LÉ POINT D'HONNEUR
Après avoir rendu ces honneurs aux mânes de Marie . je remontai dans ma chaise, et me laissai aller au fil de mes pensées sur le bonheur et le malheur de l'espèce humaine : je fus tiré de ma rêverie par un cliquetis d'épées. J'ordonnai au postillon de s'arrêter , et mettant pied à terre ^ j'allai vers l'endroit d'où le hruit partait. C'était un petit bois qui touchait n la route. J'eus de la peine à y arriver , parce que le chemin qui y conduisait était tortueux et malaisé.
Le premier objet qui se présenta à ma vue fut un beau jeune homme , qui me parut expi« rant d'une blessure qu'il venait de recevoir d'un autre homme qui n'était guère plus âgé , et qui pleurait sur lui , tenant dans sa main une épée encore fumante. Je restai quelques instans immobile de frayeur. Revenu de ma
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surprise, )o demandai'<qat41e avait ^t^ la canse de ctf combat sau^^lanl^ on ne me repondit que .par un nouveau torrent de larmes.
A la lin y essayant les pleurs dont un joues étaient baignées y le. malhêùrenz me dit en sonpirant I «Mon hoimear ^..monsielir, tn'a forcé à une action que ma couBàioDce condamnait : mais je n'ai pas écouté la voix de ma conscience : en déchirant le âein de înon ami , j'ai: percé mon proflre cœar ; et lableftsure est profonde : j^ n'en guérirai jamais I » eès trauiirpoils de douleur recaramencèreiit*
Quel esl donc ce bnlôme, iKHUiettr! qui plonge un fer homicide dans €e sein où Ton voudrait verser du baume? Traître! perfide.! tu matckôs léle levée sous Thabit de la cou'^ tume , du plutôt de la mode ridicule qtii , formée par le caprice ^ est devenue une loi^ un code de lois ^ iûcoauu à nos ancêtres^ inconnu aux peuples barbares. Ce code sanguinaire était do6c 'réservé pour ce siècle de luxe > de lumières et de t^allinement ; pour le séjour dos muses ; pour la résidence des {^râoes.
LA KECONNAISSANCË, Là feèoûtisisâatioe tsl un frfdt qtii hé peut
Tenir que sur Tarbre de la bieniaisance : avec une origine aussi noble , une origine céleste , h reconnaissance est nécei^sairement une vertu parfaite.
Pour moi , dit Multi/arius Secundus , je l^^hësiterai pas à la placer à la tdte de toutes les autres vertus ; d^autant plus que le Tout- Puissant Ini-ménie n'en exige pas d^autre de nous : elle est la source de toutes celles qui sont nécesteires pour le salut.
Les payens etut-méuies faisaient un si grand cas de cette vertu ^ qu'ils avaient imagine en son honneur trois divinités , sous le nom de Grâces , qu'ils nommaient Thalie , Aglaé et Euphrosme. Ces trois déesses présidaient à la reconnaissance; on avait jugé qu'une seule ne suffisait pas pour honorer une vertu si rare, il faut observer que les poètes les ont représen-. tées nues^ pour faire .comprendre que^ lorsqu'il s^agit dé bienfaisance et de reconnaissance y nous devons agir avec la plus grande sincérité , et sans le moindre déguisement. Elles étaient peintes en vestales , et dans la fleur de la jeunesse^ pour faire sentir que les hons offices doivent toujours être récens dans notre mémoire , et que notre reconnaissance ne doit jamais s'afTaiblir^ ou plier sous le poids
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du temps ^ et que nous devons chercher toutes les occasions de témoigner combien nous sommes sensibles aux bienfaits que nous avons re* çus. On leur donnait une 6gure douce et riante pour signifier la joie que nous éprouvons quand nous exprimons les obligations que nous avons. Leur nombre était fixé à trois ^ pour montrer que la reconnaissance doit être trois fois plus grande que le bienfait : elles se tenaient t^outes trois par la main ^ pour faire voir que les services et la gratitude doivent être inséparables. Voilà ce que nous ont appris ces païens que nous damnons. Chrétiens! souvenez*vous que vous leur êtes supérieurs ; mab prouvez votre supériorité par vos vertus.