'orphelin et à la veuve ? De quelques vertus que nous ayons voulu parer notre héros, tious nous sommes tous accordés à en faire uil Ami généreux qui pense que le seul charme de la prospérité est de faire du bien^tious l'avons peint sous l'emblème de cette rivière de Dieu, arrosant la terre altérée, et enrichissant les hoifimeSy portant parmi eux l'abondance et la joie. Si cela ne suffisait pas^ et que nous Voulussions ajouter un nouveau degré de perfection à ce portrait^ au cas que la nature humaine put nous fournir un patron , nous nous effor-

cerions de concevoir un homme qui , pour ar^^ réterle cours de nos aQlictions^ se sacriGâtlui' xnéme , oubliât ses intérêts les plus chers , et donnât sa vie am bonheur du genre humain.

Ici^ mon aimable Sauveur ^ ta bonté illimitée vientfrapper et attendrir mon cœur. Tu déteins pauvre pournous enrichir i mattre du monde, tu ne sus pas où reposer ta tête. Égal en pouvoir et en gloire au Dieu de la nature^ ^u te fis homme , et pris la figure d^un esclave. Tu le 30umis sans ouvrir la bouche a toutes les indignités qu'un peuple ingrat te présenta : enfin y pour accomplir notre salut ^ tu devifxs obéis-^. santjusqu^à lamort; tu voulus en ce jour être conduit comme un agneau à la boucherie.

Ce spectacle étonnant de compassion^ offert aujourd'hui par le Fils de Dieu ^ est Pappel le plus sur qu'on puisse porter au cœur de l'homme ; il est l'argument le plus fort dont se servent les apôtres dans toutes leurs exhortations aux bonnes œuvres ^ voyez comme le Christ nous a aimés. La conséquence en est inévitable; elle donne de la force et de la beauté à tout ce qu'on peut dire sur ce sujet. Je l'ai réservée pour la fin de mon discours ; elle laissera dans vos âmes l'impression de la pitié que je vous demande pour les enfans malheureux qui en

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sont l'objet En réfléchissant sur les travaux péuibles de Famour qui causa la mort à notre Seigneur , vous considérez quelle dette immense nous est imposée envers notre prochain ; et ^ vous rappellant un modèle aussi aimable de bonnes œuvres , vous apprendrez de quelle manière il faut les faire.

De toutes les méthodes usitées de &ire du bien , je n'en connais pas de plus utile que celle pour laquelle nous sommes ici rassemblés. L'éducation des enfans pauvres étant la pierre fondamentale de toute espèce de charité^ elle fait que tous les actes subséquens répondent s^ l'instruction pieuse du bienfaiteur.

Sans l'éducation combien les projets de la bienveillance perdent k jamais l'e^et que s'était promis l'homme bienfaisant? on laisse une jeune plante exposée aux injures de l'air et des saisons, et l'on voudrait prendre soin d'elle quand toutes ses racines sont flétries et presque desséchées! Oui, un établissement en faveur de l'enfance est la base de la charité, ajoutons et de la police universelle ; tant le défaut d'éducation a entraîné de fâcheuses conséquences, qui ont été ressenties d'abord par l'individu négligé , et puis par la société dont il est un des membres. Quand on considère | d'une part, IV, 4

5o SCRHOV III.

la séduction d^une morale relâchée et de l'inté-* rét ; et, de l'autre , les effets delà superstition, ou peut assurer qu^il aurait mieux valu pour cette contrée avoir fait des dépenses extraordinaires pour corriger ces vices, et semer de bons principes dans le cœur des enfans du peuple , que de prendre les armes contre les effets dé* sastreux de la rébellion occasionnée par la négligence. Rapportons- nous- en à Fanticpité vénérable. L'éducation y était d'une si grande importance pour la paix et le bonheur communs , que quelques républiques , et les plus sages sans doute en avaient fait un commandement légal j elles sentirent qu'il était plus sûr de s'en rapportera la prudence du magistrat qu'à la tendresse peu éclairée des pères.

Le calcul des Lacédémoniens dans cet objet de leur police était sur. Lorsque Antipater leur demanda cinquante enfans en otage, ils lui firent cette réponse sage et héroïque : Nous aimerions mieux ^ous donner le double dt hommes faits. Ils faisaient entendre que^ quoiqu'ils se trouvassent dans la détresse, ib préféraient tous les hasards, à la perte de l'éducation nationale , à l'ignorance de la religion , à celle des lois et de l'industrie de leur pays. S'ils attachaient cette importance a l'éducation

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des enfans de tous les états ^ que dirons-uous de ceux que la Providence a destinés aux derniers rangs de la société? sans parens^ sans amis qui les dirigent^ ils sont jetés hors de la voie de l'instruction^ offerts seulement à la pitié publique. Lies dangers qui les environnent sont si nombreux et si grands, qae, pour un voyageur qui navigue sans périls et heureusement sur cette mer immense, mille malheureux y naufragent et sont perdus à jamais.

Si jamais la charité peut exercer des actes de bienfaisance, ah! voici le cas où les cris des hommes l'appellent davantage. Je n'ai besoin pour convaincre les ennemis de ces établissemens de piété ^ que de mettre sous leurs yeux le spectacle de la misère de l'enfance.

Allons vers la demeure de l'infortuné , entrons dans cette cabane de deuil où la pauvreté et l'affliction régnent ensemble. Voyons cette veuve inconsolable , assise , trempée de larmes; elle les verse sur son enfant qu'elle ne peut secourir I «( O mon fils ! te voilà laissé danà un » monde vicieux , rempli de pièges et de ten- » tations pour ton âge sans expérience. Peut- I) être mon amour exagère-t-il les dangers;.... » mais quand je considère que tu vas être porté » nu au milieu d'eux ^ sans amis , sans fof-

Si SËKMoir m.

ce tune^ sans instruclion ^ mon cœur saign<^ « d'avance des maux qui vont se précipiter sur « toi. Dieu^ en qui je mets ma confiance^ est « témoin que y dans Tétat humble où il nous a « placés^ nous n'avons jamais souhaité de te M rendre riche, mais seulement vertueux. Ton a père, mon mari y était un homme de bien y « il craignait le Seigneur ; et y quoique tous « les fruits de ses soins et de son industrie fustf sent à peine suffîsans pour nourrir sa famille, « cependant il voulait en réserver une partie t< pour te placer dans la voie de l'instruction, i( Mais, hélas! il est mort, et avec lui tous les « moyens sont perdus. Vois, le créancier est « à notre porte y pour emporter tout ce que t< nous avons. )i

L'éloquence de la douleur est difficilement imitable ; mais que l'ami de l'humanité et de ses afQictions se représente une veuve se ptai* gnant ainsi, et qu'il considère s'il est une doubleur pareille à la sienne y ou s'il est une charité comme celle de prendre son enfant de dessus le sein de la mère, et de la munir con^ tre ses appréhensions?

Si un pa'ien, étranger k notre religion et à ses préceptes de bienfaisance, passait en ^qya^eant àwpvès d'elle^ n'e/i aurait-elle pas

SEKMON III. &5

pitié ? Dieu préserve un cbrétien de la regar^ der, et de prendre Vautre côté, du chemin,

Âh! qu'au contraire, et conformément à la leçon du Seigneur ^ il panse ses blessures , qu'il verse la consolation dans le cœur d'une femme que la main de Dieu a frappée ; qu'il imite le transport d'Elisée, en disant à cette veuve affligée : VoyéZy votre fils vitJX vit par ma charité, et pour tous les desseins qui rendent la vie désirable pour être un homme de bien et un sujet fidèle; il va , par mes soins^ être instruit de tous ses devoirs, et des vérités du monde à venir ; quant au monde présent , il va apprendre à aimer un travail hannéte , et à manger pendant toute sa vie le pain de la joie et de la reconnaissance.

Que la paix et le bonheur reposent sur celui qui conduit ainsi vers Jésus- Christ les enfans qu'il aime. Que leurs bénédictions s'accumulent autour de sa tête ; que Dieu le secoure dans sts besoins, et lorsqu'il est étendu sur son lit de douleur, ô Dieu! donne-lui, pour les largesses qu'il a répandues sur tes enfans, ce que le monde ne peut lui donner ni lui ravir. Ainsi soit-il I

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