III. a
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une idée de cette confusion que vous appeler classique : n'est-ce pas une rage de traiter d'an*ciens sujets à la moderne , et de modernes sujets à l'antique ? ne deraisonnez-voos pas Tua et l'autre , et votre imagination ne vous fait^ elle pas accroire que vous êtes à Sinuesse ^ àcôte de Virgile et d'Horace^ ou à Tnsculum, entre Cicéron et Atticus ? oh ! quel plaisir pour moi ^ si ^ à travers une touffe de lauriers ^ je vous vojais entouré de colonnes , sous un su^ perbe dôme , parler , en vous enivrant de thé, des hommes qui chantaient les douces inspira*» lions du Falerne !
Que vous devez être un couple bien mau»sade ! en vérité , pour ne pas vous croire un homme perdu ^ il fitut toute la confiance que j'ai dans le pouvoir régénératif de ma société ; mais hâtez-vous^ mon bon ami; recourez -y promptement : si vous vous proposez de revi-vre^ n'attendez pas que vous sojiez à l'agonie pour faire appeler le médecin.
Vous ne savez pas.tout l'intérêt que je prends à votre santé. N'ai-Jepas ordonné qu'on reblanchît tout le linge , même avant qu'il fut sale , afin que vous puissiez tous les jours en avoir de blanc à table ^ et une serviette par-dessus le marché? n'ai^je pas fait une espèce de moulin
LETTRE^. Sqg
à vent ({ui m'assourdit de son cliquetis, et cela pour le placer sur mon beau cerisier y afin que les oiseaux ëcornifleurs ne touchent point 4 votre dessert ? est-il besoin de vous dire qu'à souper, vous aurez de la crème et du caillé? faites bien vos réflexions, et laisser S.— aller tout seul aux sessions de lincoln , pu il pourra disserter sur ses auteurs avec les juges du pays ; pendant ce temps-là npus philosopherons et nous sentimentaliserons. Ce dernier mot est n^ sous ma plume ; i) est bien à votre service , ou a celui du docteur Johnson. Vous vous assiérez dans mon cabinet, où , comme dans une boite d'optique, vous pourrez vous amuser à considé'rer le spectacle du monde , à mesure que j en offrirai les différens tableaux à votre imagination. C'est ain^i que je vous apprendrai à rire de ses folies, à plaindre ses erreurs , et à mépriser ses injustices* Parmi ces différentes scé'* nés , je .vous offrirai une jeune et sensible demoiselle : une douleur amère aura fixé une larme sur sa belle joue. Après avoir entendu le récit de son infortune , vous tirerai uo mouchoir blanc de votnp p<>che poui* e^\\yQr sps yeux et las v^treis. Ëpsuite vpu# ire^ vous coucher, non avec Ig demois^Uç , mais avpc la conscience d'un cœur susp0pUbl(3 de s'atlw
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drir ; vous en trouverez l'oreiller plus doux , le sommeil plus suave ^ et le. réveil plus gracieux.
Vous rirez de mes vestibules attiques , car* j'aime les anciens autant qu'on doit les aimer; mais , parmi leurs beaux écrits et leurs vers sublimes , je dé(ie Padmirateur le plus outré de me citer une demi -douzaine d'histoires vraiment. intéressantes^ et c'est encore beaucoup.
Si vous n'arrivez bientôt, j'aurai fait sans vous un autre volume de Tristram. Que Dieu vous bénisse !
Je suis bien véritablement , votre, etu LETTRE IV.
Coxwouldi le^ août y 1764.
Se suis af&igé de votre chute : puisse-t-elle ^tre la dernière que vous ferez dans ce monde ! à mesure que je forme ce vœu y mon cœur pousse un profond soupir; et je crois, mon ami, que vous ne le lirez pas sans qu'il vous ea échappe un auti*e.
Helas ! helas ! mon pauvre garçon , vous êtes né avec des talens qui pourraient vous mener loiuj mais^ si j'en crois mes pressentiment , vous avez un cœur qui vous empêchera toujours de percer : ce n'est pas, vous le savez , que je le soupçonne d'aucune chose basse ou rampante ; mais je tremble qu'au lieu de vous élever au-dessus de l'orage , vous ne vous soumettiez tranquillement à ses fureurs ; je crains qu'ensuite vous ne preniez le parti de vous confiner dans quelque humble réduit , con«' tent d'y passer votre vie, et perdu pour la
société.
De quel côté souffle le vent ? Je n'en sais rien : je ne me sens pas même disposé à aller jusqu'à ma fenêtre , d'où peut-être je verrais passer un nuage qui m'en^ avertirait. Je suis ici sur mes genoux, ou pour mieux dire , sur mon cœur, traitant une matière toujours accompagnée d'idées affligeantes. Je sais que vous ne ferez tort à personne, mais je crains que voua ne vous en fassiez à vous-même. J'ai une cou* naissance secrette de quelques circonstances que vous ne m'avez jamais communiquées , et qui ont alarmé ma tendresse pour vous ; non par elles-mêmes, mais par l'idée qu'elles me forcent de prendre de votre inclination et des
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légères nuances de votre caractère. Si vous ne Tcncz bientôt me voir , je prendrai des ailes un beaa matin et je volerai chez vous; mais je pré^ féretais que vous ytihêêiét ici j car |e désire que nous soyons seuls. En un mot ^ je voudrais être votre Men^r ne flàt -^ ce que pour un pauvre petit mois. Soyea le mien le reste de Tannée ^ et même jusqu'à la fin de mes j6urs , si cela vous plait. v
Mon cher ami , je ne prétends pas amortir ^ par un narcotique y cette sensibilité naturelle pour laquelle je vous aime^ ni cette bouillante imagination qui prête une grâce si intéressante à la jeunesse polie y mais je désire bien since-* rement vous apprendre à ne pas trop recher^ cher le moûde ^ et à ne pas vouloir lui plaire plus qu'il ne le méiîte* Cependant , ne pense?; pas , je vous prie ^ que je veuille plonger mon jeune Téléntistque dans un^ méfiance aveugle et absolue* Loin de vous une passion aussi la« éhe et aussi vile! je vous jetterais plutôt dans les bras de Catypso , afin, du moins , que queb ques instans de plaisir fussent mêlés à vos peines ; mais entre ae fier k tout le monde et ne se fier à personne , on trouve sur la route nn point difficile à saisir ; et je connais si bien la carte ^ que je puis mettre le doigt dessus ^ et
TOUS j conduire siyis tâtonner. Je pourrai^ )e crois , vous donner tant de bonnes raisons ^ que vous n'hésiterez point à marcher dans cette voie. Je vous y accompagnerai ^ et^ si vous le permettez , je vous servirai de C/cerane. Je désire donc beaucoup de vous voir ^ et de ]aser avec vous sur cet objet ^ ainsi que «UT bien d'autres. ^
Quant à votre incommodité actuelle^ qu'elle ne vous inquiète point ; vous pouvez y sans nul inconvénient^ arriver à petites [ournées : je me charge d'être votre garde-malade y votce chi-* rnrgien , de faire chauffer tous les soirs votre verjus y d'en étuver votre foulure ^ et de disserter comme un docteur. Dites-moi donc^ je vous prie y le jour où je pourrai vous trouver à Yorck? en attendant , et toujours ^ puisse la bonne Providence veiller sur vousl tel est le vœu sincère de
votre affectionné y etc.
A. W- C... JEcuyer.
Mercredi inatîa.
Vous trouverez y au lieu de moi y cette lettre e Hewitj car j'ai attrappé^ je ne sais comment^
4o4 LETTRES.
un très-violeni rlmnie,,M je ne puis aller, comme je voudrais, s'il était possible , vous recevoir avec mes meilleurs yeux, et vous faire le meilleur accueil ; je me ménage une sorte de rétablissement pour votre arrivée : cependant la toux ne me laisse aucun relâche, et , dans ce moment , j*ai la voix si enrouée , qu'à peine puis-je me faire entendre de l'autre côte de ma table.
Cette espèce de phtbisie me conduira tôt ou tard dans mon dernier gite, loin de ce triste monde ; et peut-être , mon cher ami , plutôt que nous ne pouvons le penser ^ vous ni moi. Vous direz, sans doute, qu'il faut que je sois bien mélancolique moi-même , pour écrire d'une manière aussi grave ! mais , sachant trèsbien que la mort se sert de cette maudite tou:£ pour miner ma pauvre machine , ce n'est pas là le cas de plaisanter. A la vérité , j'aime le rire et le diveitissement autant qu'âme qui vive , mais je ne m^accoutume pas à l'idée d'être un des figurans de la danse des morts d^Holbein. D'ailleurs , ma route est bien avancée ; autant vaut dire qu'elle est finie , puisque plus de la moitié de mon temps se passe à tousser. Il est bien incivil ; que dis-je? il est , ma foi, bien lâche à ce coquin de tempsy
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de m'enlever les esprits avec lesquels je Tai tué tant de fois !
Ce n'est pas tout. J'ai encore quarante volumes à écrire; je les ai annoncés de la manière la plus positive ; j'en ai pris l'engagement avec vous et avec moi. Cependant , si je ne puis me ravoir de ma maigreur anatomique y comment tiendrai-je ma parole d'auteur , d'honnête homme ^ et^ ce qui est d'une bien plus grande importance, ma parole d'ami ? ce n'est pas une besogne susceptible d'être faite par procureur : quand je nommerais cinquante isxécuteurs testamentaires , en y joignant encore un régiment d'administrateurs et de substituts y ils auraient beau prendre la plume et se mettre à l'ouvrage y ils n'opéreraient jamaia comme moi. *•
Mais y comme mon imagination galope !
Comme je me laisse entraîner au courant de ma plume ! je suis à cent lieues de l'idée qui voltigeait devaut moi lorsque j'ai commencé ma lettre. Je me surprends encore ici dans mon tort : en effet, quel chemin n'y a-t-il pas de la tombe de mon grand*pére à la mienne! et c'est pourtant à la sienne que j^aurais désiré vous conduire !
4a6 lETTREi.
Je saif très-bien que ^ quoique vous atjet une foulure au pied , vous ne sauriez passer par Yorck sans fourrer la tête dans sa cathédrale^ et vous donner le temps de dire le peu de rë*flexions qu'un tel bâtiment est propre i inspirer : lors donc que vous y serez , dites au bedeau de vous conduire à la tombe de Farcbevéque Sterne : c'est le même dont vous avez vu le portrait à Cambridge ^ et dont vous vous plaisiez a dire que la ressemblance était frap«* pante avec moi : vous trouverez cette mém« ressemblance dans la statue de marbre qui relève ce monument* Si je mourais dans ce coin du monde , je ne serais pas facbé d'être déposé dans cette partie de Féglise , pour j dormir de mon dernier sommeil , à coté de mon pieux aneétre.
C'était un bon prélat et un bonnéte homme. Si ce q^'on dit de nous deux est vrai ^ ce que je désire par rapport à lui ^ mais non pas rela* tivement à moi , je n'ai pas la moitié de se^ vertus. Pour me servir d'une expression échap* pée à table à l'un de ses successeurs^ « meM idées sont quelquefois trop désordonnées pour un homme qui est dan^ les ordres. » Cependant , quoique je ne tienne pas le haut bout
i rassemblée du clergé de monseigneur ^ dans le particulier y il me traite ou ne peut pas plus cordialement .
Après demain , ]e compte vous embrasser 4 ma porte : en attendant > mon cher ami , que Dieu vous bâiisse I Et toujours
Votre très-afiectionnë , etc.
Cozwouldy lundi nuitia.
Je TOUS pardonnemi vos délais^ s'il est vrai^ comme on me l'a dit ^ qu'avec votre jambd malade, voua reposes actudlement sur un sofa, dana le salon de mistiiss. On ajoute que votre thé , votre oafë sont préparés par wea deux aimables fiUea dont l'une a des charmes suffisans pour les trois Grâces ; qu'eUes vous chantent des duo et accompagnent leur voix céleste des sons mélodieux de la harpe ; tandis que y cou* ché sur le damas y vous avee l'air de régner sur ce petit monde de raison et de beauté qui vous entoure.
C'est tout au plus y mon bon ami y s'il y a 'quarante-huit heures que vous coonoissex les
4o8 LETTRES.
aimables personnes dont la société vous ravit et vous enchante. Je ne fais cette observation que pour avoir le plaisir de vous en faire une au?tre y c'est*-à-*dire que vous avez appris l'art vraiment consolant de vous mettre à votre aise avec les dignes gèns^ lorsque vous avez le bonheur de les rencontrer. Vanité à part , je puis réclamer l'honneur de vous avoir donne pour maxime que , la vie étant si courte , il faut se dépécher de former les liens tendres et bpureux qui rerabelli$«eat. Céstune misérable perte de temps ^ un soin vil et méprisable , que de prendre , run à l'égard de l'autre , les mêjnes précautions qu'un usurier qui , pour prêter moins dessus , cherche une paille dans un «diamant qu'on lui donne en gage. Non ,- si vous rencontrez un cœur digne d'habiter avec le vôtre ^ et si vous vous sentez réellement vousmême susceptible d'une pareille union , la chose peut être arrangée en cinq heures tout aussi bien qu'en cinq années.
Salut y 6 aimable sympathie ! toi qui peux rapprocher deux cœurs , les confondre l'un dans l'autre^ et cimenter à jamais cette union que la nature avait préparée par une heureuse conformité de goûts et d'inclinations ! Garrick m'a écrit un pot-pourri de lettre. J'ai beau la