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n Et dans le temps qu'il n'y açaii point de rots dans « IsraSHj ilarriça qu'un Lét^iie qui habitait d'uncâié « du moni Epkrdim , prit avec lui une concubine. »
U NE concubine! oui mes frères; mais observez que le texte rend raison delà conduite qui vous parait étrange : dans te temps tjiCil riy avait point de roù dans Israël : ce lévite usant alors du droit conunun^ vous dirai- je, fit ce qui parut bon à ses yeux , et sa concubine, ajouterez-vous^imita cette liberté, car, après V avoir maltraité^ elle s* en alla.
Le scandale etla bonté vont donc partir avec elle ? partout où elle va chercher un asile , la main de la justice fermera brusquement sans doute la porte à sa rencontre? Non , elle s*ea
SERMOH IT. 5S
alla à Bethléem dans la maison de sonpère, où elle séjourna quatre mois entiers.
Oh ! le bienheureax intervalle pour mëditer sur la fragilité et la vanité des plaisirs de ce inonde! Je vois le saint homme à deux genoux , les mains attachées sur son cœur et les yeux levés vers le ciel^ remerciant le Très-Haut de ce que l'objet qui avait si long- temps partagé son affection > venait par sa fuite de le résigner à son culte.
Non, mes frères, ce n'est point encore cela , et le texte sacré nous dépeint bien différemment la situation du lévite.
a U se leva^ nous dit-il , il prit son esclave « et deux ânes^ courut après sa compagne fuie gitlve pour lui parler amicalement et la race mener chez lui; elle le conduisit dans la c< maison de son père, et dès que celui-ci l'eut H aperçu, il se réjouit de Tavoir rencontré. »
Quel groupe sentimental I diront ici les critiques du siècle : et c'est ainsi que les commentateurs, mes chers frères , parlent de tout. Faites l'esquisse de l'histoire la plus innocente, et cédez un instant votre pinceau à la pruderie ^ ou à la mauvaise humeur , elles finiront votre tableau avec des Uftitssi durs^ et un coloris si
56 sBnifON ir:
sale y que rhonnéteté et la candeur rougiroiil à son aspect.
Esprits vertueux , qui ne savez être rigides interprètes que de vos propres défauts ^ )e m'adresse à vous ^ à vous, avocats désintéressés du malheureux qui se méprend. Pourquoi ne veut-on pas imiter votre bonté 7 Combien de fois avez -vous répété que les actions d'un homme ne sont pas toujours un motif pour le condamner, qu'elles sont environnées de mille circonstances qui ne se présentent pas à la première vue, que les ressorts qui l'ont poussé sont profondément cachés, que, parmi la foule des malheureux qui sont à chaque instant cités au jugement du pubUc, il en est mille dont l'esprit seul a péché, et qui ont été mal intenprétésj que, pour ceux dont le cœur a erré, la force des passions qui les ont excités, les difficultés qui les ont enflammés, l'attrait de l'objet qui les a captivés, et peut-être même les combats de la vertu avant sa défaite , peuvent les faire utilement recourir de la sévérité de la jus^ tice au jugement de la pitié ?
Arrêtons-nous encore un moment à l'histoire du lévite et de sa concubine : semblable à toutes les autres,^lle dépend beaucoup de la manière dont on la raconte ^ et comme l'Ecriture ne
nous a laissé sur «lie aucun commentaire y le coeur peut en commander un à l'imagination ; mais la décence ne s'éloignera pas du texte.
« Et dans le temps qu'il n'y avait point de « roi dans Israël , un lévite qui demeurait d'un M côté du mont Ephraïm ^ prit avec lui une « concubine. »
O Abraham ! 6 toi le père des croyans ! si cette conduite était blâmable y pourquoi eH donnas-tu un exemple si séduisant aux yeux de la postérité ? pourquoi le Dieu d'Isaac et de Jaeob bénit-il si souvent la génération d'une pareille licence y promit-il de la multiplier comme les sables de la mer ^ et de faire naître d'elle les princes de la terre?
Dieu seul peut dispenser de la loi qu'il a faite y et nous trouvons dans les livres saints que. les patriarches^ dont le cœur aspirait le •plus vers le ciel ^ usèrent sans doute par saper* •mission de cette dispense. Abraham prit Agar^ , Jacob y outre ses deux femmes y Rachel et Lài, s'accommoda de Zilpha et Bilha^ dont quelque tribus descendirent. David eut dix- sept .femmes et dix concubines.^ Jéroboam «n eut soixante , et ^ ce qui parait moins blâmable par la chose en elle-même que par son abus y Sa*- .lomon y dont les excès insultèrent aux privi-
58 SERMOZf IT.
légea du genre humain ^ Salomon fut encore plus étonnant , par le même plan du luxe qui lui rendît nécessaires quarante mille écuries ; il se méprit dans le calcul de seB besoins^ et se donna mille sept cents femmes et trois cents concubines.
Homme sage I homme abusé ! si tes belles maiimes et tes judicieux proverbes n'eussent amendé tes folles pratiques , où en serais-tu ?
trois cents détournons nos pas , mes frères,
d'une pierre d'à choppementr aussi dangereuse.
Notre lévite n'en eut qu'une, le texte hébreu dit même une épouse concubine , pour la distinguer de cette espèce vile qui marche dans l'obscurité de la nuit sous le toit du débauché, et qui se glisse dans la porte ouverte pour elle. Nous savons par des commentateurs, que, dans l'économie juive, elles ne différaient des véritables épouses que dans quelques cérémonies et stipulations extérieures, et qu'elles se livraient k leur époux ( on le nommait ainsi ) de bonD& foi et avec affection.
Le lévite avait sans doute besoin départager avec une compagne sa triste soUtude , et dé remplir d'un objet aimé le vide de son cœur j car, nonobstant toutes les excellentes choses en faveur de la retraite, qu'on trouve dans beau-
SERHON ly. 5j
coup de livres, il n'est pas bon pour Thomme d'être seul. Le pédant le plus froid ne frappera jamais nos oreilles d^une réponse satisfaisante contre cette sainte maxime : au milieu des plus bruyantes leçons de la philosophie , la nature élève sans cesse sa voix persua>ive pour la société et l'amitié : un cœur bon et généreux en réclame toujours un second, et il languit et se dessèche s'il en est abandonné.
Qu'un solitaire en sa torpeur marche vers le ciel seul et sans compagne; quant à moi, je n'en trouverais jamais ainsi le chemin : que je sois sage et religieux ; mais que je sois homme» Grand Dieu! en quelque poste que me place ki Providence, quelque voie qu'elle me prescrive pour arriver à ton sein, donne -moi un compagnon de voyage , quand ce ne serait que pour lui montrer combien nos ombres sV.grandissent à mesure que le soleil baisse, quand ce ne serait que pour lui dire, ohl combien la face de la nature est fraîche et colorée ! comme les fleurs des champs sont belles I combien \c% fruit des arbres sont délicieux !
Hélas ! ceux que le lévite va manger seront plus amers que les herbes dont la Paque cou^ vrira sa table; tandis qu'ils suivent ensemble
6o SERMOK IV*
le sentier de la vie^ elle détourne de lui ses pas infidèles^ et s'enfuit.
La moitié douce et tranquille du genre humain est ordinairement outragée par l'autre ; mais^ dans cette fatalité , il lui reste un précieux avantage ^ elle pardonne : quel que soit le ressentiment de l'injure qu'on fait à l'homme de paix, l'orgueil ne surveille pas de si près le pardon qu'il accorde^ que dans le cœur de l'homme superbe. Nous serions même plus enclins à cette aimable vertu si le monde nous le permettait; mais il est là pour interpréter nos pardons^ et surtout ceux dont il s'agit ici : il a ses lois auxquelles le cœur ne se soumet pas toujours^ et elles exercent sur nous un pouvoir si réel et si peu apparent^ qu'il faut à l'homme honnête toute la fermeté de ses principes pour leur résister.
Quel combat notre lévite n'eut-il pas à soutenir contre lui-même^ contre sa concubine^ et contre l'opinion de sa tribu sur son injure I pendant la période de quatre mois entiers^ chaque passion dut régner à son tour ; et ^ dans le flux et reflux des moins douces de celles qui devaient l'agiter , la pitié sans doute se fit queU quefois entendre ; la religion ne garda pas non plus le silence^ et la charité murmura souveni
SfiRuoN itr, 6c
A>û doux langage; chaque objet qu'il voyait sur les côtés du moût Ephraïm, chaque grotte qui lui présentait sa fraîcheur, chaque bocage qui arrêtait ses pas inquiets, devait solliciter le souvenir de son bonheur passé , et éveiller dans son ame un sentiment favorable à l'objet qui l'avait séduit.
J'avoue. .. oh! j'avoue, devait-il s'écrier, que cette perfidie est bien grande; mais la porte de la merci doit-elle lui être fermée pour toujours? une infidélité est-elle le seul crime que l'homme outragé ne puisse pardonner, et duquel la raison ne doive pas oublier la cicatrice ? est-ce en effet le plus noir de tous ? dans quel tarif des offenses humaines l'a-t-on ainsi évalué? est-ce parce qu'il est bien difficile à supporter? ah! mon cœur s'écrie, oui, oui:
mais demandons-lui si toutes les passions ensemble n'affilent pas le poignard qui pénètre dans mes entrailles : demandons-lui si ce n'est pas autant l'orgueil et le respect humain que le sentiment de mes vertus qui empoisonnent et irritent la plaie cruelle que cette femme m'a &ite. Dieu miséricordieux ! si cela était, pourquoi persécuterais-je dans un transport de fierté la malheureuse que tu as créée et qui t'appartient? n'jr a-t-il pas une gradation dans
toutes les fautes? quand elle eut perpétré son crime ^ eh bien ! elle oublia le compagnon de son offense^ et vola dans les bras de son père. N'y a-t*il aucune différence entre un coupable qui sort précipitanuneut de la route de la vertu^ et s'enfuit dans la conscience de sa déprayation^ et le voyageur imprudent qui s'égare par mégarde^ et rétrograde sur ses pas dès qu'il aperçoit son erreur / Oh ! que le sentiment de la douleur d'avoir conmiis une offense est doux ^ans un cœur qui ne veut plus la commettre !
C'est sur cet autel seul que je t'offrirai mou injure. La punition qu'un esprit ingénieux , frappé du remords de sa faute , exerce sur luimême y est bien cruelle ; si elle ne l'expie pas tout- à-fait; Dieu juste^ doue-moi du don de l'oubli. La merci sied si bien au cœur des hommes; mais encore plus à celui de ton ministre, d'un lévite qui, chaque jour, t'offre tant de sacrifices pour les transgressions de ton peuple. Ah! j'ai bien peu profité autour de tes autels, si je n'ai pas appris à pratiquer le pardon que je poursuis sans cesse pour les autres à ton tribunal. Que la paix et le bonheur repo* sent sur la tête de l'homme qui parle ainsi.
M II se leva et courut après elle pour lui Il parler amicalement, pour parlera son cœur,
SERMOir IV. 65
K poor lui rappeler leurs premières caresses , « pour lui dire enfin , combien peu elle aimait ' « son mari, combien peu elle s'aimait elle- « même. »
Les reproches de Tbomme miséricordieux aont doux et tranquilles ; peu semblables aux efforts que fait sur lui Thomme orgeuilleux et inexorable , efforts qui humilient encore plus ceux auxquels il pardonne ; ces reproches, disje, sont calmes et coi/r/oû comme le génie qui yeiUe sur son caractère. Comment le lévite pouvait-il ne pas ramener chez lui sa concubine ? Comment son père pouvait-il ne pas ouvrir son cœur à la générosité ? 11 le vit , et se réjouit de l'avoir rencontré : il le pressa de jour en jour de rester avec lui ; conforte Ion cœur / lui dit-il , et livre-le à la joie.
Si la pitié et la vertu dictèrent les préliminaires de la paix , l'amour sans doute la scela irrévocablement. Grand , trois fois grand est 3on pouvoir pour renouer ce qui a été brisé , et pour effacer les injures delà mémoire même. Le lévite se leva ainsi que sa concubine et ses esclaves , et ils partirent.
Il est inutile de poursuivre plus loin cette histoire. La catastrophe en est horrible, et elU lions mènerait au-delà des bornes que je m»
64 sERMon tr.
suis prescrites. J'en veux à présent aux juge* mens téméraires; et les acteurs que je viens de mettre sur la scène apprendront à ceux qui jouent sur celle du monde ^ combien peu de douceur ils doivent attendre de lui.
Une grande partie de notre temps est em<plojée à dire ou à ouïr du mal de notre prochain. Le théâtre est toujours occupé parquel* que infortuné* Chaque heure, chaque moment apportent un épisode étrange ou terrible qui prolonge Fétonnement et perpétue le babil.
Comment peut-on se comporter ainsi ? quelle conduite! quelle vie! voilà la formule de toutes les conversations , et ce serait beaucoup si la censure en restait-là. 11 n'est pas, par conséquent , de vertu sociale plus digne de Thomme que celle qui lui donnerait la force de résister a ce torrent. Les^ sources qui le nourrissent sont nombreuses , et les tourbillons qui nous le rendent dangereux dans notre passage , sont aussi subits que violens. Rendons ce discours utile à la société, en traçant la marche de ce torrent depuis les sources qui l'alimentent.
La première qui s'offre à nos regards, peut^ si la spéculation précéda jamais la pratique , dériver d'une innocente curiosité ,* c'est lorsqu'avec plus de zèle que d'instruction nous ra-
SïRifON in 65
contons uû phénomène avant de nous assurer de son existence* Les Romains ^ dit Feslus ( Actes des Apôtres , cliap. i5. t. i6. ) ne couf* damnent personne à la mort ( et moins encore au martyre) avant de l'avoir entendu; et le jujje qui prononcerait sa sentence avant cette formalité , encourrait et le blâme et les peines dus à la contravention des lois naturelles et civiles. Mais nous sommes généralement si près-* ses de dire notre avis , que nous foulons par notre précipitation ce premier droit de l'accusé s et qu'en arrive-t-il souvent ? la scène change tout à coup , l'accusation dcwient imaginaire , et notre folie seule est réelle ; nous perdons l'honneur d'une mauvaise plaisanterie^ et nous restons en butte aux coups de celles que nous avons méritées^.
La seconde cause de nos mauvais jugemens , c'est lorsque l'accusation parait être portée avec plus d'ordre ; c'est lorsque nous commençons légalement par une information , mais que nous la prenons . d'après des . évidences suspectes^ contre lesquelles le Sauveur nous précautionne en nous disant : Ne jugez pas sur les appa-^ rences. C'est derrière les démonstrations que se cachent le mensonge et la ruse qui nous aveuglent. Il est mille choses qui paraissent IV. 5
66 seKmor iir.
être y et ne sont pas. Le Christ , disaient les Juifs , est allé boire et manger , le Christ ri est qu^un gourmand et qiiun biberon. £h bien 1 il était alors assis au milieu des pécheurs^ il était leur consolateur et leur ami. Dans ce cas-ci y la vérité^ comme une femme modeste , méprise une justification y et dédaigne de pa* raitre dans le cercle de ses accusateurs pour les éblouir de sa lumière. C'en est assez pour le soupçon \ il a déjà porté sa plainte y la malice qui l'a écouté sourit des rapports qui la justifient; elle ordonne les préparatifs du supplice , et le jugement téméraire se lèye ensuite pour en prononcer la sentence finale.
Une troisième manière de mal juger ^ c'est quand les faits sont d'une vérité incontestable, mais qu ils sont commentés avec tout le fiel de la censure. Combien une ame sensible et honnête devrait l'épargner ! Il est vrai que Phorreur naturelle qu'on a pour tout ce qui est criminel plaide en ce cas en faveur de la critique : celleci a tellement l'air d-e la vertu, que, dans un discours contre les jugemens téméraires, l'orateur pourrait à peine les distinguer ,- et cependant, au milieu du débordement d'exclamations que le coupable excite et mérite , comment estil possible que quelqu'un ne se dise pas à soi-
même , pourquoi le ciel ne m'a-t-il pas créé ainsi y pourquoi ne suis-je pas aussi un exemple ? cette apostrophe bien simple toucherait plus mon cœur y et me donnerait une meil<leure idée de celui du commentateur y que la période la plus caustique ne m'en donnerait de son esprit. La punition de l'infortuné n'existet-elle pas dans sa faute ? et^ quand cela ne serait pas y quelle pitié , que la kngue d'un chrétien y que la plus do«ice des religions a appris à bien dire et à louer , devienne le bourreau de ses semblal^es ! nous lisonsdans le dialogue d'Abraham et du mauvais ricbe;^ que^ quoique le premier fnt an ciel et le second dans les en-*fers , le patriarche le traita avec les expressions les plus douces: Mon fils y mon fils , lui dil-il toujours. Dazis la dispute au sujet du corps de Moïse^ entre l'archange et le démon , le démon lui-même y saint Jude nous apprend que l'ar*^ change n'osa jamais employer contre lui la moindre raillerie. C'était indigne de son haut caractère ^ et le trait n'eut pas été d'un poUtique ; car s'il l'avait fiaiil (c'est le sentiment d'uù théologien sur ce passage), le démon aurait été plus fort que loi; dans ce genre d'escrime } la raUterie était son arme naturelle , et les espriis
les plus vils sont par conséquent les plus adroits à la manier.
Il est une quatrième observation sur une des causes du mal que je vous dénonce, auditeurs chrétiens. CVst le désir de paraître homme d'esprit , en faisant des réflexions malignes et piquantes sur tout ce qui se passe dans la société. On établit' une espèce de trafic sur les failhtes des autres ^ et peut-être sur leurs malheurs. Ah! quel que soit l'avantage que les bons mots attirent à leurs auteurs ^ nous ne les louons cependant que comme de certains mets qui, en flattant notre palais , aiTachent des larmes de nos yeux. Ce trafic est bien peu généreux:
comme il ne demande pas de grands fonds ^ beaucoup trop de personnes s'y livrent, et tant que les méchans seront carressés , et que de mauvaises têtes seront les juges des cercles , ce ton perfide passera pour l'esprit honteux d'une telle parenté , et il voudra lui appartenir malgré lui. Quoi qu'il en soit de leur affinité , il a donné un nom méprisable à l'esprit dont l'essence ne fut jamais la satire. De même qu'il y a une grande différence entre l'amertume et le sel , il en est une entre la méchanceté et la gentillesse du badinage. La première est une brutalité dé-
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pourvue de principes^ et elle nous est suggérée par le démon; l'autre n'est qu'une vivacité aimable qui nous vient du père des esprits.
Elle est si pure ^ et fait tellement abstraction des personnes y qu'elle ne les offense jamais volontairement, ou si elle touche un ridicule^ c'est avec la deitérité du vrai génie qui enlumine légèrement une absurdité ^ «1 la laissant passer. L'esprit peut sourire à la vue de la pyramide que la flatterie élève à la fatuité , mais la malignité la renverse , la rase au niveau du sol , et bâtit la sienne sur ses ruines.
Je m'adresse à vous , censeurs téméraires , esprits brillans; votre crédit ne tient-il pas assez de place dans les haUes du monde , sans chasser encore , de celles que vous n'occupez pas, les hommes à qui le sort les a assignées? n'avez-vous pas une haute région dans laquelle vous planez , sans vous abaisser encore et vous tapir dans les cavernes ténébreuses de l'envie et delà calomnie? Ne vous reste-t-il d'autre siège à occuper que celui du mépris de vos sembla blés? Eh quoi! parce que l'honneur s'est mépris dans sa route, et que la vertu dans ses excès s'est trop approchée des confins du vice ^ faut-il pour cela les précipiter dans les abîmes? la beauté sera-t^elle foulée au pieds et traînée
dans la boue pour un seul..., un seul faux pas? Ne restera«^i] pas une vertu , une seule qualité à la belle péniieute y parce qu'elle aura péché? juste Dieu du ciel et de la terre ! mais tu es miséricordieux j aimant et bon , et tu jettes d'en haut un coup d'œil de pitié sur les iu jures que tes créatures se font entre elles. Âb! pardonne-nous^les ces injures^ ainsi que nos fautes. Ne te rappelles-tu pas que tu nous as créés frères y que tu nous as formés de la même chair, que tu nous as doués des mêmes sentimens et affligés des mêmes infirmités? mon Dieu ! n'écris-tu pas sur ton livre éternel que tu nous as faits miséricordieux d'après ton image, et que tu nous as fait présent de U plus douce et de la plus aimable des religions? N'écris-tu pas que chaque précepte de ta loi porte avec lui un baume précieux pour guérir les maux de notre nature, pour adoucir et amollir nos cœurs?oublie-tuque tu nous a destinés à vivre dans ce monde dans un tel commerce d'afikbilité et de confraternité, qu'il nous préparât à exister ensemble dans un meilleur ? Amen.
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