‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 78 sur 92 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

Coxwould, mercredi k midi.

Papprcnds âeM.Phipps que vous avez prii rengagement absolu de passer l'été, ou plutôt Fautorane, à Mulgrave-HalL J'ai donc tout Heu d'espérer que vous me ferez une visite préalable, et vous ne devez pas douter que je ne l'attende avec une vraie satisfaction.

Toutefois, ep disant , ou plutôt en écrivant ceci, je m'adresse à l'excellence de votre cœur, que je ne puis asse% admirer , et à cet esprit cultivé dont je conçois les plus grandes espérances. Je connais les plaisirs et les sociétés dont vousserez obligé de faire le sacrifice pour venir passer avec moi quelques jours de l'été ^ .cependant je ne doute nullement de votre visite, et je crois que ce téte-à-téle shand^en ne sera pas sans attrait pour vous.

Je me rappelle une circonstance à laquelle je ne puis jamais songer sans m'en estimer plus et vous en aimer mieux ; car, outre qu'elle nf est on ne peut pas plus flatteuse, elle annonce que vous possédez une source de seusi*

bilité qui doit rendre votre vie heureuse et honoral)le^ quelque accident qui puisse la traverser : avec celte précieuse qualité^ rinfortune ne pourra jamais vous abattre ; et ^ quoique la folie ^ les passions^ le vice même puissent obscurcir ou affaiblir^ pour un temps ^ l'excellence de votre caractère^ il ne sera jamais en leur 'pouvoir de la détruire. Ceci se rapporte à ce léger trait d'une sensibilité délicate quivous échappa l'hiver dernier; quoique je l'aie raconté plusieurs fois à d'autres avec le plus grand clo^e , je ne m'étais pas encore avisé de vous en parler à vous-même; mais le moment est venu de le faire , et mon esprit m'y pousse d'une manière irrésistible. Je me trouve^ pour cela^ dans des dispositions convenables^ et qui^ je crois ^ me sont naturelles.

Vous devez vous rappeler que le mois de janvier dernier vous vîntes me trouver un soir, lorsque j'étais malade dans mon lit^ rue de Bond; vous ne devez pas avoir oublié non plus que vous passâtes !a m/it entière au chevet de mon lit^ remplissant tous les devoirs d'une amitié tend ri^ et pieuse. Je croyais avoir le squelette de la mort à mes talons ; je pensais même qu'il allait me prendre à la gorge, et je vous eu parlai beaucoup. Enfin, il plut au

ciel que ce moment ne fut pas le dernier de ma vie^ quoique ce fut bien en conscience que je prophétisasse ma fin lorsque je disais que je ne complais pas passer l'hiver. Je crois ^ mon chei* ami^ vous dis* je ^ que bieulût je ne serai plus. Je ne le crois pas^ rëpondîtes-vous en me serrant la main^ et poussaut un soupir qui ^ partant'de votre cœur^ vint droit au mien; cependant craignant que la chose ne tùt que trop vraie, vous eûtes la bonté d'ajouter : j'espère que vous me permettrez d'être toujours avec vous, afin que je ne perde pas une uii* nute de l'avantage consolant de votre société, tant que le ciel me permet d'en jouir.

Je ne fis aucune réponse; je ne le pouvais pas : mais mon coeur en fit une alors, et il continuera de la faire jusqu'à ce qu'il soit une motte de terre de la vallée.

Voilà d'où je tire la certitude que vous quitterez sans regret le tourbillon du plaisii*, pour venir vous asseoir sous mon chèvre-feuille qui se pavane actuellement comme une nymphe du Renelagh, et pour m'accompagner chez mes nones à qui je fais la pension d'une visite tous les soirs. Nous pouvons aller à vêpres avec elles : nous revenons ensuite à. la maison , où la crème et le ! caillé nous attendent; et nous y

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rapportons des scnlimens mille fois préférables à ceux que peuvent réellement procurer tous les plaisirs et toutes les beautés du monde.

Je travaille a faire deux autres volumes pour amuser^ et^ comme je l'espère aussi ^ pour instruire le monde mélancolique et podagre; j y déclare solennellement que mon attachement pour des amis tels que vous est le seul motif qui nte fasse désirer de me survivre; mais peut-être esl-ce par cette vanité que. mon amour-propre ne me permet pas de nommer stérile; cette vanité^ di«-je, qui veut qu'après avoir tressé une couronne pour ma petite gloriole^ je finisse encore par y a jouter quelques feuilles.

Venez donc : que je puisse vous lire les pages à mesure qu'elles tomberont de ma plume; et soyez le Mentor de Tristram comme vous l'avez été d'Yor/ck. A tout événement, je suis sur que vous n'irez point à Yorck sans passer chez moi : mon triomphe sera complet sur ladjr Lepely etc. y si je puis vous arracher un mois entier au brillant centre d'attraction qui vous .entraine si naturellement. Sur ce, Dieu vous bénisse, et croyez que je suis avec toute la sincérité possible ,

Votre très-affectionné , etc#

LETTRE XIX

Bischopthort, vendredi soir.

Je n'ai vu qu'uQ' moment la charmante madame Vesey \ elle n'en a pas moins essaye de me tourner la tête avec sa belle voix et ses mille autres grâces : quoique casuiste ^ je ne déciderai point sur quelles raisons elle pour* rait justifier une pareille tentative ; je ne le demanderai pas non plus à mon bon ami TArcbevéque \ car c'est de sa maison où me rctieut sa bonté hospitalière^ que je vous adresse cette lettre.

Je regrette cependant les tours que nous faisions ensemble dans Reoelagh lorsqu'il était désert : c'est précisément dans cet état qu'il me plaisait le mieux ^ parce qu'à chaque sensation délicieuse , il nous était libre d'oublier qu'il y eût dans la salle d'autres personnes que nous.

Vous m'entendez assez, j'en suis sur ^ quand je parle de ce sentiment exquis de la perfection du beau sexe; mais je pense que c'est surtout lorsqu'une femme est assise ou marche à votre côté; et qu'elle est tellementmaitresse de toutes vos facultés^ qu'il siamble qu'il n'y ait que vous

deux dans l'univers ; lorsque vos deux cœnrs étant pariaitcmenl à Tunisson ^ ou pour mieux dire dans une harmonie complète^ rendent les mêmes accords y poussent les fleurs de l'esprit et du sentiment sur une même tige.

Ces heures délicieuses que les cœurs tendres et vertueux savent extraire des saisons mélancoliques de la vie ^ forment un ample correctif aux peines et aux troubles que les plus heureux d'entre nous sont condamnés à souffrir. Elles versent le jour le plus brillant sur un triste pa} sage , et forment une espèce de refuge contre le vent et la tempête.

Avec une compagne chérie^ la chaumière que l'humble vertu a construite à côté d'un bosquet de chèvre-feuille, l'emporte inCnj^ ment sur toute la magnificence des palais des monarques. Dans cette heureuse position , la bruyère odorante a pour nous le parfum de l'Arabie ; et Philomèle dut-elle refuser de venir s'établir sur les branches de l'arbre solitaire qui nous ombrage , pourvu que j'entende la voix de ma bien-aimée , elle suffit à mon extase^ le son harmonieux des sphères célestes n'y pourrait rion ajouter.

Il y a quelque chose de singulièrement satisfaisant, mon cher ami, dans l'idée de se

dérober au monde ; éiy quoiqfu'elle ait toujours élë d'une grande consolation pour moi ^ je n'en ai jamais été plus fiel* que lorsque j'ai pu l'effectuer au milieu même de la foule. Cependant^ lorsque cette fouie nous presse et nous entoure , je ne connais que le pouvoir magique de Tamour qui puisse produire cette espèce d^aber-' raiion : l'amitié^ quelle que soit l'étendue de son empire ^ la pure amitié n'a pas ce privilège. Il faut un sentiment plus énergique pour plonger Famé dans cet oubli délicieux. Hélas ! il est aussi doux qu'il est de peu de durée ; car y comme line sentinelle vigilante , le souci, toujours alerte et toujours envieux , nous arrache bientôt à ce délire enchanteur.

Quant à vous^ mon ami , la réalité se mêle quelquefois à vos sojiges ; et moi , tout en jouis sant de votre bonheur , j'exerce mon imagination à m'en créer le simulacre. Je m'assieds donc sur le gazon ; je m'j place en idée à côté d'une femme charmante^ aussi aimable , s'il est possible , que madame Y....^ je cueille des fleurs et j'en forme un bouquet que j'arrange sur son sein ;' je lui raconte ensuite quelque histoire tendre et intéressante : si &cs yeux se mouillent à mon récit ^ je prends le mouchoir blanc qu'elle tient dans sa main y j'en essuie les

larmes qui coulent sur ses belles joues ^ je m'en sers également pour essuj^cr les miennes : cVst ainsi que la douce rêverie donne des ailes à l'heure paresseuse; elle verse un baume consolant dans mes esprits y et me dispose à rejoindre mon oreiller.

Désirer que le souci ne plaçât jamais ses épines sur le vôtre , ce serait sans doute former des vœux inutiles ; mais vous souhaiter la vertu qui en émousse les pointes , et la continuité des sensations qui quelquefois les arrachent^ n'est pas , je crois ^ un souhait indigne de Pamitié avec laquelle y

Je suis^ votre affectionné^ etc.

P, S. Lydie m'écrit qu'elle a fait un amant. Pauvre chère iille !

A Eeuyen

Dimanche au soir.

N'imaginez pas , mon cher^ et ne souffrez pas y je vous prie , qu'aucun esprit froid et méthodique vous persuade que ia sensibilité est un mal. Vous n'avez pas eu à vous plaindre

de vous en être rapporté à moi sur d'aut res ob* jets. Vous pouvez donc m'en croire lorsque je dis que la sensibilité est un des premiers biens dé la vie et le plus bel ornement de l'homme.

Vous ne vous expliquez pas entièrement avec moi, ce qui ^ par parenthèse^ n'est pas trèsjoli de votre part ; mais , d'après le contenu de votre lettre , que j'ai maintenant sous les yeux , je suppose que vous avez été dupe de quelque personnage* artificieux : je sui^ même tenté de

cix)ire qu'il s'agit de quelque adroite CL ;

et que , plein du tour qu'on vous a joué , 1 es«prit piqué, l'amour-propre en alarmes, vous voulez, permettez-moi de vous le dire, que voire sensibilité soit la victime de votre hu*meur. Et ce qu'il y a de pire encore, c'est que vous m^écrivez comme si vous vous croji z réellement de sang^froid , dans toutes les prétendues observations que vous m'adressez à ce sujet.

Soyez bien sûr ^ mon cher ami , que si je ne regardais les sentimens que renferme votre dernière lettre tomme l'efiet d'un moment de déhre ; si je pouvais me persuader que vous les eussiez écrits dans un temps de calme et de reflexion , je vous croirais perdu sans retour , et )e bannirais toute espérance de vous voir jâ-

456 LETTRXf.

mais parvenir à quelque chose de grand et de sublime.

J'allais presque vous dire et pourquoi ne le ferais- je pas? qu'il y aune sorte de duperie aimable^ qui l'emporte autant sur la lourde précaution de la sagesse du monde , que le son de la basse sur celui d'un âne qui brait de l'autre côté de ma palissade.

Si j'entendais quelqu'un se glorifier de n'avoir jamais été dupe^ je craindrais fort que ^ dans un temps ou un autre , il ne fournit l'occa* aion de le regarder comme une ame basse et un plat coquin.

Cette doctrine vous paraîtra fort étrange ; mais y quoi qu'il en soit , je ne rougis pas de l'adopter. Que diriez-vous d'un homme qui ne serait ni humain, ni généreux, ni confiant ? Ce que vous en diriez, je le conçois ; vous penseriez qu'un tel homme est propre aux trahisons, aux pièges , aux rapines. Cependant la duperie ,1a fraude, nommez-les comme il vous plaira , sont continuellement aux trousses des vertus dont nous venons de parler; elles les suivent comme lenr ombre. Semblable à tous les autres biens de ce monde , la vertu , quoique le plus précieux de tous , est cependant d'une nature mixte } se» inconvéniens j si tou-

tefob ils méritent ce nom ^ forment la base sur laquelle repose l'importance de ses fonctions et la supériorité de son essence.

La sensibilité se montre souvent sous une apparence de folie ; mais sa folie est aimable ; ce n'est pas que j'approuve ses excès ^ ou l'o* béissance aveugle à l'impulsion qui les produit : cependant j'embrasserais de bon cœur celui qui ôterait son manteau de dessus ses épaules pour en envelopper un malbeureux qui grelotte et qui n'a rien pour se couirir.

La dtscréùion est une qualité bien froide ; je ne serais pourtant pas fâché que vous en eussiez assez pour diriger votre sensibilité sur des objets convenables^ mais ne l'étendez pas plus loin 'y un pas de plus pourrait vous être funeste ; il serait possible qu'il arrêtât la source vivifiante de toute vertu; cette source qui^ j'en suis sûr^ ne cessera pas de couler dans votre ame y et ne souffrira pas qu'une mortelle aridité vous dessèche le cœur.

En effet ^ la sensibilité est la mète de toutes ces impressions déUcieuses qui donnent une couleur plus brillante à nos joues^ et nous' font verser des larmes de ravissement. Des hommes plus sages que moi pourront vous instruire sur

cette matière y et vous dire combien elle mérite d'occuper notre pensée.

Je vous laisse donc à vos propres méditations. Je leur souhaite une heureuse issue ^ ainsi qu'à tout ce que vOu& entreprendrez y et suis bien véritablement

Votre très-affectionné ^ etc.

LETTRE XXI

Rue de Bond, jeudi matin.

Vous voulez donc bien ^ mon cher ami ^ vous ISLcher contre les journalistes ? Je n'ai pas k beaucoup prés cette complaisance; mais^ comme ce n'est que pour moi que vous prenez de l'humeur y je vous en fais ^ ainsi que je dois^ mille et raille remercimens.

Je ne sais en vérité pas à qui je suis redevable d'un aussi généreux service. Je serais fort embarrassé de dire si je le dois à toute la société , oa au motosisme de quelque individu. Je n'ai jamais fait pour cela la moindre perquisition. Après tout^ qu'en résulterait^il ? Voudrais-je leur donner dans mes écrits l'immortalité qu'iU ne trouveront jamais dans les leurs ?

Laissons les ânes braire comme il leur plaît : je traiterai leurs seigneuries à ma manière comme elles le méritent^ et cette manière leur plaira moins qu'aucun^ autre.

11 existe une malheureuse classe de gens qui cherchent continuellement à faire tle la peine a ceux qui valent mieux qu'eux; mais ma coutume a toujours été de ne pas me formaliser des éclaboussures qu'on jette sur mon habit; car elles n'en ont jamais passé la doublure , surtout celles qu'ont lancées cette envie , cette ignorance çt ces caractères pervers qui se trouvent à une aussi grande distance de mes écrits.

Je me réjouis pour vingt bonnes raisons que je vous déduirai dans la suite^ de ce que Londres se trouve sur votre chemin , entre Je comté d'Oxford et Suffolk ; et Tune de ces raisons , je vais vous la dire maintenant : c'est que vous pouvez m'étre d'un très grand secours ; je deairerais donc que vous vous disposassiez à me rendre un bon office^ si je ne savais fort bien que vous êtes toujours prêt à le faire.

La ville est si déserte , que, quoique j'y soîs depuis vingt-quatre heures , je n'ai vu que trois personnes de connaissance ; Foote , au apectacle; sir Charles Davers, au café de Saint-

46o LETTRES.

James y et Williams qui y comme un oiseau de passage , prenait soa vol pour Brigtlielmstone, où Ton m'a dit qu il fait sa cour à une femme cbarmante, avec tout le succès que ses amis peuvent lui souhaiter.

L'unique chose qu'on pouvait désirer à nos courses d'Yorck , était de se trouver dans la salle du bal, et non en rase campagne. La pluie ne voulut jamais se prêter aux divertissemens de la course j elle déchaîna contre eux tous les réservoirs du ciel. Ce contre - temps n'influa point sur les autres amusemens ; leur gaieté n'en fut pas du tout altérée. J'avais promis à certaine personne que vous y seriez , et vous m'êtes redevable de quelques reproches que j'ai essujés pour vous.

Quoique je ne vous aie pas encore parlé de ma santé ^ je ne me porte pas bien du tout; et^ si l'hiver me surprend dans ce pay£-*ci , je ne verrai jamais d'autre printemps : c'est donc pour m'en aller vers le Midi que je vous prie d'arriver promptement de l'Ouest.

Hélas ! hélas ! mon ami ^ je commence à ^ntir que toute ma force s'épuise dans ces luttes annuelles avec cette parque maudite qui sait tout aussi-bien que moi que , malgré mes efforts , elle finira par nous battre tous :

en effet p elle a déjà brisé la visière de mon casque ; et la pointe de ma lance n'est plus ce qu'elle était autrefois^ mais ^ tant que le ciel voudra bien me laisser la vie^ j'attends aussi de sa bonté la force nécessaire pour en tolérer les peines; et j'espcre qu'il me conservera jusqu'au dernier soupir cette sensibilité pour tout ce qu| est bon etbounéte; car^ lorsqu'elle possède entièrement notre ame^.je pense qu'elle forme un ample correctif à la grande somme de nos erreurs.

Croj^eK donc que je serai sensible à votre amitié tant que je pourrai l'être à quelque chose ; et j'ai tout lieu de me flatter que vous m'aimerez , non-seulement jusqu'à mon dernier jour , mais qu'encore , après ma mort , vous garderez la mémoire de

votre toujours fidèle et affectionné , etc. LETTRE XXIL

Dimanche matin.

Si vous désirez avoir le portrait de ma figure diaphane^ qui^ par parenthèse^ ne mérite pas les frais de la toile , je m'y prêterai* volontiers j m. 5o

car il m'est doux de songer que ^ lorsque je reposerai dans la tombe ^ mon image pourra du moina me rappeler quelquefois à votre amitié sympathique.

Mais il faut que vous fassiez vous-même la proposition à Reynolds : je vais vous dîrepour<>' quoi je ne puis m'en charger. Reynolds 9l déjà fait mon portrait; et^ lorsque j'ai voulu m'ao quitter avec 4ui ^ il a refusé mon argent^ disant , pour me servir de sa flatteuse expression^ que c'était un tribut que son cœur voulait payer à mon génie. Vous voyez que la façon de penser de cet artiste égale au moins la supériorité de son talent.

A^ous voyez ea même temps mon embarras, et la nécessité de vous charger de la proposi-' tion y si toutefois il s'agit de recourir au géni^ de Reynolds. Si l'impatience de votre amitié, que vous exprimez d'une manière si touchante, veut bien attendre que nous allions à Bath j nous pourrions employer le pinceau de votre favori Gainsborough.

Et pourquoi pas celui de votre petit ami Co^Yv^zy , qui va d'un pas rapide à la fortune et à la célébrité ? Enfin , il en sera ce que vous voudrez^ et vous arrangerez la chose comme il vous plaira.

Dans tous les cas, je me régalerai de moq buste lorsque j'irai à Rome, pourvu toutefois que NoUikens ne me fasse pas une demande incompatible avec Tétat de mes finances, la^ statue que vous admirez tant , et qui décore le monument de mon aïeul Parchevéque, à la cathédrale d'Yorck; ceite statue, dis*je^m'a , je crois, fait naître la fantaisie d^avolr la mienne. Ce morceau de marbre, que ma vanité, car souffrez, s'il vous plaît, que je mette cela sur son compte , que ma vanité me destine , la main de l'amitié pourra le placer sur ma tombe , et peut-être sera-ce la vôtrç. Eu voila bien long sur ce chapitre.

Mais je suis né pour les digressions : je vous dirai donc , sans autre préambule , et après

avoir bien réfléchi, que lord est d'un

caractère bas et rampant. S'il n'était que fou , je dirais : Ayez pitié de lui; mais il a justement assez d'esprit pour être responsable de ses actions, et pas assez pour reconnaître lasupériQrité de ce qui est véritablement grand sur ce qui est petit. Si jamais il s'élève à quelque chose de bon et d'honnête, je consens que, de mon vivant et même après ma mort, on m'accuse de traBquer du scandale, et d'être un méchant homme; mais n'en parlons plus, je vous

prie. 11 est temps que je vous quitte pour me rendre dans un endroit où je devrais être depuis une heure. Dieu vous bénisse donc^ et croyez moi pour la vie

très-cordialement , votre , etc.

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